"L'humour, c'est une manière polie de rendre la vie plus supportable aux autres."
"L'humour, c'est une manière polie de rendre la vie plus supportable aux autres."
Alors qu'il est actuellement à l'affiche de "La guerre des Miss" (qui a très moyennement démarré mercredi dernier), que l'on retrouvera au générique de "Coco
avant Chanel" aux côtés d'Audrey Tautou et qu'il vient d'être honoré par le Musée Grévin, le comédien belge Benoît Poelvoorde, 44 ans, s'est livré à Version Femina.
Concernant son dernier film à l'affiche,
"La Guerre des Miss", pour lequel il a tourné dans la montagne avec Patrice Leconte (Les Bronzés font du ski) : "C'est un des tournages sur lesquels j'ai été le plus heureux. Et puis c'est un film joyeux, tendre, qui n'a pas d'autre prétention que de faire rire, et ce n'est déjà pas mal !
La seule difficulté pour moi, c'était les scènes de montagne : j'ai horreur de la neige !"
Quant à ses ambitions étant plus jeune : "Je n'ai jamais passé de casting (il est rapidement devenu une star grâce à C'est arrivé près de chez
vous, en 1992, ndlr) et je n'avais pas l'ambition de devenir acteur. J'ai eu de la chance. Enfant, je voulais être dessinateur et, encore avant, policier.
J'aurais fait un mauvais flic, car j'aurais été trop gentil. J'éprouve pour tous les gens une forme de compassion, je vois toujours, derrière chaque humain, quelles que soient les horreurs qu'il
a pu faire, un petit garçon qui a aimé sa mère et que sa mère a aimé".
Concernant les rumeurs de placement en hôpital psychiatrique, la star belge
confie : "Je prends tout cela avec philosophie. Ce qui est malsain, c'est que l'on devient parano. J'étais blessé, mais j'ai de la chance : malgré tout ce que
l'on raconte sur moi, que je suis fou ou malade, les gens continuent de vouloir m'aider plutôt que me condamner".
Mais dans les pages de Version Femina, Benoît se livre encore plus, revenant notamment sur un sujet qu'il n'aborde que rarement, ses parents : "J'ai
perdu mon père quand j'avais 12 ans, je n'ai jamais eu de modèle paternel. (Quant à ma mère), elle a une telle candeur, une pureté dans le regard. Elle n'a pas fait d'études, a commencé
à travailler à 12 ans. Elle m'aide beaucoup, c'est une éponge, elle prend mes malheurs. La mère, c'est le dernier rempart".
Benoît Poelvoorde actuellement donc à l'affiche de "La Guerre des Miss", et nous le retrouverons avec plaisir dans "Coco avant Chanel" (le 22 avril), Panique au Village
(en juin) et "Signé Dumas" (le 18 novembre).
Ce n'est pas par hasard si cette année Patrice Leconte et Benoît Poelvoorde participaient à la grande soirée de l'élection de Miss France 2009 puisqu'ils ont rejoint les membres d'un jury présidé par Line Renaud. Ce n'est pas un hasard, puisque ce genre d'élection est le sujet d'un long-métrage réalisé par le premier avec le second en tête d'affiche.
Bien sûr, dans
La Guerre des Miss, il ne s'agit pas de l'élection nationale, mais d'un moment crucial dans la vie locale d'un petit village de montagne coupé en deux : Marmoussez, dans la vallée, et Super
Marmoussez, sur les cimes. Rencontre avec ce duo truculent qui n'a pas manqué de se faire remarquer au festival de Sarlat.
En quoi l'élection d'une miss vous a-t-elle intéressé ?
Patrice Leconte : L'élection n'est qu'un prétexte pour parler des gens qui vivent
à fond ce qui, à leurs yeux, est un véritable événement. En plus j'étais très content que l'action se passe en province…
Benoît Poelvoorde : Et du coup, on s'est retrouvé dans un trou…
P.L. : (rire faussement embarrassé) où l'on trouve un terreau incroyablement riche de personnages pittoresques. J'aime les gens simples. J'y ai retrouvé un petit parfum de
Tandem.
Plutôt qu'une guerre de miss, il s'agît d'abord d'une querelle de clocher…
P. L. : Oui, c'est la compétition entre deux parties d'un même village : celui du haut, qui est une station de sport d'hiver riche, et où les filles sont plus jolies, et celui du
bas, qui végète au fond de la vallée. Mais c'est tout de même le principe de l'élection qui m'intéressait le plus : l'enthousiasme des préparatifs, les enjeux démesurés, la présentation des
candidates, le suspense final… Toutes ces candidates m'enchantent, elles me touchent, parce qu'elles y croient vraiment.
