Vendredi 11 avril 2008

img212/6971/randonneursal6.jpg La suite du film "Les Randonneurs" vient de sortir dans les salles. Sous le soleil de St-Tropez, Benoit Poelvoorde apparaît comme une caricature de lui-même. L'acteur namurois a néanmoins répondu aux questions avec plaisir.

Alors Benoît, comment allez-vous en ce moment?
Beaucoup mieux même si j'ai une bronchite. Je suis très calme. Je me suis soigné. J'écris un spectacle de théâtre que je jouerai exclusivement en Belgique.

On vous a entendu annoncer une vingtaine de dates au théâtre de Namur à l'automne, c'est ça?
En fait, je vais devoir modifier les dates car j'ai accepté un tournage pour octobre. Je vais faire le nouveau film d'Anne Fontaine avec Audrey Tautou. J'y jouerai le premier amant de Coco Chanel.

Toujours une pièce à deux avec François Damiens mise en scène par Benoît Mariage?
Non, il y a du changement. D'abord Benoît Mariage s'est retiré du projet car il traverse des difficultés personelles qui l'empèchent d'écrire. Alors j'ai appelé Stéphane Liberski. On se connaît un peu et ça fait longtemps qu'on a envie de travailler ensemble.
Puis c'est François Damiens qui m'a lâché. Le directeur du théâtre a eu la bonne idée de lui montrer la salle avant d'écrire et il s'est chié dessus. Comme François s'est dégonflé, on a changé de sujet. Ca devient un one-man-show sur le bien et le mal et plus une pièce sur la promotion.

Un retour aux sources?
oui, ce sera simple. Je serai seul en scène avec une table, une chaise et une lampe Ikea. J'ai envie de retrouver le public et de réfléchir avec les gens tout en rigolant. Et comme j'en ai marre du consensuel, on va ruer dans les brancards.

Qu'est-ce qui a changé entre les premiers Randonneurs et ce film-ci?
A l'époque, c'est la premiere fois que je voyais un scénario! J'apprenais mon texte la veille dans mon lit et j'avais peur de ne pas être à la hauteur. Pour ces retrouvailles, j'étais beaucoup plus détendu. Et personne n'a changé, vraiment.

Il y a dix ans, vous sortiez avec Géraldine Pailhas. Ici, vous y allez avec Karin Viard!
On y est allé france de porc! On a beaucoup rigolé ensemble. Il faut dire que les filles, je les ai vues assez souvent en dix ans. Les garçons, je les avais perdus de vue.

En sortant de cette grosse machine, Astérix, vous vous sentez comment?
La promo est terminée, le film marche très bien dans le monde et basta. Je ne l'ai même pas vu.

On ne vous verra pas beaucoup pour "Les Randonneurs 2". Vous en avez assez de la promo?
A un moment, j'ai l'impression d'avoir tout dit, que les gens savent tout de moi. Ceci dit, je me suis rendu compte, au moment où on m'a un peu travaillé sur ma dépression - Fogiel m'a piégé, en fait - de l'affection que me porte le public. J'ai reçu un courrier de solidarité énorme. Des sacs de lettres, de livres, de CD. Plein de mots d'encouragement et de trucs pour m'aider. J'ai répondu à tout, parfois avec des mois de retard, et j'en profite pour remercier tout le monde par voie de presse. Je ne m'attendais pas à ça.

Votre chien, Billy Bob, a été une aide sérieuse, non?
Oh oui, il m'a vachement aidé. C'est bête à dire, mais c'est ainsi. Il a tout juste un an, Billy Bob, et Karin Viard est sa marraine. Vous savez, les gens croient toujours qu'on a des vies incroyables, mais on est parfois vachement seul. Là, ça fait trois jours que je suis à Paris et je n'aime plus sortir ici alors je reste dans ma chambre. Avant, j'allais au bar passer le temps. Là, je reste dans ma chambre. Et comme je ne regarde plus la télé, le chien est là avec moi et je suis moins seul. D'ailleurs il m'accompagne partout.

Pas mal de comédiens emmènent leur chien en tournage, non?
Patrice Leconte me racontait que, pour "Une Chance sur Deux", il s'est retrouvé avec les dogues de Delon, les caniches de Belmondo et le bichon de Vanessa Paradis. Quand il a vu mon chien, il a voulu lui faire jouer un chien errant. Ce sera la seconde fois. Denis Podalydès l'a déjà fait tourner il y a quelques mois et Billy Bob avait reçu 25 euros du producteur pour acheter des croquettes, une nouvelle laisse et un jouet.

L'acteur qui rentre seul le soir, c'est la rançon du succès?
Ca peut donner cette image-là; mais j'espère que je ne vais pas rester seul toute ma vie! Avant, j'étais un grand noctambule, j'avais une vie dissolue même. Quand j'ai été malade, j'ai compris que j'avais besoin de me retrouver avec moi-même. On devrait apprendre aux enfants l'individualité au lieu de les submerger d'activités. La solitude est nécessaire à la réflexion alors que la télé rassemble, mais ne permet pas aux gens de se distinguer. Je ne crois pas que me solitude me pèse tant que ça. Et dès que je peux, je rentre en Belgique.

Vous en avez marre de Paris?
Quand je suis à Paris, je ne rencontre que des gens qui font du cinéma et ça ne m'interesse plus. A un moment, je me suis fait bouffer. On n'allait que dans les restos et les soirées d'acteurs, au Coste, au Matisse... Au final, on ne parle que de cinéma, c'est la guerre de l'égo et tu n'en peux plus. Maintenant, je suis catégorique. Je refuse d'aller dans ces endroits qui m'emmerdent.

                                                 Propos recueillis par Magali Veronesi pour img212/8906/nouvgazettedd9.jpg

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Samedi 5 avril 2008

"Je prends tout sur moi", assure l'acteur qui tourne "La Guerre des Miss" dans le Doubs, et est à l'affiche des "Randonneurs à Saint-Tropez".
"Je n'aime pas me voir dans les films, ça me met mal à l'aise, une fois que c'est fait c'est fait, je n'ai même pas vu Astérix", dit Benoît Pœlvoorde, pendant que son petit chien Billy Bob, son "royal canin", le mordille. L'acteur belge tourne actuellement en Franche-Comté, dans les villages de Vuillafans et Montgesoye (Doubs), un film de Patrice Leconte, "La Guerre des Miss". Il est aussi à l'affiche des "Randonneurs à Saint-Tropez", film de Philippe Harel (sortie le 9 avril), où l'on retrouve la bande (Karin Viard, Géraldine Pailhas, Vincent Elbaz...) dix ans après leur virée en Corse.

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Comment se sont passées les retrouvailles avec les Randonneurs et votre personnage Eric ?
Je m'étais demandé comment Philippe Harel allait me faire revenir, parce qu'Éric est tellement con, on le déteste tellement à la fin du premier film, je ne les voyais pas retomber dans le panneau avec ce connard, c'est toujours le même, il n'y a pas de doute. Mais se retrouver dix ans plus tard c'était amusant, très gai, on était tous ensemble, ça me plaisait.

Et tourner à Saint-Tropez ?
Déjà la montagne m'angoissait, mais alors Saint-Tropez, je peux pas vous dire... c'est minuscule et il y a un milliard de gens, c'est une ville incroyable ; ça m'a angoissé, donc je suis resté à l'hôtel et sur le bateau. Tu as l'air d'un con sur un bateau à quai, tout le monde te regarde, c'est vraiment la vie à Saint-Tropez, ils louent des bateaux et naviguent pas avec ! Je ne suis jamais sorti, la seule fois où je suis sorti, j'ai été flashé par Voici.

Vous ne passeriez donc pas vos vacances là-bas ?
Je ne pourrais pas, il y a trop de monde, il y a un côté complètement surréaliste, je n'y avais jamais mis les pieds, je n'en revenais pas, le moindre verre d'eau gazeuse coûte 50€. Je déteste voyager, je ne prends jamais de vacances, dès que j'ai fini de tourner je rentre chez moi, je n'ai aucune curiosité touristique. On a tourné en mai-juin, juste avant que débarquent les touristes, mais c'est quelque chose, il faut le voir pour le croire, tout ce qui est dans le film est encore en dessous.

