Tom Barman attend dans son studio, à Borgerhout, à l'étage d'un entrepôt désaffecté transformé en Vantage Point Studio. Comme
d'habitude, il est nerveux plus que détendu, et charmant.
C'est la première fois que deux disques de dEUS se suivent, avec le même line-up du groupe…
C'est incroyable, oui. Après des années instables, on est entré dans une période où tout le monde se sent bien. Et j'espère bien que le prochain disque se fera aussi avec ce même
groupe.
Pourquoi cela n'est-il pas arrivé plus tôt ?
Je ne sais pas. Peut-être est-ce de ma faute. Peut-être les musiciens belges manquent-ils d'ambition, ou
peut-être ont-ils trop d'ego, ou peut-être est-ce de la jalousie ? Mais ce n'est pas neuf, c'est propre au rock : les groupes sont des entités explosives. On est aussi devenus plus vieux. Stef,
Alan et Mauro, quand ils sont arrivés, connaissaient bien l'histoire de dEUS. Ils ne sont pas arrivés pour foutre le bordel. Il a fallu mélanger les cartes pour que la combinaison fonctionne
bien.

On sent, à entendre le disque, que l'ambiance était détendue, voire joyeuse…
La moitié des compositions proviennent du groupe. Du coup, ma façon de chanter est différente. Il ne s'agit pas que de mes accords, mes mélodies. C'est excitant comme tout. C'est plus chouette
pour tout le monde, on compose ensemble. Je n'ai pas beaucoup joué sur cet album, j'ai beaucoup écouté. Je suis resté très discret. Sur scène aussi, je ferai des chansons sans guitare. C'est une
autre énergie, ça me rend heureux de faire des choses que je n'ai pas encore faites. On a laissé un peu de côté l'idée de ce que devait être dEUS. Pour le prochain, j'aimerais laisser dEUS
complètement dehors. J'ai le sentiment qu'il va se passer quelque chose de très intéressant musicalement.
Que le nouveau dEUS soit chaque fois attendu comme un nouveau chef-d'œuvre, n'est-ce pas un peu handicapant ?
La pression n'intervient pas quand tu es en studio. Tu fais la musique que tu aimes. Il y a une pression mais il n'y a que celle que tu t'imposes dans une bulle. Avec ce disque, on voulait
réaliser quelque chose de compact, de chouette à jouer live. En fait, l'idée était déjà celle-là pour l'album Pocket Revolution mais les problèmes au sein du groupe ont fait que c'est devenu un
disque introverti.
Celui-ci est plus ouvert…
Ouvert, c'est le premier mot que j'ai dit aux répétitions. Il n'y a plus de barrières, on chante tous sur ce disque. Mauro (NDLR, Pawlowski, le guitariste) n'était pas sûr de le faire au départ.
C'était fragile. Il n'a pris sa décision que tout récemment. Quand il m'a appris cette bonne nouvelle, c'était pour moi le moment le plus heureux du groupe depuis dix ans. Et sa collaboration à
dEUS ne l'empêche pas de faire plein de choses à côté.
« Vantage point », titre du disque, est le nom de votre studio.
Ce fut d'abord le titre du disque. La position avantageuse, c'est le lieu stratégique d'où
on opère ou d'où on observe. Pour moi, c'est la Belgique, c'est Anvers. J'ai choisi aussi ce titre parce que ça me prend vingt-cinq secondes pour l'expliquer. Ce qui n'était pas le cas avec
Pocket Revolution. On a construit le studio en même temps que le disque. Klaas (NDLR, Janzoons, le violoniste) habite ici, et moi à six minutes, en scooter.
La pochette nécessite un petit commentaire. À voir le dessin du Gantois Michael Borremans, on pense aux fameuses scènes d'avilissement dans la prison d'Abou Ghraïb,
en Irak.
Je trouve dommage qu'il ait donné cette explication glauque. Il parle d'une chorégraphie silencieuse et terrorisante. Moi, j'aime beaucoup son travail, ses films aussi. Il est fan de dEUS, ça
cliquait. Je trouvais ça un peu trop noir mais avec la typo, ça donne bien. C'est plus chaleureux.
« Popular Culture », un des plus beaux morceaux, est-il un questionnement identitaire ?
Je suis très influencé par la culture pop, je lis beaucoup de
biographies, je vois beaucoup de films. Tout ce qui m'arrive dans la vie me fait songer à un film, un disque ou un livre. Ça m'inquiète parfois. Je fictionnalise ma vie. C'est pour ça que j'aime
réaliser des films. J'ai trois scénarios en préparation avec des amis… mais j'ai le temps. Si on fait un break ou si on splitte, je ferai des films. C'est ça, l'idée. Je ne suis pas pressé. C'est
une belle occupation pour vieillir.
« Eternal woman » est romantique alors que « Favourite game » parle de sexe. Où se situe Tom Barman ?
Entre les deux. Je n'ai pas encore d'enfant, parce que ça ne s'est pas encore présenté. Je n'ai pas envie de faire des enfants un peu partout dans le monde comme notre
bassiste…
Interview
réalisée par Thierry Coljon pour
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