Il vous a fallu organiser le casting des candidates. C'est délicat de rechercher des jeunes filles en expliquant qu'on ne retiendra pas celles qui sont jolies
?
B. P. : (avec ironie) Oui, pour une fois, on ne prenait que les thons… C'est comme ça !
P. L. : (rire) C'est vrai, il a fallu y mettre les formes, mais elles étaient toutes volontaires et savaient de quoi il en retournait au moment du casting. Elles savaient aussi
que dans une comédie, tout est exagéré. Contrairement à ce que dit Benoît pour nous faire rire, elles n'étaient pas si vilaines. Seulement on ne les a pas arrangées. Mais elles auraient été
jolies, cela n'aurait pas été crédible, et trop laides, c'était se moquer… Il fallait trouver l'entre-deux. Et d'ailleurs n'est-ce pas Proust qui disait : « La beauté est un manque d'imagination
» ?
B. P. : Et puis les cinq comédiennes élues étaient finaudes, le quintette se tenait les coudes.
Et pour le choix de Benoît Poelvoorde ?
P. L. : Cela faisait longtemps qu'on voulait travailler ensemble.
B. P. : On se croisait, on se re- croisait…
P. L. : On se frôlait même. Il y a eu plusieurs occasions qui n'ont pas abouti. Je savais qu'il était intéressé par le rôle. Son accord dépendait du réalisateur. Et moi, j'étais
intéressé par le film, et c'était lui que je voulais. Et voilà !
Sur le plateau, est-ce difficile de le contrôler ?
P. L. : Benoît n'a rien d'un ballon qu'on gonfle avant de le lâcher dans le vide. Mais il adore faire rire et l'équipe est son premier public, alors il ne reste jamais enfermé
dans sa loge, il vient sur le plateau et on prépare la scène plié en deux. Mais puis surtout il est disponible et inventif. C'est un grand clown.
Et vous Benoît, que pensez-vous de Patrice Leconte ?
B. P. : Je recommande à tout le monde de travailler avec ce type-là. Il déborde
d'attention envers chacun, il est attentif à nos peurs, à nos joies… Il est très rieur. Avec certains réalisateurs, je m'ennuie au bout de cinq minutes. Avec lui je veux bien encore faire dix
films. C'est quelqu'un d'élégant sur le plan humain.
P. L. : Oui mais moi, encore deux films et je prends ma retraite…
Propos recueillis par Geneviève Cheval
En comédien ringard servant de coach à cinq braves filles de village qui rêvent de gagner un concours de beauté, le grand Belge à
la bouche fendue et aux yeux ronds comme des billes trouve un de ces rôles hilarants comme il les aime. Patrice Leconte, le réalisateur de "La Guerre des Miss" l'a choisi précisément pour ça :
«Je suis assez rieur, confie-t-il. Pendant le tournage, rien qu'à regarder Benoît, j'étais ratatiné par terre.» On le comprend.
Ces filles que votre
personnage entraîne, ce ne sont pas spécialement des beautés. Comment ont-elles été choisies ?
On leur a filé le scénario qui disait, noir sur blanc : il s'agit de filles au physique ingrat. Avec ça, si elles ne comprenaient pas ! D'ailleurs, au casting, on a eu quelques vrais boudins,
qu'on n'a malheureusement pas pu retenir, parce que ça reste un film pour les enfants, et qu'on ne voulait pas les effrayer... Non, je plaisante. Ces filles, elles ne sont peut-être pas jolies,
jolies, mais il fallait qu'on puisse les imaginer comme telles, pour que d'une certaine manière, elles le deviennent. D'ailleurs elles y sont parvenues et je me suis laissé prendre au jeu : j'ai
eu le temps de coucher avec toutes. Non, là encore, je plaisante. La vérité, c'est qu'elles avaient chacune quelque chose, qu'elles ont été formidables, et qu'elles ont vérifié la formule de
Proust, avec lequel je suis entièrement d'accord : «La beauté, c'est un manque d'originalité».
Et votre partenaire, Olivia Bonamy ?
Elle n'est pas belle, mais elle a beaucoup de talent.
Olivia Bonamy (qui est juste à côté) : "Oh le sale type !"
Et votre réalisateur, Patrice Leconte ?