Où en êtes-vous de votre dépression, que vous aviez évoqué il y a quelques mois ?
Comme tout le monde, je la soigne, je la traite. J'essaye d'aborder le moins possible le sujet ; je ne vais pas me faire un t-shirt avec : Je suis dépressif. Ce qui est très touchant, après mon passage chez Fogiel qui m'a mis à nu en direct, les gens ont été assez émus, je n'ai jamais autant reçu de courrier de ma vie, des lettres de solidarité, des témoignages d'affection, de gens qui s'en sont sortis, qui m'ont offert des livres, dont un qui s'appelle Les avantages de la dépression, parce qu'il y en a, je ne l'ai pas encore lu. Dans dix ans, ce ne sera plus le tabac la cause principale du déficit de la sécurité sociale mais les dépressions nerveuses et le stress au travail. En fait j'avais fait un pétage de câble parce que j'avais trop tourné, je suis trop perfectionniste, je prends tout sur moi.

Vous aviez commencé l'écriture d'un spectacle, est-il terminé ?
C'était une thérapie pour moi de travailler, c'est un spectacle que je vais jouer exclusivement en Belgique, parce qu'en France ils ne sont pas préparés, je vais me faire lapider. C'est un spectacle sur le bien et le mal, ce sera sérieux et en même temps assez drôle parce que je le tourne de manière à ce que les gens se disent qu'on l'a tous vécu. Où est-ce qu'on se situe dans une société sans Dieu, par exemple, puisque c'est Dieu qui définit ce qui est bien ou mal. Il y a plein de sujets tabous, on est dans une société tellement consensuelle, énervante, agaçante, même dans le cinéma, on ne peut plus rien faire, plus rien dire, je n'en peux plus. Tout le monde est d'accord pour dire que ça va mal, mais personne ne le dit à voix haute, j'ai vraiment envie de gueuler, allons-y, faisons un spectacle où on va bien rentrer dans le lard. 

                                                               Propos recueillis par Patrick Tardit pour img301/4217/logoestrpublicainis7.gif

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Vendredi 4 avril 2008

Dix ans après "Les Randonneurs", film culte des recalés du sac à dos, Philippe Harel récidive avec la même bande d'acteurs... et de copains. Cette fois-ci, on quitte le GR20 pour St Tropez et ses charmes. Pour en parler, l'heureux réalisateur et troi de ses joyeux drilles se donnent la réplique. Désopilant !

Vous voici donc réunis, onze ans après, à la mer, et non à la montagne. Et vous « randonnez » assez peu, à Saint-Tropez…
Karin Viard: Un aveu : on n’a jamais fait de randonnée, même dans le premier film.
Vincent Elbaz:  On était tout le temps en hélico et jamais en montagne…
Benoît Poelvoorde: Karin, si, une seule fois. Dans la scène où elle doit arriver essoufflée comme une malade, elle nous l’a jouée Actors Studio, et, pour faire sa De Niro, elle a très inutilement chargé son sac de cailloux avant de grimper…
Vincent Elbaz: Quelquefois, cette perfectionniste prenait son élan pour remonter la pente. Nous, jamais.

Pour Les Randonneurs à Saint-Tropez, la gentille Cora s’est muée en garce assez folle de son corps…
Benoît Poelvoorde: Ce n’est pas fini. Dans le prochain, elle tiendra un bar louche en Suisse. – Vous rêviez d’un rôle de fofolle un peu nympho ?
Karin Viard: Ah oui ! Mais moi, tout me va, du moment que cela me fait rire.
Benoît Poelvoorde: Tu as beaucoup joué avec ton corps sur celui-ci. Nous, on la connaît dans la vie, alors cela ne nous a pas étonnés. C’est une cavaleuse, Karin.
Philippe Harel: Il faut la voir dans ses premiers films…
Benoît Poelvoorde: Elle est en pleine maturité sexuelle, et cela fait plaisir à voir !

                                                      Randonneur_groupe

En tout cas, vous sortez en beauté d’une série de personnages désespérés…
Karin Viard:C’est vrai. J’avais notamment une robe en daim à franges très amusante, la robe de Pocahontas.
Benoît Poelvoorde: Moi, je l’ai trouvée très désirable, et d’ailleurs je ne cache pas mon attirance dans le film.
Karin Viard: Je porte des vêtements hallucinants, des balconnets, des jupes fendues. Ce sont les canons de la bimbo de Saint-Tropez. C’est une composition, je ne m’habille pas comme ça dans la vie.

Cora, qui quitte son mari et le trompe, n’est pas très sympathique dans cet opus…
Philippe Harel: Elle est hystérique, dépressive, elle a des excuses.
Karin Viard: Je quitte mon mari, je lui mens, mais il est pénible. C’est un registre qui n’est pas très convenu, et même un peu cruel. Mais je n’allais pas refaire la gentille. Cette fois, Cora s’affranchit de tout et devient très égoïste. En trois semaines, elle veut rattraper dix ans de dépit amoureux; moi, je ne porte pas de jugement là-dessus.

Elle reste une bonne camarade…
Karin Viard: Non, pas avec sa copine Nadine (Géraldine Pailhas), à qui elle fait un coup pendable, mais je la trouve plutôt sympathique.
Vincent Elbaz: Moi aussi, je l’aime bien.
Benoît Poelvoorde: Oui, elle est « aux fraises », comme ces filles qui crient « Je suis heureuse ! » vingt fois par jour. Ce sont des maniaco-dépressives, en réalité.

Le plus sympathique de la bande, celui qui est toujours partant, c’est Mathieu…
Vincent Elbaz: Ah non, il n’est pas le plus sympa mais le plus heureux, oui. C’est un type qui a deux ans et demi d’âge mental et qui est resté fixé au stade oral « pipi-caca-popo ».

Comme dans "les Randonneurs I"?
Vincent Elbaz: Non, dans le premier, c’est un ado un peu attardé. Là, il a encore régressé…
Benoît Poelvoorde: Oui, c’est ça, il a un QI de méduse…
Vincent Elbaz: Il a à peine conscience d’exister. Il touche, il goûte, il jette. Il nage dans le bonheur mais il n’y a rien qui l’anime, à part ses pulsions à lui.

C’est tout de même lui qui cimente la bande…
Philippe Harel: Oui, c’est le plus gentil, mais il vit sous tutelle de son frère, Louis, que j’interprète. Ils travaillent et vivent ensemble.

Le succès des Randonneurs est lié au phénomène de groupe. Le public raffole des copains à l’écran…
Karin Viard: Oui, les randonneurs, c’est ce groupe et aucun autre. Cela n’aurait pas de sens sans ces cinq acteurs-là. La bande fonctionne absolument, à la vie et à l’écran. Au premier jour de tournage, on se retrouve comme si on s’était quittés la veille. Il y a une cohérence incroyable et un charme un peu miraculeux. La féminité de Géraldine n’est pas la même que la mienne, mais les deux sont complémentaires. Idem pour les trois hommes en présence.
Vincent Elbaz: Il y a des acteurs avec qui on communique mieux qu’avec d’autres. Après, comme dans tous les groupes, il peut y avoir des tensions.

Une vraie amitié vous lie ?
Benoît Poelvoorde: Oui, je pense. Dans le premier film, Philippe a fait, avec des gens tout à fait différents, un casting formidable qui aurait pu être improbable. En fait, on s’est très bien entendus parce que nous sommes complémentaires. On s’apporte des trucs mutuellement.
Karin Viard: On peut parfois jouer un couple à l’écran sans que cela fonctionne s’il n’y a pas le même rythme, la même respiration. Là, tous les cinq, on est en osmose.
Vincent Elbaz: Par ailleurs, tourner sur un yacht pendant quinze jours est assez périlleux. Si vous en avez assez des autres, vous ne pouvez pas vous jeter à l’eau…

Qui est le boute-en-train de l’équipe ?
Benoît Poelvoorde: C’est rarement Philippe Harel, en tout cas. Nous, on l’appelle « Sœur Sourire »…
Vincent Elbaz: Oui, mais Philippe, il est plus heureux qu’il y a dix ans.
Benoît Poelvoorde: Certes, mais il partait de très loin, il avait de la marge. Et c’est toujours pas « Il y a de la joie » non-stop.
Karin Viard: Arracher un rire à Philippe, voilà le challenge !

                                                       Randonneur_poelvoorde

Vos personnages ont terriblement changé…
Benoît Poelvoorde: Moi, je suis passé de crétin à super crétin. Tu sens que cet ex-guide s’est fait quitter par sa femme, qu’il ne paie pas sa pension alimentaire, qu’il voit ses gosses une fois tous les huit mois. Il s’en tamponne de sa famille, c’est un petit escroc sans envergure.

Philippe Harel, vous l’avez chargé, ce guide. La jeune Cora est devenue infréquentable, et vous avez rendu débile le personnage de Vincent Elbaz…
Philippe Harel: Non, pas «débile». Le terme scientifique, c’est « pervers polymorphe ».

La présence de Karin Viard et de Géraldine Pailhas équilibrait-elle ce groupe majoritairement masculin?
Benoît Poelvoorde: Vous savez, des filles, il y en avait plein le plateau.
Vincent Elbaz: Même à Saint-Tropez, il y en a des tas…
Benoît Poelvoorde: En revanche, quand on a tourné avec Philippe Harel Le Vélo de Ghislain Lambert, je ne dis pas… Il n’y avait que des mecs, trop de testostérone, et cela sentait le vestiaire de garçons. Je ne déteste pas une présence féminine appuyée sur un tournage, il est vrai.

La présence de Karin Viard et de Géraldine Pailhas équilibrait-elle ce groupe majoritairement masculin?
Benoît Poelvoorde: Vous savez, des filles, il y en avait plein le plateau.
incent Elbaz: Même à Saint-Tropez, il y en a des tas…
Benoît Poelvoorde: En revanche, quand on a tourné avec Philippe Harel Le Vélo de Ghislain Lambert, je ne dis pas… Il n’y avait que des mecs, trop de testostérone, et cela sentait le vestiaire de garçons. Je ne déteste pas une présence féminine appuyée sur un tournage, il est vrai.
Vincent Elbaz: Pour ma part, Benoît en Bikini ou Karin en short, c’est pareil. Je suis un professionnel, j’envoie mes répliques.

Géraldine Pailhas est-elle la plus réservée du groupe ?
Philippe Harel: Elle est très gracieuse, élégante, et en même temps elle a un côté « bon copain », androgyne, qui est le contraire de son personnage.

Jouer un salaud, c’est amusant ?
Benoît Poelvoorde: J’adore. J’en aurais même fait davantage si Philippe me l’avait autorisé.

Comment fait-on pour calmer Benoît Poelvoorde ?
Philippe Harel: Ben… on le jette à l’eau…
Benoît Poelvoorde: Parlons d’eau !! Celui qui crève de trouille dès qu’il y est, qui ne sait pas nager et qui crie «Coupez! » au bout d’une minute, c’est Philippe Harel. « Venez me chercher, là maintenant. Remontez-moi, remontez-moi ! » En montagne, c’était pareil, il ne voulait pas descendre de l’hélico tant il pétochait.
Philippe Harel: Ce qui prouve que j’ai du mérite de faire ces films périlleux.
Benoît Poelvoorde: Si vous saviez le temps qu’on perd avec lui !
Vincent Elbaz: Soyons honnêtes. Les aventures que vivent les randonneurs restent un peu médiocres, un peu bidon. Dans le premier film, on s’est quand même égarés à deux cents mètres de l’autoroute.

Y aura-t-il des "Randonneurs III", comme il y a eu des "Bronzés III"?
Philippe Harel: Non, nous, c’est « le bronzé du pauvre ».
Benoît Poelvoorde: Chaque fois que « les Randonneurs » passent à la télé, c’est un carton. Les gens adorent cette bande. J’ajoute que tous ceux qui sont allés à Saint-Tropez se retrouvent dans le parcours obligé : embouteillages pour arriver en ville, balade devant les yachts, re-bouchons pour quitter Saint-Trop’.

Ce fut une belle aventure ?
Benoît Poelvoorde: Oui, sauf que Karin nous a continuellement imposé sa plénitude sexuelle.
Vincent Elbaz: Par moments, j’en étais gêné. Vous arrivez, vous êtes un jeune acteur, et elle vous fait des avances, des remarques sexistes.
Benoît Poelvoorde: Sur le tournage, c’était le scandale. Des pétitions ont circulé…

Pour conclure, qu’est-ce qu’un réalisateur ne peut pas faire faire à Benoît Poelvoorde ?
Philippe Harel: Une seule chose : lui demander de passer en silence dans le fond du cadre.

                                                  Propos recueillis par Élisabeth Gouslan pour
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Lundi 24 mars 2008

Si vous avez vu Benoit Poelvoorde débouler en retard avec une tête de delco en mains chez Drucker ce samedi 15 mars 2008 à l'occasion de l'émission sur la Grand-Place de Bruxelles, vous vous êtes peut-être demandé quelle était la nouvelle lubie de notre acteur favori.

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Benoit Poelvoorde explique: "Moi, les endrots branchés où il n'y a que des acteurs qui parlent de cinéma, ça commence à me gonfler. Ne voir que des confrères, mais quelle horreur! Je ne vais plus au Costès par exemple parce que ça m'emmerde! Je préfère de loin replonger dans la vraie vie. Un de mes endroits favoris, c'est une pompe à essence qui est installée à 50 mètres de chez moi. Elle fait café, et j'ai sympathisé avec les mecs qui boivent des coups. Et là, je veux justement acheter une voiture d'occasion à un de ces mecs. Il m'a dit, j'te la fais 500 euros moins cher si tu montres le delco chez Drucker! Tu oseras jamais! Et moi, qu'est ce que je fais chez Drucker à la Grand-Place? J'épargne 500 euros! Pour moi, c'est simple, aller dans les endroits comme ça, c'est rétablir un contact normal avec les gens. D'ailleurs je vais faire un documentaire moi-même sur cette pompe à essence. Et dimanche dernier, j'ai été à Radio Chevauchoir à Lesve avec ma voiture le matin pour leur dire bonjour. C'est ma façon de rencontrer les gens pour de vrai... C'est pas à l'hôtel Costès qu'on peut faire ça."

                                                                                                             
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Vendredi 1 février 2008
Benoît Poelvoorde est venu accompagné de l’excellent Bouli Lanners. Avec un budget historique et un casting extravagant, « Astérix aux Jeux Olympiques » est tout bonnement pharaonix. Que reste-t-il encore à dire après cette campagne mondiale et tout ce tapage médiatique ? En exclusivité, les deux comparses tombent la langue de bois. Sans potion magique.
 
Qu’est-ce qui n’a pas encore été dit sur ce film ?
Benoît Poelvoorde : Je vois qu’on commence par une question piège. Alors là franchement, je ne vois vraiment pas.
 
2-copie-3.jpgC’était si éprouvant ?
Bouli Lanners : Oui, vraiment.
  
Qu’est-ce qui était le plus ennuyant ?
B.P. : Franchement, cinq mois là-bas, c’était vachement long. La Belgique nous manquait solidement. En plus, il n’y a rien à faire à Alicante. Il n’y a que des touristes et des grues !
B.L. : Le tournage se passait dans une région super aride, un vrai désert. Moi, je suis comme Idéfix, quand il n’y a plus un arbre, je suis triste et je déprime !

Il y a eu des accidents ?
B.P. : Je me suis cassé un doigt pendant la course de char. Il faut dire qu’on a passé un mois sur ces maudites scènes. Et je ne vous parle pas du plaisir de jouer en jupe et donc de se raser les jambes tous les deux jours !
B.L. : Moi, quand ils ont essayé de me friser les moustaches, ma barbe a pris feu ! Ils ont eu les boules pour les assurances. Alors qu’un bout de barbe en plus ou en moins…
B.P. : J’oubliais. Un jour, les chevaux ont démarré trop tôt et ils ont foncé droit dans le décor. Idéfix père est également mort sur le tournage. Heureusement, on avait son fils !
 
Avec un tel casting de folie, comment arrive-t-on à gérer tous ces ego ?
B.P. : Il suffit juste d’arriver à gérer le choix des loges ! Dès que Depardieu quittait la sienne, on la lui piquait.
B.L. : Sinon, c’est un mec super sympa le Gérard.
 
Et avec Alain Delon ?
B.P. : Alain Delon, il arrive, et puis Alain Delon il repart ! A part ça… Ah oui, il a changé six fois d’hôtel !
B.L. : N’empêche, quand je me suis vu dans le stade en roi des Grecs à côté de lui, j’ai quand même repensé à toutes ces gonzesses qui m’ont jeté quand j’étais plus jeune ! Je devrais peut-être les rappeler.
 
Michaël Schumacher, Zidane, Amélie Moresmo, Tony Parker… Vous n’avez pas peur que tous ces sportifs vous piquent votre boulot ?
B.P. : Ce sont eux qui devraient avoir la trouille parce que ça pourrait très bien être le contraire !
B.L. : En tout cas, à la descente de Leffe, il est vraiment nul Schumi. D’ailleurs, on les a tous tués !
 