Lui non plus n'est pas terrible. Mais il connaît son métier. Et là je suis sérieux. Ce n'est pas facile, pour un comédien, de tout donner, de tout déballer de soi.
Un type comme Patrice, au bout de cinq minutes, tu sais que tu peux lui faire confiance. Il a une vraie élégance, dans le sens d'une attention qu'il porte constamment aux acteurs. Et en même
temps, il a une efficacité totale : son film, il le porte déjà tout découpé dans sa tête.
C'est la première fois que vous tourniez avec lui ?
J'en avais très envie. Ça avait failli se faire pour "Mon meilleur ami", que je devais interpréter avec Fabrice Luchini. Et puis il y a eu un peu de retard, on
était pris tous les deux, et finalement c'est Dany Boon et Daniel Auteuil qui nous ont remplacés. Le film y a beaucoup perdu. Non, je plaisante...
Propos recueillis par Jean Serroy
La suite du film "Les Randonneurs" vient de sortir dans les salles. Sous le soleil de St-Tropez, Benoit Poelvoorde apparaît comme une caricature de lui-même. L'acteur
namurois a néanmoins répondu aux questions avec plaisir.
Alors Benoît, comment allez-vous en ce moment?
Beaucoup mieux même
si j'ai une bronchite. Je suis très calme. Je me suis soigné. J'écris un spectacle de théâtre que je jouerai exclusivement en Belgique.
On vous a entendu annoncer une vingtaine de dates au théâtre de Namur à l'automne, c'est
ça?
En fait, je vais devoir modifier les dates car j'ai accepté un tournage pour octobre. Je vais faire le nouveau film d'Anne Fontaine avec Audrey Tautou. J'y jouerai le premier
amant de Coco Chanel.
Toujours une pièce à deux avec François Damiens mise en scène par Benoît
Mariage?
Non, il y a du changement. D'abord Benoît Mariage s'est retiré du projet car il traverse des difficultés personelles qui l'empèchent d'écrire. Alors j'ai appelé Stéphane
Liberski. On se connaît un peu et ça fait longtemps qu'on a envie de travailler ensemble.
Puis c'est François Damiens qui m'a lâché. Le directeur du théâtre a eu la bonne idée de lui montrer la salle avant d'écrire et il s'est chié dessus. Comme François s'est dégonflé, on a changé de
sujet. Ca devient un one-man-show sur le bien et le mal et plus une pièce sur la promotion.
Un retour aux sources?
oui, ce sera simple. Je serai seul en scène avec une table, une chaise et une lampe Ikea. J'ai envie de retrouver le public et de réfléchir avec les gens tout en rigolant. Et comme j'en ai marre
du consensuel, on va ruer dans les brancards.
Qu'est-ce qui a changé entre les premiers Randonneurs et ce
film-ci?
A l'époque, c'est la premiere fois que je voyais un scénario! J'apprenais mon texte la veille dans mon lit et j'avais peur de ne pas être à la hauteur. Pour ces
retrouvailles, j'étais beaucoup plus détendu. Et personne n'a changé, vraiment.
Il y a dix ans, vous sortiez avec Géraldine Pailhas. Ici, vous y allez avec Karin
Viard!
On y est allé france de porc! On a beaucoup rigolé ensemble. Il faut dire que les filles, je les ai vues assez souvent en dix ans. Les garçons, je les avais perdus de vue.
En sortant de cette grosse machine, Astérix, vous vous sentez comment?
La promo est terminée, le film marche très bien dans le monde et basta. Je ne l'ai même pas vu.
On ne vous verra pas beaucoup pour "Les Randonneurs 2". Vous en avez assez de la
promo?
A un moment, j'ai l'impression d'avoir tout dit, que les gens savent tout de moi. Ceci dit, je me suis rendu compte, au moment où on m'a un peu travaillé sur ma
dépression - Fogiel m'a piégé, en fait - de l'affection que me porte le public. J'ai reçu un courrier de solidarité énorme. Des sacs de lettres, de livres, de CD. Plein de mots d'encouragement et
de trucs pour m'aider. J'ai répondu à tout, parfois avec des mois de retard, et j'en profite pour remercier tout le monde par voie de presse. Je ne m'attendais pas à ça.
Votre chien, Billy Bob, a été une aide sérieuse, non?