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Retour aux sources indispensable ?
B.L. : Comme les soirées « paella à la liégeoise » que j’organisais dans la villa de Benoît J’ai même ramené du saucisson gaumais.
 
Votre potion magique, c’était quoi ?
B.P. : Les bières spéciales !
B.L. : L’éventail est tellement large… L’écriture, la peinture…
 
Que faisiez-vous pour tuer le temps ?
B.P. : On regardait « Télétourisme ». Je lisais. J’ai même filmé la pluie en Belgique pour me la repasser là-bas !
B.L. : Moi, j’écrivais un prochain scénar en toge de roi des Grecs !
 
Si vous deviez réellement participer aux Jeux Olympiques, vous choisiriez quelle discipline ?
B.P. : Les fléchettes ou le billard ?
B.L. : Je prendrais la natation. Je sais bien que j’ai pas vraiment le profil type mais je suis un champion de natation.
 
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Etes-vous satisfait de vos rôles respectifs ?
B.P. : Brutus, c’est le meilleur.
B.L. : À la base, je me sentais plus Gaulois que Grec. Alors ils voulaient que je joue le rôle d’Abraracourcix, le chef du village. Heureusement qu’ils ont changé d’avis parce que je crois que le pauvre n’est même plus dans le film !
 
Ce film a été tourné exclusivement en numérique. Quelle a été la plus grosse difficulté ?
B.P. : Les Français ! C’était la première fois qu’ils filmaient en numérique et c’était bien galère avec la technique.
B.L. : J’ai une scène où je suis dans le stade et tout le monde m’acclame. Je dois donc montrer cela par mes expressions. En fait, devant moi dans le stade, il y a juste trois Espagnols qui baillaient et me faisaient vaguement signe de la main. T’as vraiment l’air con.
 
Vous avez gardé des trucs du tournage ?
B.P. : Mon armure mais je l’ai donnée au fils de Benoît Mariage.
B.L. : Je garde juste ma bague. Hors de question que je reparte avec cette toge en rideaux. En revanche, je l’attends toujours ma bague !
 
                                                          Propos recueillis par Harold Nottet pour img84/7396/victoireoj3.jpg
                                                          Photos : Arnaud de Harven
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Jeudi 31 janvier 2008

Benoît Poelvoorde, qui incarne le méchant Brutus dans la comédie Astérix aux Jeux Olympiques, n'est pas sportif. Mais il porte un regard acerbe sur la grande comédie du sport business.

Vous avez souvent interprèté des rôles proches du monde sportif (Les Randonneurs, Les Convoyeurs Attendent, Le Vélo de Ghislain Lambert, Narco et maintenant Astérix). D'où vient cet engouement?
De nulle part... J'adore le cyclisme, c'est vrai. Pour Le Vélo de Ghislain Lambert, je me suis beaucoup entraîné. à la fin, j'étais pratiquement devenu un coureur semi-professionnel. Je roulais bien. On faisait du 42 km/h de moyenne !

                       Astérix aux Jeux Olympiques - Benoît Poelvoorde

Il y a aussi la natation avec...
(Il coupe.) J'ai également joué le rôle d'un maître-nageur dans Rires et châtiments... Mais il faut savoir que j'ai mon brevet de sauvetage. C'était donc plus simple. Ce sont mes seuls rapports au sport. Ah si, il y a aussi Podium avec la danse. Là, c'était dur. Surtout avec Mia Frye. Vous avez déjà essayé de travailler avec elle ? Trois mois à raison de deux heures par jour ! Elle m'a épuisé. Mais elle est très sexy, ça reste donc agréable.

Avez-vous des souvenirs olympiques?

(Il réfléchit.) Je me souviens d'une marcheuse... Elle est arrivée dans le stade largement en tête. Elle n'avait plus que quelques centaines de mètres à parcourir. Elle a décollé les deux talons en même temps et a été disqualifiée... Elle s'est mise à genoux et a commencé à pleurer. Ça m'a fait mal au coeur. C'était injuste...

Y-a-t-il un sportif qui vous fascine?
(Sans hésiter.) Eddy Merckx. Je suis belge, ce n'est pas compliqué. Merckx, c'est le champion toutes catégories. Personne ne l'égalera jamais. On l'appelait le Cannibale car il gagnait tout. C'est mon Dieu.

Justine Henin?

Je n'aime pas le tennis. Donc, je m'en fous. Elle est formidable, mais je déplore qu'elle ait quitté la Belgique pour ne pas payer d'impôts. Je trouve qu'il faut aider les gens qui ont moins de chance que toi...

Comme Brutus, seriez-vous capable de tout pour avoir un rôle?

Jamais ! Je m'en fous. Je n'ai pas d'ambition...

Dans le film, vous vous dopez...

(Il coupe.) Oui, j'adore ça. Si j'étais champion, je tricherais... Sans problème. Comme dans Le Vélo de Ghislain Lambert. Pourquoi mentirais-je ? Si on me dit que je peux avoir une force de cheval en prenant un truc, je le prends. Encore plus si ce n'est pas décelable. Vous savez ce qui va se passer dans les années à venir ? On va créer génétiquement des sportifs et ce sera bien pire que de se mettre une seringue dans le cul et de continuer à courir. Car, si les cyclistes n'arrivent pas à rouler à 35 km/h dans le Galibier, les gens s'emmerdent devant leur poste de télévision... Alors, laissez-les tranquilles ! Ayons du respect pour les sportifs.

Avez-vous...

(Il coupe.) Quand Zinédine Zidane donne ce coup de boule, en finale du Mondial 2006, ce geste le fait définitivement Dieu. Dans la foi, on dit toujours que si tu crois en Dieu, tu dois toujours avoir un doute. Et la seule vertu de Dieu, c'est d'avoir un doute. Zidane, sur ce coup de boule, a été humain. C'est la preuve que c'est Dieu. J'aime beaucoup Zidane. C'est un dieu vivant.

L'avez-vous croisé pendant le tournage?

Non. Dans la scène finale du banquet, je ne suis pas là... Zidane, je l'ai croisé à Bordeaux. Un type me l'a présenté. J'étais très impressionné. Il est très gentil. Très beau aussi. On s'est dit des banalités.

Quels ont été vos rapports avec les sportifs présents dans Astérix?

J'aime énormément Jérôme Le Banner (le légionnaire Cornedurus). Je prie pour qu'il arrête de se battre. Je ne veux pas voir ses combats de K1. Je suis tétanisé à l'idée qu'il prenne un mauvais coup. Jérôme est quelqu'un de très intelligent, très raffiné aussi. Il est d'une grande sensibilité. On est devenus amis. Il veille sur moi comme un frère... Au début, j'avais un a priori terrible. Avec cette montagne de muscles, je me disais qu'il devait avoir un QI de parquet. Pas du tout !

Et Michaël Shumacher?

J'ai passé une soirée avec lui et Jean Todt. Je peux vous dire qu'il conduit mieux qu'il ne boit. Quant à Vincent Moscato, je crois que c'est le plus mauvais acteur que j'aie vu au monde. En revanche, quand vous sortez en boîte de nuit avec lui et Jérôme Le Banner, vous êtes certain qu'il ne vous arrivera jamais rien.

                                                                 Propos recueillis par Laurent Giraud-Coudière et Lionel Vella

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Mardi 29 janvier 2008

Dans la vie, Benoît Poelvoorde ne joue pas. Au sortir d'une grave dépression, dégoûté par certains aspects du cinéma, le comédien veut prendre du temps pour lui. Sans fard, il nous confie son malaise, sa colère aussi. Mais surtout le besoin de se préserver, pour revenir plus serein, avec ses propres créations. 

Vous avez annoncé que vous alliez vous retirer pendant quelque temps. Besoin d'air?
Oui, parce que j'en ai un peu plein le cul du cinéma, et j'ai besoin de faire des trucs pour moi. J'ai envie d'écrire, de faire des films tels que j'ai envie de les voir. Plein d'acteurs sont passés à la réalisation, mais moi je manque de courage. Mais j'ai envie de faire preuve de ce courage. Je vais d'abord faire une pièce de théâtre, car j'ai plein de choses à dire sur le milieu du cinéma, et j'ai aujourd'hui envie d'en rire.

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De quoi avez-vous envie de parler précisément?
De toute la misère humaine qu'il y a derrière la promo. Je veux raconter les moments glauques quand on est tout seul dans sa chambre d'hôtel. Quand tu te fais démolir à la télé, quand il y a deux glandus dans la salle. Les distributeurs, les faux derches, les filles qui veulent coucher avec toi au bas de l'hôtel. Je vais y aller franco de porc. On croit toujours qu'on a des vies fantastiques, mais on est tellement seul! Et on finit le soir face à son minibar comme un connard, et le lendemain ça recommence, on doit avoir la banane.

On a l'impression que vous aimez profondément votre métier, mais qu'en même temps vous êtes plutôt fait pour une vie normale.
Exactement. Je n'ai pas beaucoup d'ambition dans ce métier. Je serais content si ça se passait calmement. Un journaliste m'a demandé ce que me faisait l'idée de devenir peut-être une star internationale. Je ne le veux pas, ça ne m'intéresse absolument pas. J'aime être tranquille chez moi. J'ai tourné trop de films ces derniers temps et ça a bousillé ma vie, et je ne veux pas retourner là-dedans. J'ai besoin de réfléchir, en fait. Et un acteur à la fin ça ne réfléchit plus, ça suit bêtement ce qu'on lui dit de faire. En plus, on fait tout pour nous infantiliser.

Vous avez parlé publiquement de votre dépression, vous le regrettez?
Non, je l'ai fait pour que la presse à scandale arrête de me suivre. Ils ont même payé des gens pour me photographier dans l'hôpital. Je n'avais plus aucune liberté, donc à un moment j'ai été obligé d'en parler pour qu'on me laisse tranquille. Maintenant, je suis suivi, j'ai d'excellents médicaments, je ne bois plus, je fais extrêmement attention. J'ai 43 ans et j'ai décidé que je ne voulais pas bousiller ma vie pour le cinéma.

Donc là, vous finissez juste la promo d'«Astérix» et des «Randonneurs»...
Non, je vais tourner encore un film au mois de mars. C'est une étrange façon de se retirer! C'est un ami (Patrice Leconte, ndlr.) et j'avais promis. Mais je ne vais plus m'investir autant. Et puis j'adore jouer, le problème c'est tout ce qu'il y a autour. La promo, ça t'anéantit le crâne. Parce que pour tenir le coup, tu picoles, qu'est-ce que tu veux faire d'autre? D'ailleurs, les cadors, ils ne viennent pas. Delon, Depardieu, ils ne se déplacent pas. Moi je me tape tout.

Je crois d'ailleurs que le tournage d'«Astérix» ne s'est pas très bien passé...
C'est juste, comme je l'ai vécu. Je ne veux pas de ces trucs trop énormes. Il y a trop de fric, et je n'aime pas les choses qui sont régies que par un facteur aussi vulgaire que l'argent.

Vous préfériez le temps de «C'est arrivé près de chez vous»?
Oui, même de «Cowboy», c'était vraiment une famille. Au moment où on tourne, on invente, on cherche, on est fier. Ici je m'en fous d'«Astérix», c'est un concept. Qu'il marche ou qu'il marche pas, je m'en tamponne. J'accepte par politesse de venir faire la promo, mais franchement: tu veux dire quoi dessus?

Vous êtes l'un des comédiens les plus appréciés. Y a-t-il un style Poelvoorde?
Il y a un franc-parler peut-être, qui ne tient pas à moi mais à la Belgique. On n'a pas peur d'avoir l'air con. Les Suisses, vous vivez un peu la même chose que nous, on est des minorités, donc de toute façon, on va nous prendre de haut. Alors on n'a rien d'autre à faire que de dire simplement: voilà je suis ce que je suis.

                                                          Propos recueillis par Anne-Sylvie Sprenger pour img301/1086/lematinwk7.gif

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Lundi 28 janvier 2008
Il est Brutus, le méchant teigneux qui veut devenir calife à la place du calife. Entendez Jules César. Le duel entre Alain Delon et Benoît Poelvoorde est le clou du film. Et même si leurs relations n’ont pas toujours été au beau fixe, notre star nationale a pris un plaisir fou à enfiler la cuirasse de ce sale gosse casqué.
  
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Quel entraînement
physique avez-vous suivi pour votre rôle ?
Aucun. J’ai refusé.
 
Refusé ?
Deux mois avant le tournage, ils m’ont proposé de faire de la gym. C’était absurde. Ce Brutus est un feignant. Il met des cuirasses pour jouer au baraqué, mais il ne fait jamais de sport. Il demande même aux autres d’en faire pour lui. Si j’avais eu des muscles, je n’aurais pas été crédible. Et même si je m’y étais soumis, je ne serais jamais parvenu, en comparaison avec les athlètes dont je suis entouré, à atteindre un gabarit acceptable. J’aurais tout juste eu l’air d’un mec qui a fait trois pompes. Je préférais donc rester comme je suis, avec mon petit bedon.
 
Et les leçons d’équitation, vous les avez aussi refusées ?
Le canasson qu’ils m’avaient donné avait tourné dans « Troie » et « Le Dernier Samouraï ». C’est dire s’il était plus malin que moi. T’avais rien à foutre ! Tu disais au cheval d’aller là, et il y allait tout seul. Il est tellement magnifique que Vigo Mortensen, qui l’avait monté pour un film, avait voulu le racheter. Moi, plus modestement, j’aurais voulu racheter le quatrième cheval du quadrille. Il était le plus exposé aux coups. Et on sait où finissent ces animaux quand ils ont trop servi. Je l’aurais mis dans un pré.
 
Comment a-t-on donné l’illusion du soudain développement musculaire de Brutus, lorsqu’il absorbe de la potion magique ?
Avec le port du casque et de la cuirasse, par des températures de 40°, c’est la seule fois où j’ai vraiment souffert sur le tournage. Je portais l’équivalent de trois combinaisons de plongée, qui m’emprisonnait le corps des pieds au cou. Entre deux scènes, on m’enfermait dans une chambre froide. Il m’était interdit de bouger un orteil, de crainte que le maquillage ne s’abîme, à la jonction de la prothèse et de mon visage. Je me suis évanoui une fois, le jour où je me suis mis à danser dans cet accoutrement.
 
Comment faites-vous pour avoir d’aussi belles jambes en jupette romaine ?
Je fais du vélo depuis « Ghislain Lambert ». De plus, je devais me les raser tous les deux jours. Depuis, c’est affreux, j’ai les jambes de José Garcia. Des jambes de Grec, couvertes de poils. Je ne sais pas quoi faire. C’est tout noir ici (il montre ses jambes) et tout glabre là (il désigne son torse). José m’avait pourtant prévenu que je devais les raser à la cire. Je regrette de ne pas l’avoir écouté. Comme je suis super pudique, je n’avais pas de maquilleuse. Je le faisais moi-même. Dans ma salle de bains. Au début, c’est marrant. Mais au bout de quatre mois…
  
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Vous partagez une scène avec Alain Delon et un guépard. De qui avez-vous eu le plus peur ?
J’ai une délicieuse anecdote à propos de cette scène. A un moment donné, Delon se fâche, pour une raison qui m’échappe aujourd’hui, et quitte le plateau. Il réapparaît quelques instants plus tard en clamant : "Je reviens pour le guépard !". Il était persuadé de comprendre les guépards depuis qu’il avait joué dans le film de Visconti. Or, le dresseur avait bien recommandé de ne pas lui donner de la viande. Lui seul était habilité à le faire. Evidemment, Delon sait mieux que tout le monde et tend un morceau de bidoche à l’animal. Et ce qui devait arriver arrive : il se fait mordre. Du cop, c’était terminé l’amitié entre l’animal et lui. J’étais écroulé de rire. Après tout, un guépard reste un fauve, et il ne va pas au cinéma, lui.
 
Comment avez-vous abordé le personnage Delon ?
J’ai vite compris. Au début, tu es impressionné, parce que c’est une légende. Et après… Après, tu ne le rencontres pas vraiment en fait. Il joue avec toi, te donne la réplique, mais ne te parle pas. Tu n’as aucun contact avec lui. D’ailleurs, dès qu’il a fini de tourner, il s’en va.

Vous le rencontriez en dehors du plateau ?
Pas du tout. On n’était pas logé dans les mêmes endroits. Les uns étaient dans des hôtels, les autres dans des villas. Lui, il a changé au moins six fois d’hôtel. Et puis, avec Delon, tu ne parles pas. Moi, ça ne me gênait pas, dans la mesure où je suis censé détester mon père et comploter son assassinat.
 