Oh oui, il m'a vachement
aidé. C'est bête à dire, mais c'est ainsi. Il a tout juste un an, Billy Bob, et Karin Viard est sa marraine. Vous savez, les gens croient toujours qu'on a des vies incroyables, mais on est
parfois vachement seul. Là, ça fait trois jours que je suis à Paris et je n'aime plus sortir ici alors je reste dans ma chambre. Avant, j'allais au bar passer le temps. Là, je reste dans ma
chambre. Et comme je ne regarde plus la télé, le chien est là avec moi et je suis moins seul. D'ailleurs il m'accompagne partout.
Pas mal de comédiens emmènent leur chien en tournage, non?
Patrice Leconte me
racontait que, pour "Une Chance sur Deux", il s'est retrouvé avec les dogues de Delon, les caniches de Belmondo et le bichon de Vanessa Paradis. Quand il a vu mon chien, il a voulu lui faire
jouer un chien errant. Ce sera la seconde fois. Denis Podalydès l'a déjà fait tourner il y a quelques mois et Billy Bob avait reçu 25 euros du producteur pour acheter des croquettes, une nouvelle
laisse et un jouet.
L'acteur qui rentre seul le soir, c'est la rançon du succès?
Ca peut donner cette image-là; mais j'espère que je ne vais pas rester seul toute ma vie! Avant, j'étais un grand noctambule, j'avais une vie dissolue même. Quand j'ai été malade, j'ai compris
que j'avais besoin de me retrouver avec moi-même. On devrait apprendre aux enfants l'individualité au lieu de les submerger d'activités. La solitude est nécessaire à la réflexion alors que la
télé rassemble, mais ne permet pas aux gens de se distinguer. Je ne crois pas que me solitude me pèse tant que ça. Et dès que je peux, je rentre en Belgique.
Vous en avez marre de Paris?
Quand je suis à Paris, je ne rencontre que des gens qui font du cinéma et ça ne m'interesse plus. A un moment, je me suis fait bouffer. On n'allait que dans les restos et les soirées d'acteurs,
au Coste, au Matisse... Au final, on ne parle que de cinéma, c'est la guerre de l'égo et tu n'en peux plus. Maintenant, je suis catégorique. Je refuse d'aller dans ces endroits qui
m'emmerdent.
Propos recueillis par Magali Veronesi pour
"Je prends tout sur moi", assure l'acteur qui tourne "La Guerre des Miss" dans le Doubs, et est à l'affiche des "Randonneurs à Saint-Tropez".
"Je n'aime pas me voir dans les films, ça me met mal à l'aise, une fois que c'est fait c'est fait, je n'ai même pas vu Astérix", dit Benoît Pœlvoorde, pendant que son petit chien Billy
Bob, son "royal canin", le mordille. L'acteur belge tourne actuellement en Franche-Comté, dans les villages de Vuillafans et Montgesoye (Doubs), un film de Patrice Leconte, "La Guerre des Miss".
Il est aussi à l'affiche des "Randonneurs à Saint-Tropez", film de Philippe Harel (sortie le 9 avril), où l'on retrouve la bande (Karin Viard, Géraldine Pailhas, Vincent Elbaz...) dix ans après
leur virée en Corse.

Comment se sont passées les retrouvailles avec les Randonneurs et votre personnage Eric
?
Je m'étais demandé comment Philippe Harel allait me faire revenir, parce qu'Éric est tellement con, on le déteste tellement à la fin du premier film, je ne les voyais
pas retomber dans le panneau avec ce connard, c'est toujours le même, il n'y a pas de doute. Mais se retrouver dix ans plus tard c'était amusant, très gai, on était tous ensemble, ça me
plaisait.
Et tourner à Saint-Tropez ?
Déjà la montagne m'angoissait, mais alors
Saint-Tropez, je peux pas vous dire... c'est minuscule et il y a un milliard de gens, c'est une ville incroyable ; ça m'a angoissé, donc je suis resté à l'hôtel et sur le bateau. Tu as l'air d'un
con sur un bateau à quai, tout le monde te regarde, c'est vraiment la vie à Saint-Tropez, ils louent des bateaux et naviguent pas avec ! Je ne suis jamais sorti, la seule fois où je suis sorti,
j'ai été flashé par Voici.
Vous ne passeriez donc pas vos vacances là-bas ?
Je ne pourrais pas, il y a trop de monde, il y a un côté complètement surréaliste, je n'y avais jamais mis les pieds, je n'en revenais pas, le moindre verre d'eau gazeuse coûte 50€. Je déteste
voyager, je ne prends jamais de vacances, dès que j'ai fini de tourner je rentre chez moi, je n'ai aucune curiosité touristique. On a tourné en mai-juin, juste avant que débarquent les touristes,
mais c'est quelque chose, il faut le voir pour le croire, tout ce qui est dans le film est encore en dessous.