Est-ce à dire que ce n’est pas un vrai partenaire ?
Non. Je dirais qu’il y a des partenaires plus généreux. Mais cette attitude participe au personnage. Il est Alain Delon, et on ne peut pas espérer le réformer. Autant changer le christianisme ! Il te respecte, il te laisse faire ta scène, tu peux même recommencer autant de fois que tu veux, mais c’est un bloc. Il est dur. Avec moi, il ne l’a jamais été. Mais quand il débarque sur le plateau ; on sent la peur. C’est chiant, parce que tu joues avec des gens tendus toute la journée. Delon n’est pas un cas unique. Sur n’importe quel film, dès qu’un mec est tendu, c’est tout l’environnement qui est contaminé.
 
Il vous a impressionné ?
Oui, le premier jour. Je ne le connaissais pas encore, et je devais faire des photos en studio avec lui. Il ne te laisse pas parler. Pour un bavard comme moi, c’est terrible ! Mais, après deux jours, j’avais compris. Je faisais ce que je voulais.
  
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Cinq mois : vous rempileriez pour un tournage aussi long ?
Non, c’est trop lourd. Les grosses machines ne me conviennent pas. Et comme je n’ai pas l’ambition d’une carrière internationale, je m’en fous. J’ai eu plus de pression sur « Astérix » que sur « Cow-boy », qui me tenait davantage à cœur. La leçon sur un méga-tournage, c’est apprendre à s’autogérer. Le réalisateur a tellement de contraintes que diriger des acteurs lui apparaît forcément secondaire. De plus, sur ce tournage, ils inauguraient le numérique. C’était nouveau pour eux, ils ne comprenaient pas la caméra, ça ne marchait pas, ils se chiaient dessus.
 
Quelles étaient les relations entre acteurs, une fois terminé le travail de la journée ?
On était répartis entre hôtels et villas. Comme c’était pour du long terme, j’avais personnellement choisi la seconde option. En fait, je suis le seul, avec Stéphane Rousseau, à être resté la totalité des cinq mois. Les autres allaient et venaient. Paradoxalement, tu te sens donc très seul, malgré le grand nombre d’acteurs et de figurants. Heureusement, il y avait Bouli (Lanners). Bon cuisinier, il nous confectionnait des petits plats du pays, pendant qu’on regardait la Rtbf. La seule chaîne belge qu’on pouvait capter. On en avait les larmes aux yeux en regardant « Télétourisme ».
 
N’est ce pas un rêve d’enfant que d’incarner un héros de BD ?
Oui. Quand j’arrive devant le palais du roi Samagas avec mes légions, juché sur mon cheval et sanglé dans une cuirasse rutilante, je me la pète grave. Quel est l’enfant qui n’a jamais rêvé de commander à une troupe ? D’ailleurs, j’ai offert ma cuirasse au fils de Benoît Mariage. Une vraie de vraie. En métal. Les autres étaient en plastique.
 
Quels sont vos projets cinématographiques, après avoir tourné coup sur coup « Cow-boy », « Les Deux Mondes » et « Astérix » ?
Au moins de mars, je commence « La guerre des Miss », sous la direction de Patrice Leconte, avant de tourner mon propre film avec François Damiens. Son titre ? « Les Barakis ». Un baraki, c’est un mec qui se gare sur une place pour les handicapés, qui passe dans la file devant vous, qui répare sa bicyclette dans le salon.
 
Le sens du ridicule, vous l’avez déjà éprouvé ?
Et comment ! Un jour, j’étais tranquillement chez moi, en train de lire, lorsque je m’avise que je serais encore plus confortablement installé si ma lampe faisait dix centimètres de plus. Je sors et me mets en quête du premier magasin de luminaires. J’entre. Personne, sauf une vendeuse revêche qui me fait peur. Elle n’avais pas ce que je voulais. Mais elle me propose un autre article. Pas du tout ce qu’il me fallait. Mais je n’ai pas osé dire non, et j’ai acheté cette lampe.
  
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Comme Brutus, on a tous nos lâchetés. Vous aussi ?
J’en fais une forme d’héroïsme. De me laisser refiler des trucs dont je n’ai pas l’utilité, d’accepter des promos ou des rendez-vous où je n’ai pas envie d’aller et, deux heures auparavant, de téléphoner pour dire que je suis malade, ça m’arrive quantités de fois !
 
Des envies de meurtre vous ont déjà effleuré ?
Non ! J’ai déjà été déçu par les hommes, mais de là à haïr ou à tuer, même par la pensée, non. Ce qui ne m’empêche pas d’être maladivement rancunier.
 
Et l’envie de tricher, vous est-elle déjà venue ?
Je triche tout le temps. Surtout au Monopoly et au poker. Les jeux de société, c’est fait pour tricher. Si mes habituels partenaires au jeu vous lisent, je vais être grillé.
 
Vous êtes du genre maladroit ?
Plutôt tête en l’air que maladroit. Comme je suis toujours pressé, je suis très distrait. Partout, j’oublie mes clés ou mon portefeuille.
 
Et la mauvaise foi, vous y avez déjà eu recours ?
Vous plaisantez ou quoi ? Vous avez devant vous un maître de la mauvaise foi. Surtout au jeu : "Comment se fait-il que t’as un billet de 10 000 ?" "Oh ! Je l’ai depuis le début." "Si, si,…" etc.
 
Jeune comédien anonyme, vous vous êtes déjà retrouvé dans la situation de devoir flatter ?
Oui. Mais j’ai toujours eu pour principe de ne flatter que qui le mérite. Même à mes débuts. J’ai la chance de n’avoir jamais dû ramer. D’ailleurs, aucun rôle ne vaut une flatterie.
 
Comme Brutus, vous avez déjà été envoyé dans les cordes par une femme qui ne vous aimait pas ?
Oh ! Les râteaux je les collectionne. J’en ai une baraque de jardin pleine.
 
Maintenant que vous êtes célèbre, ce genre d’humiliation ne doit plus vous arriver souvent ?
Oh ! Je ne cherche plus. Je me cache. On ne se promène quand même pas avec une fille de moitié son âge. Ce sont des gamines. Les autres, ou elles sont maquées, ou elles sont dépressives.
 
                             Propos recueillis par Daniel De Belie et Christophe Combarieu pour  img212/5612/49150488rt4.jpg
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Vendredi 25 janvier 2008

Entre un Alain Delon autoritaire et le mal du pays, Benoît Poelvoorde et Bouli Lanners ont vécu à Alicante un tournage inoubliable. Mais particulièrement éprouvant.

Paris, le jour de la première d'Astérix aux Jeux Olympiques sur les Champs-Elysées. Les statues grecques (en plâtre) débordent sur le trottoir. Derrière les barrières Nadar, les curieux commencent à s'agglutiner. L'événement est de taille: Delon est annoncé. A quelques mètres de là, dans leur hôtel, Benoît Poelvoorde et Stéphane Rousseau enchaînent les interviews de groupe. Dans "Astérix aux Jeux Olympiques", le premier est Brutus, le pleutre fils de César incarné par Alain Delon. Le second interprète le poète Alafolix, amoureux transi de la fille de Samagas, le roi grec incarné par Bouli Lanners. Ce jour-là, cette autre gueule du cinéma belge (et réalisateur d'Ultra Nova) s'"emmerde" comme un rat mort. Plus pour longtemps.

A Paris, ce jour-là, nous avons réuni Benoît Poelvoorde, plus agité que jamais, et Bouli Lanners, content d'être happé de son fauteuil, pour une franche conversation. Entre Belges. Voici donc ce que vous n'entendrez pas à la télévision française...

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Toi, tu n'es pas calmé.

Benoît Poelvoorde : Non, ici, tu ne peux pas te calmer. T'imagines pas les moments de dépression qu'on a vécus sur ce tournage. Jamais connu des moments pareils.
Bouli Lanners : Moi non plus.
B.P. : Putain, on regardait Télétourisme...
B.L. : Et Antenne Soir.
B.P. : (Il hurle) Antenne Soir! (L'émission n'existant plus depuis des années, on imagine qu'ils parlent du J.T. - NDLR) Pour se donner du courage. On regardait le Tour de France quand il passait en Belgique pour voir les maisons. Les pierres.
B.L. : Sociologiquement, ça nous a permis d'apprendre plein de choses. Par exemple, que le Belge dit souvent "Très très". Il fait "très très" froid. J'ai "très très" faim. Les Français ne disent pas ça.
B.P. : Et les adverbes! Une chiée d'adverbes.
B.L. : D'ailleurs, généralement, c'était un adverbe suivi de "très très". (Ils éclatent de rire)

Bon, allons-y. Benoît, lors du tournage, tu as souvent donné la réplique à Delon.

B.P. : Oui, mais Bouli peut-être plus que moi.
B.L. : C'est vrai, j'ai passé beaucoup de temps avec Delon. On était tout le temps ensemble.
B.P. : Moi, avec Delon, c'était - comment dire... Je ne le voyais pas, en fait. On ne tourne pas avec Delon: Delon vient, il tourne, il se casse. T'as pas vraiment de relation avec lui. En plus, il fait peur. Pas à nous: à l'équipe. Du coup, tu tournes dans une ambiance tendue de merde. A cause d'une personne hyper-autoritaire.

Ce n'est donc pas accidentel?
B.P. : Bien sûr que non!
B.L. : Il joue de son pouvoir et il en abuse.
B.P. : A la fin, c'est très désagréable. Bon ,moi, je n'ai pas trop souffert car j'ai montré que je joue comme ça, et qu'il faut l'accepter ainsi. Le fait est qu'il déteste l'impro. Il veut le texte à la virgule près.

Beaucoup de gens diront pourtant que dans le film, il s'autoparodie à merveille. A la limite, qu'il se moque de lui-même.
B.L. : Je n'ai jamais senti une once de second degré chez ce type. Je ne crois même pas qu'il en connaisse le concept.
B.P. : Non, il a joué ce rôle tel qu'il se voit;
B.L. : Moi, je peux dire aussi qu'il flippait durant le tournage. Ca faisait des années qu'il n'avait plus tourné et au début, il n'était vraiment pas à l'aise sur le plateau. Mais son côté autoritaire nous flippait aussi.

                       Astérix aux Jeux Olympiques - Alain Delon

Vous avez eu peur de lui?
B.L. : Le premier jour, j'étais mort de trouille. Et mon entrée en matière avec Delon a aussi été très particulière.
B.P. : (excité comme un gosse) Allez, raconte, raconte!
B.L. : J'arrive sur le plateau. Premier jour de Delon. Premier jour de Bouli aussi, mais ça, tout le monde s'en foutait. Tout le monde était là. Les mecs de Pathé, Uderzo, Depardieu. Comme ils ne s'aiment pas, ça mettait la tension.
B.P. : C'était terrible. Tu vois, le crépuscule des lâches.
B.L. : Terrifiant. J'arrive donc avec ma barbe, sur le trône, en me disant: Mais qu'est ce sur je fous là? Arrive, à côté de moi, un mec de péplum. Delon. Il me regarde, il me regarde encore, je sentais mon coeur battre très fort. Tout à coup, il me dit: "Tu es belge, toi?" Tout bas, je dis: "Oui, oui." "T'es d'où?" " De Liège" Et là, il me crie: "Ah, Liège, j'aime pas ça!" (Benoît Poelvoorde explose de rire)

A ce moment-là, qu'est-ce qu'on se dit?
B.L. : Que ça commence mal. Que ça ne va pas être drôle (Benoit manque de s'étouffer). Là, Delon revient à la charge: "Mais qu'est-ce qu'ils allaient foutre à ce café des Armuriers, hein? Dans cette braderie de merde!" Je suis là habillé en roi grec et Delon me parle d'un café tout près de chez moi, dans un quartier pourri, que même les liégeois connaissent à peine. Je me dis, c'est une caméra cachée. Et il continue à parler, très énervé. Puis, tout à coup, je comprends: il parlait de ces deux petites filles enlevées (Stacy et Nathalie). A l'époque, on ne les avait pas encore retrouvées. Ensuite, tous les jours, j'ai eu droit à la question: "Alors, on l'a retrouvé, ce salaud?" J'étais assimilé. Ca a été ma relation avec Delon.
B.P. : Mais tu lui as volé sa chaise! Parce qu'il faut savoir que Delon a sa chaise, qui lui a été offerte par Visconti. Bref, on ne peut même pas la regarder. Pas poser un mouchoir dessus. Eh bien moi, je me suis assis dessus une centaine de fois. Dès qu'il avait le dos tourné. Et Bouli la lui a piquée.
B.L. : J'étais venu sur le tournage avec mon mobil-home, comme ça, dès que j'en avais plein le cul, je pouvais partir dans les montagnes. Mais il manquait un siège pour ma femme. Maintenant, c'est bon. Je l'ai d'ailleurs incluse dans mon deuxième film (California Wash, que Bouli vient de terminer).

Quant à toi, Benoît?
B.P. : Moi, je suis allé à Delon. On était à Alicante, première semaine de tournage, tout le monde était déjà fatigué. Là, on me dit: "Faudrait que t'ailles à Paris." On était vendredi et samedi, Delon faisait une photo pour la couverture de Paris Match. On prend un jet privé, avec maquilleuse et tout le barda - tous ce gens n'ont donc pas de week-end?-, on arrive, Delon nous accueille et renvoie directement l'attaché de presse. "Toi, dehors!" En fait, il fout tout le monde à la porte. ensuite, il me prend, me regarde et me dit: "Toi, t'es un acteur angoissé! C'est la preuve que t'es un grand acteur." On fait les photos, il choisit dans le tas - t'as même pas le droit à la parole, même si t'es aussi sur la photo - et retour à Alicante. Sur place, je retrouve thomas Langmann (le réalisateur) et je lui dis: "Putain, les photos, on dirait deux tapettes de chez Michou à peine sorties d'un bar échangiste." Langmann trouve que j'ai raison. Il prend son téléphone pour parler à Delon. La conversation a duré 17 secondes. Delon a choisi, point.

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Comment peut-on sereinement entamer le tournage d'un film avec, face à soi, quelqu'un d'aussi hermétique?
B.P. : Tu t'en fous.
B.L. : Tu joues ton texte.
B.P. : Et puis, d'ailleurs, ça arrive souvent.

Et Depardieu?
B.P. : Rien à voir.
B.L. : Lui, c'est une être humain.
B.P. : Il est drôle, lui. Et il m'a beaucoup aidé. Bon, c'est un ogre et, à la fin, c'est fatigant car il dit tout letemps bite, couille, vagin, il pète et parfois quand il pête, il dit: "Celle-là, j'aurais dû la roter." Il fait beaucoup de bruit. Il peut être odieux, mais il est fondamentalement bon. Et cool. Moi, je m'énervais sans arrêt mais lui n'arrêtait pas de me dire "Calme-toi, on te verra de toute façon."

De fait, bien plus que Cornillac ou Depardieu, c'est toi qu'on voit dans la quasi-totalité des scènes clés du film. au point que, comme sur l'affiche, ils passent presque pour des seconds rôles.
B.P. : Mais comme dans les BD, hein! La production a également joué la carte internationale. Dans les deux premiers, tous les gags annexes, on ne les comprenait pas à l'étranger. Et puis, il faut bien le dire, dans les BD, tu t'emmerdes assez vite avec Astérix. Mais c'est injuste pour Clovis - Gérard, il s'en fout - car il a vraiment travaillé son personnage. Sa manière de marcher, de bouger. Je trouvais qu'il était parfait en petit castagneur dodinant du cul, en petit français courageux. 
Il faut tout de même savoir qu'on a tourné avec un an de retard parce que personne ne voulait du rôle. Tellement il est chiant. C'est simple: dans le film, Clovis n'a que des phrases casse-couilles. Le nombre de fois que je me suis dit: "Putain, quelle phrase de merde!" Alors que moi, je n'avais qu'à hurler, crier, taper ou frapper. C'est plus facile de faire le méchant que le gentil. Clovis, il faut lui rendre hommage. Tout comme Stéphane Rousseau. Son rôle est chiant comme la pluie! Nous, à sa place, il y a longtemps qu'on aurait trombiné la princesse (jouée par Vanessa Hessler). Dans un film belge, elle aurait déjà été violée quatorze fois! (énorme rire)

Trois mois sur place et sur un tournage difficile: comment fait-on pour ne pas disjoncter?
B.P. : Mais on a disjoncté. Heureusement, on se tenait les coudes. De Belgique, où il a pu revenir deux fois, Bouli me ramenait du saucisson gaumais.
B.L. : Du sirop de Liège.
B.P. : Il me faisait à manger, dans ma villa hollywoodienne. On était gênés: c'était tellement énorme! J'avais une villa de dealer. Deux femmes de ménage passaient trois fois par semaine. On restait dehors, dans la piscine qui donnait que la mer, à attendre qu'elles s'en aillent; ça faisait tellement friqué. Elles ont sûrement dû se dire: "Mais quels connards, quels blaireaux, et tout blancs en plus!" Une vraie baraque de chleuhs. Hein, Bouli, toi qui connais quand même les cantons de l'Est, t'as reconnu le trait! Ce qui a sauvé Bouli, c'est qu'il écrivait son scénario.
B.L. : C'est vrai. J'étais mal au début. Ma femme a dû croire en lisant mes e-mails que j'allais me pendre. Après mon premier break en Belgique, je suis revenu plus léger.
B.P. : Moi, je ne pouvais pas, j'étais tout le temps dedans.