Où en êtes-vous de votre dépression, que vous aviez évoqué il y a quelques mois
?
Comme tout le monde, je la soigne, je la traite. J'essaye d'aborder le moins possible le sujet ; je ne vais pas me faire un t-shirt avec : Je suis dépressif. Ce qui est très
touchant, après mon passage chez Fogiel qui m'a mis à nu en direct, les gens ont été assez émus, je n'ai jamais autant reçu de courrier de ma vie, des lettres de solidarité, des témoignages
d'affection, de gens qui s'en sont sortis, qui m'ont offert des livres, dont un qui s'appelle Les avantages de la dépression, parce qu'il y en a, je ne l'ai pas encore lu. Dans dix ans,
ce ne sera plus le tabac la cause principale du déficit de la sécurité sociale mais les dépressions nerveuses et le stress au travail. En fait j'avais fait un pétage de câble parce que j'avais
trop tourné, je suis trop perfectionniste, je prends tout sur moi.
Vous aviez commencé l'écriture d'un spectacle, est-il terminé ?
C'était une
thérapie pour moi de travailler, c'est un spectacle que je vais jouer exclusivement en Belgique, parce qu'en France ils ne sont pas préparés, je vais me faire lapider. C'est un spectacle sur le
bien et le mal, ce sera sérieux et en même temps assez drôle parce que je le tourne de manière à ce que les gens se disent qu'on l'a tous vécu. Où est-ce qu'on se situe dans une société sans
Dieu, par exemple, puisque c'est Dieu qui définit ce qui est bien ou mal. Il y a plein de sujets tabous, on est dans une société tellement consensuelle, énervante, agaçante, même dans le cinéma,
on ne peut plus rien faire, plus rien dire, je n'en peux plus. Tout le monde est d'accord pour dire que ça va mal, mais personne ne le dit à voix haute, j'ai vraiment envie de gueuler, allons-y,
faisons un spectacle où on va bien rentrer dans le lard.
Propos recueillis par Patrick
Tardit pour
En tout cas, vous sortez en beauté d’une série de personnages
désespérés…
Karin Viard:C’est vrai. J’avais notamment une robe en daim à franges très amusante, la robe de Pocahontas.
Benoît Poelvoorde: Moi, je l’ai trouvée très désirable, et d’ailleurs je ne cache pas mon attirance dans le film.
Karin Viard: Je porte des vêtements hallucinants, des balconnets, des jupes fendues. Ce sont les canons de la bimbo de Saint-Tropez. C’est une composition, je ne m’habille pas
comme ça dans la vie.
Cora, qui quitte son mari et le trompe, n’est pas très sympathique dans cet opus…
Philippe Harel: Elle est hystérique, dépressive, elle a des excuses.
Karin Viard: Je quitte mon mari, je lui mens, mais il est pénible. C’est un registre qui n’est pas très convenu, et même un peu cruel. Mais je n’allais pas refaire la gentille.
Cette fois, Cora s’affranchit de tout et devient très égoïste. En trois semaines, elle veut rattraper dix ans de dépit amoureux; moi, je ne porte pas de jugement là-dessus.
Elle reste une bonne camarade…
Karin Viard: Non, pas avec sa copine Nadine (Géraldine Pailhas), à qui elle fait un coup pendable, mais je la trouve plutôt sympathique.
Vincent Elbaz: Moi aussi, je l’aime bien.
Benoît Poelvoorde: Oui, elle est « aux fraises », comme ces filles qui crient « Je suis heureuse ! » vingt fois par jour. Ce sont des maniaco-dépressives, en réalité.
Le plus sympathique de la bande, celui qui est toujours partant, c’est Mathieu…
Vincent Elbaz: Ah non, il n’est pas le plus sympa mais le plus heureux, oui. C’est un type qui a deux ans et demi d’âge mental et qui est resté fixé au stade oral «
pipi-caca-popo ».
Comme dans "les Randonneurs I"?
Vincent Elbaz: Non, dans le premier, c’est un ado un peu attardé. Là, il a encore régressé…
Benoît Poelvoorde: Oui, c’est ça, il a un QI de méduse…
Vincent Elbaz: Il a à peine conscience d’exister. Il touche, il goûte, il jette. Il nage dans le bonheur mais il n’y a rien qui l’anime, à part ses pulsions à lui.
C’est tout de même lui qui cimente la bande…
Philippe Harel: Oui, c’est le plus gentil, mais il vit sous tutelle de son frère, Louis, que j’interprète. Ils travaillent et vivent ensemble.
Le succès des Randonneurs est lié au phénomène de groupe. Le public raffole des copains à l’écran…
Karin Viard: Oui, les randonneurs, c’est ce groupe et aucun autre. Cela n’aurait pas de sens sans ces cinq acteurs-là. La bande fonctionne absolument, à la vie et à l’écran. Au
premier jour de tournage, on se retrouve comme si on s’était quittés la veille. Il y a une cohérence incroyable et un charme un peu miraculeux. La féminité de Géraldine n’est pas la même que la
mienne, mais les deux sont complémentaires. Idem pour les trois hommes en présence.
Vincent Elbaz: Il y a des acteurs avec qui on communique mieux qu’avec d’autres. Après, comme dans tous les groupes, il peut y avoir des tensions.
Une vraie amitié vous lie ?
Benoît Poelvoorde:
Oui, je pense. Dans le premier film, Philippe a fait, avec des gens tout à fait différents, un casting formidable qui aurait pu être improbable. En fait, on s’est très bien entendus parce que
nous sommes complémentaires. On s’apporte des trucs mutuellement.
Karin Viard: On peut parfois jouer un couple à l’écran sans que cela fonctionne s’il n’y a pas le même rythme, la même respiration. Là, tous les cinq, on est en osmose.
Vincent Elbaz: Par ailleurs, tourner sur un yacht pendant quinze jours est assez périlleux. Si vous en avez assez des autres, vous ne pouvez pas vous jeter à l’eau…
Qui est le boute-en-train de l’équipe ?
Benoît Poelvoorde: C’est rarement Philippe Harel, en tout cas. Nous, on l’appelle « Sœur Sourire »…
Vincent Elbaz: Oui, mais Philippe, il est plus heureux qu’il y a dix ans.
Benoît Poelvoorde: Certes, mais il partait de très loin, il avait de la marge. Et c’est toujours pas « Il y a de la joie » non-stop.
Karin Viard: Arracher un rire à Philippe, voilà le challenge !

Vos personnages ont terriblement changé…
Benoît Poelvoorde: Moi, je suis passé de crétin à super crétin. Tu sens que cet ex-guide s’est fait quitter par sa femme, qu’il ne paie pas sa pension alimentaire, qu’il voit ses
gosses une fois tous les huit mois. Il s’en tamponne de sa famille, c’est un petit escroc sans envergure.
Philippe Harel, vous l’avez chargé, ce guide. La jeune Cora est devenue infréquentable, et vous avez rendu débile le personnage de Vincent Elbaz…
Philippe Harel: Non, pas «débile». Le terme scientifique, c’est « pervers polymorphe ».
La présence de Karin Viard et de Géraldine Pailhas équilibrait-elle ce groupe
majoritairement masculin?
Benoît Poelvoorde: Vous savez, des filles, il y en avait plein le plateau.
Vincent Elbaz: Même à Saint-Tropez, il y en a des tas…
Benoît Poelvoorde: En revanche, quand on a tourné avec Philippe Harel Le Vélo de Ghislain Lambert, je ne dis pas… Il n’y avait que des mecs, trop de testostérone, et
cela sentait le vestiaire de garçons. Je ne déteste pas une présence féminine appuyée sur un tournage, il est vrai.
La présence de Karin Viard et de Géraldine Pailhas équilibrait-elle ce groupe majoritairement masculin?
Benoît Poelvoorde: Vous savez, des filles, il y en avait plein le plateau.
incent Elbaz: Même à Saint-Tropez, il y en a des tas…
Benoît Poelvoorde: En revanche, quand on a tourné avec Philippe Harel Le Vélo de Ghislain Lambert, je ne dis pas… Il n’y avait que des mecs, trop de testostérone, et
cela sentait le vestiaire de garçons. Je ne déteste pas une présence féminine appuyée sur un tournage, il est vrai.
Vincent Elbaz: Pour ma part, Benoît en Bikini ou Karin en short, c’est pareil. Je suis un professionnel, j’envoie mes répliques.
Géraldine Pailhas est-elle la plus réservée du groupe ?
Philippe Harel: Elle est très gracieuse, élégante, et en même temps elle a un côté « bon copain », androgyne, qui est le contraire de son personnage.
Jouer un salaud, c’est amusant ?