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On a compris que ça n'a pas été une partie de plaisir, mais certains moments ont dû être jouissifs.
B.L. : J'ai quand même fait quelques belles rencontres. Comme Stéphane Rousseau. Des moments rares, inattendus mais, c'est vrai, jouissifs.
B.P. : Stéphane, pareil. Ou jouer avec Cornillac au "Milles Bornes", génial. Cela dit, quand j'ai eu dis jours de congé, je me suis surpris à filmer la pluie. Y a rien à faire, quand t'es cinq mois loin de chez toi... Et puis, c'est Alicante. Le charter pour y aller est à 28 euros. Donc, la population que tu croises là-bas, c'est la déprime la plus absolue. C'est ça ou des retraités espagnols. C'est le Liban après les bombes. Il n'y a rien, sauf la mer.
B.L. : Et il y a des grues à perte de vue car ça construit, là-bas. Pour moi, Alicante, c'est une vision de l'enfer. Dix milliards de strings au bord des routes, ça en devient écoeurant.
B.P. : Sans compter les anglais qui y débarquent pour une seule chose: se bourrer la gueule comme des singes.

Dans tout ça, il a tout de même l'une ou l'autre joie?
B.L. : Ca oui: celle d'être rentré.
B.P. : C'est ça: je l'ai fait mais, surtout, j'en suis revenu ! (double rire gigantesque)

                                                                    Propos recueillis par Pascal Stevens pour

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Jeudi 24 janvier 2008
Ravi qu’une journaliste polonaise le compare à Louis de Funès, son Dieu, Benoît Poelvoorde est une nouvelle fois en première ligne de promo, "Astérix 3" oblige. S’il a accepté cette superproduction française, c’est pour le plaisir d’être le méchant – qui est, en fait, la star du film. Son challenge : "Etre antipathique et ne pas avoir peur du ridicule, pour faire rire les enfants sans leur faire peur."
 
Le cinéma est quand même un beau métier. Grâce à lui, vous avez le torse de Monsieur Muscles ! Un fantasme ?
Qu’est-ce que j’ai souffert ! Il fallait deux heures pour les mettre, mes faux muscles ! Cela représentait l’équivalent de trois combinaisons de plongée. En attendant de tourner, on m’enfermait dans une chambre froide, sans bouger. Dehors, il faisait 42 degrés. Pour le reste du film, c’est mon vrai corps : le petit bedon, c’est bien le mien ! Quant aux jambes, il fallait les raser tous les deux jours ! Je ne l’ai pas fait à la cire… Aujourd’hui, j’ai les jambes de José Garcia !
 
Vous interprétez le fils de Jules César, alias Alain Delon. Jouer avec Delon, c’est… ?
J’ai vite compris. Au début, j’étais impressionné, car il représente quand même une légende. Puis, tu te rends comptes que tu ne le rencontres pas vraiment. Il joue avec toi, mais ne te parle pas. Tu n’as aucun contact. Dès qu’il a fini de tourner, il s’en va. Il a changé six fois d’hôtel. Tu ne parles pas avec Delon. Moi, ça ne me gênait pas : comme je suis censé ne pas aimer mon père… Mon challenge était de faire rire les enfants, mais sans leur faire peur. Or, dans des scènes avec mon père, j’ai dû plusieurs fois redescendre d’un cran. On me disait : On a vraiment l’impression que tu veux le tuer ! J’avais des regards trop violents. Or, un enfant ne doit pas sentir qu’il peut y avoir du sang dans Astérix.
 
                   

Delon est-il un partenaire ?
Disons que je connais des partenaires plus généreux. Mais ça fait partie du personnage Delon. Il est Alain Delon, et on ne peut pas changer Alain Delon. C’est comme si tu voulais changer le christianisme. Il a organisé le Noël des enfants à l’Elysée. Ca m’a bien fait rire. Il n’y avait que Adriana Karembeu et moi présents. Sur un plateau, Delon respecte ce que tu dois faire. Il recommence autant de fois qu’il faut. Mais il peut être très dur. Donc les gens ont très peur quand il arrive : tout le plateau est tendu.
 
Il vous a impressionné ?
Non. Un peu le premier jour, en allant faire les photos avec lui, car il ne te laisse pas parler. Et ça, pour moi, c’est terrible. Mais il n’a pas réussi ! Après deux jours, j’avais compris et je faisais ce que je voulais. Avec Depardieu, c’est autre chose. Il est comme De Niro, il a tout fait. Quand il veut vraiment travailler, il est d’une émotion incroyable. Il a gardé quelque chose d’innocent dans les yeux que je n’ai jamais vu ailleurs. Il peut redevenir un enfant en moins de dix secondes. C’est sa force. Il est vraiment Obélix… Il mange d’ailleurs plus que Obélix! Avec lui, on s’est bien amusé. Il m’a beaucoup aidé, car j’ai connu plusieurs moments où je piquais du nez. Gérard me rassurait : N’en fais pas trop, on te verra ! Chaque fois que je me donnais à fond, il me disait : Calme-toi, on te verra. Il a été le premier à m’appeler après avoir vu le film.
 
Est-ce plus facile de garder sa part d’enfance en jouant Brutus que "Cow-boy" ?
Evidemment. Quand j’arrive en armure avec ma suite face aux troupes, je me trouve très beau et je me la pète ! Quel enfant n’a pas rêvé d’un tel moment… J’ai d’ailleurs offert mon costume au fils de Benoît Mariage.
 
Qu’apprend-on d’un tel film ?
A se gérer soi-même. Il ne faut pas espérer que quelqu’un va te diriger : il y a trop de choses à contrôler. Et tu n’as pas tant de libertés que ça, car tu es victime des contraintes. Le deuxième jour, on m’a dit : Voilà l’espace où tu peux jouer ! Car tout était éclairé avant que les acteurs n’arrivent. José et moi avions un mètre carré pour jouer. J’ai refusé. C’est la première fois que j’allais au rapport de force.
 
Pas de place pour l’improvisation, donc ?
Si ! J’ai su glisser quelques trucs. La formation en tortue, version animale, par exemple. Ou quelques répliques sur le char. Mais qui ont été censurées, car pas politiquement correctes ! Quand on était deux ou trois acteurs, le réalisateur me laissait plus improviser. Quand il y a 60 chevaux, tu fais ce qui est écrit et tut te tais !
 
Cela a-t-il titillé l’auteur que vous êtes ?
Ce n’est pas le fait d’avoir été censuré sur le texte. Ca vient d’une somme de choses, des quatre films que j’ai tournés en un an et demi. J’en ai marre de parler pour les autres. J’ai envie d’écrire. J’ai une idée pour le théâtre. J’ai fait deux promos en suivant quasi tout seul. C’est super dur, drôle et glauque. Je vais écrire un spectacle sur la promo, sur la solitude de ces mecs qui se disent que ça va marcher. Je jouerai avec François Damiens, dans une mise en scène de Benoît Mariage.
 
Prêt à refaire ce genre de méga-production ?
Non. C’est trop lourd pour moi. Je suis plus heureux dans des films plus petits, artisanaux, où on cherche. Les grosses machines ne me conviennent pas trop, c’est pourquoi je n’ai aucune pression. Je ne me sens pas dans mon monde. Je suis invité, puis je m’en vais. Je n’ai pas envie de faire une carrière internationale. Je m’en fous ! J’ai eu plus de pression en présentant "Cow-boy", car le film de Benoît Mariage me tenait à cœur. Au final, le cinéma, c’est quoi ? Une caméra, un mec qui prend la lumière et un autre qui vous parle. Vous pouvez mettre 3000 personnes autour de vous, ça ne change rien !
 
                                                Propos recueillis par Fabienne Bradfer pour  img89/7854/lesoirew3.jpg
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Courte présentation

  • benetom
  • : Carine