Benoît Poelvoorde: J’adore. J’en aurais même fait davantage si Philippe me l’avait autorisé.
Comment fait-on pour calmer Benoît Poelvoorde ?
Philippe Harel: Ben… on le jette à l’eau…
Benoît Poelvoorde: Parlons d’eau !! Celui qui crève de trouille dès qu’il y est, qui ne sait pas nager et qui crie «Coupez! » au bout d’une minute, c’est Philippe Harel. « Venez
me chercher, là maintenant. Remontez-moi, remontez-moi ! » En montagne, c’était pareil, il ne voulait pas descendre de l’hélico tant il pétochait.
Philippe Harel: Ce qui prouve que j’ai du mérite de faire ces films périlleux.
Benoît Poelvoorde: Si vous saviez le temps qu’on perd avec lui !
Vincent Elbaz: Soyons honnêtes. Les aventures que vivent les randonneurs restent un peu médiocres, un peu bidon. Dans le premier film, on s’est quand même égarés à deux cents
mètres de l’autoroute.
Y aura-t-il des "Randonneurs III", comme il y a eu des "Bronzés
III"?
Philippe Harel: Non, nous, c’est « le bronzé du pauvre ».
Benoît Poelvoorde: Chaque fois que « les Randonneurs » passent à la télé, c’est un carton. Les gens adorent cette bande. J’ajoute que tous ceux qui sont allés à Saint-Tropez se
retrouvent dans le parcours obligé : embouteillages pour arriver en ville, balade devant les yachts, re-bouchons pour quitter Saint-Trop’.
Ce fut une belle aventure ?
Benoît Poelvoorde: Oui, sauf que Karin nous a continuellement imposé sa plénitude sexuelle.
Vincent Elbaz: Par moments, j’en étais gêné. Vous arrivez, vous êtes un jeune acteur, et elle vous fait des avances, des remarques sexistes.
Benoît Poelvoorde: Sur le tournage, c’était le scandale. Des pétitions ont circulé…
Pour conclure, qu’est-ce qu’un réalisateur ne peut pas faire faire à Benoît Poelvoorde ?
Philippe Harel: Une seule chose : lui demander de passer en silence dans le fond du cadre.
Propos
recueillis par Élisabeth Gouslan pour
Si vous avez vu Benoit Poelvoorde débouler en retard avec une tête de delco en mains chez Drucker ce samedi 15 mars
2008 à l'occasion de l'émission sur la Grand-Place de Bruxelles, vous vous êtes peut-être demandé quelle était la nouvelle lubie de notre acteur favori.

Benoit Poelvoorde explique: "Moi, les endrots branchés où il n'y a que des acteurs qui parlent de cinéma, ça commence à me gonfler. Ne voir que des confrères, mais quelle horreur! Je ne vais
plus au Costès par exemple parce que ça m'emmerde! Je préfère de loin replonger dans la vraie vie. Un de mes endroits favoris, c'est une pompe à essence qui est installée à 50 mètres de chez moi.
Elle fait café, et j'ai sympathisé avec les mecs qui boivent des coups. Et là, je veux justement acheter une voiture d'occasion à un de ces mecs. Il m'a dit, j'te la fais 500 euros moins cher si tu montres le delco chez Drucker! Tu oseras jamais! Et moi,
qu'est ce que je fais chez Drucker à la Grand-Place? J'épargne 500 euros! Pour moi, c'est simple, aller dans les endroits comme ça, c'est rétablir un contact normal avec les gens. D'ailleurs je
vais faire un documentaire moi-même sur cette pompe à essence. Et dimanche dernier, j'ai été à Radio Chevauchoir à Lesve avec ma voiture le matin pour leur dire bonjour. C'est ma façon de
rencontrer les gens pour de vrai... C'est pas à l'hôtel Costès qu'on peut faire ça."
C’était si éprouvant ?


Benoît Poelvoorde, qui incarne le méchant Brutus dans la comédie Astérix aux Jeux Olympiques,
n'est pas sportif. Mais il porte un regard acerbe sur la grande comédie du sport business.
Vous avez souvent interprèté des rôles proches du monde sportif (Les Randonneurs, Les Convoyeurs Attendent, Le Vélo de Ghislain Lambert, Narco et maintenant
Astérix). D'où vient cet engouement?
De nulle part... J'adore le cyclisme, c'est vrai. Pour
Le Vélo de Ghislain Lambert, je me suis beaucoup entraîné. à la fin, j'étais pratiquement devenu un coureur semi-professionnel. Je roulais bien. On faisait
du 42 km/h de moyenne !

Il y a aussi la natation avec...
(Il
coupe.) J'ai également joué le rôle d'un maître-nageur dans Rires et châtiments... Mais il faut savoir que j'ai mon brevet de sauvetage. C'était
donc plus simple. Ce sont mes seuls rapports au sport. Ah si, il y a aussi Podium avec la danse. Là, c'était dur. Surtout avec Mia Frye. Vous avez déjà
essayé de travailler avec elle ? Trois mois à raison de deux heures par jour ! Elle m'a épuisé. Mais elle est très sexy, ça reste donc agréable.
Avez-vous des souvenirs olympiques?
(Il réfléchit.) Je me souviens d'une marcheuse... Elle est arrivée dans le stade largement en tête. Elle n'avait
plus que quelques centaines de mètres à parcourir. Elle a décollé les deux talons en même temps et a été disqualifiée... Elle s'est mise à genoux et a commencé à pleurer. Ça m'a fait mal au
coeur. C'était injuste...
Y-a-t-il un sportif qui vous fascine?
(Sans hésiter.) Eddy Merckx. Je suis belge, ce n'est pas compliqué. Merckx, c'est le champion
toutes catégories. Personne ne l'égalera jamais. On l'appelait le Cannibale car il gagnait tout. C'est mon Dieu.
Justine Henin?
Je n'aime pas le tennis. Donc, je m'en fous. Elle est formidable, mais je déplore qu'elle ait quitté la Belgique pour ne pas payer d'impôts. Je trouve qu'il
faut aider les gens qui ont moins de chance que toi...
Comme Brutus, seriez-vous capable de tout pour avoir un rôle?
Jamais ! Je m'en fous. Je n'ai pas d'ambition...
Dans le film, vous vous dopez...
(Il coupe.) Oui, j'adore ça. Si j'étais champion, je tricherais... Sans problème. Comme dans Le Vélo de Ghislain Lambert. Pourquoi mentirais-je ? Si on me dit que je peux avoir une force de cheval en prenant un truc, je le prends. Encore plus si ce n'est
pas décelable. Vous savez ce qui va se passer dans les années à venir ? On va créer génétiquement des sportifs et ce sera bien pire que de se mettre une seringue dans le cul et de continuer
à courir. Car, si les cyclistes n'arrivent pas à rouler à 35 km/h dans le Galibier, les gens s'emmerdent devant leur poste de télévision... Alors, laissez-les tranquilles ! Ayons du respect
pour les sportifs.
Avez-vous...
(Il coupe.) Quand Zinédine Zidane donne ce coup de boule, en finale du Mondial 2006, ce geste le fait définitivement
Dieu. Dans la foi, on dit toujours que si tu crois en Dieu, tu dois toujours avoir un doute. Et la seule vertu de Dieu, c'est d'avoir un doute. Zidane, sur ce coup de boule, a été humain. C'est
la preuve que c'est Dieu. J'aime beaucoup Zidane. C'est un dieu vivant.
L'avez-vous croisé pendant le tournage?
Non. Dans la scène finale du banquet, je ne suis pas là... Zidane, je l'ai croisé à Bordeaux. Un type me l'a présenté. J'étais très impressionné. Il est
très gentil. Très beau aussi. On s'est dit des banalités.
Quels ont été vos rapports avec les sportifs présents dans Astérix?
J'aime énormément Jérôme Le Banner (le légionnaire Cornedurus). Je prie pour qu'il arrête de se battre. Je ne veux
pas voir ses combats de K1. Je suis tétanisé à l'idée qu'il prenne un mauvais coup. Jérôme est quelqu'un de très intelligent, très raffiné aussi. Il est d'une grande sensibilité. On est devenus
amis. Il veille sur moi comme un frère... Au début, j'avais un a priori terrible. Avec cette montagne de muscles, je me disais qu'il devait avoir un QI de parquet. Pas du tout !
Et Michaël Shumacher?
J'ai passé une soirée avec lui et Jean Todt. Je peux vous dire qu'il conduit mieux qu'il ne boit. Quant à Vincent Moscato, je crois que c'est le plus
mauvais acteur que j'aie vu au monde. En revanche, quand vous sortez en boîte de nuit avec lui et Jérôme Le Banner, vous êtes certain qu'il ne vous arrivera jamais rien.
Propos recueillis par Laurent
Giraud-Coudière et Lionel Vella
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