Quand je pense au cinéma de mon enfance, je me vois en train de regarder un film avec
Louis de Funès. En 1985, j'ai 9 ans, je visionne la première diffusion télé du dernier film de Louis de Funès: "La Soupe aux Choux". Lors du générique de fin, je pleure à chaudes larmes car je
prends conscience que plus aucun nouveau long métrage, avec Louis de Funès à l'affiche, ne sortira en salles... En effet, Louis de Funès est décédé en 1983 et laisse un vide
immense dans mon coeur d'enfant!
Depuis, C’est avec toujours le même plaisir que je regarde les films qui ont fait son succès. Le rire est définitivement au rendez-vous. Je ne peux me lasser de son duo avec Coluche
dans "L'Aile ou la Cuisse" ou des répliques devenues cultes de la saga des "Gendarmes à St Tropez". Et quelle joie de revoir "La Grande Vadrouille", "La Folie des Grandeurs", "Jo",
"Le Petit Baigneur", et j'en passe...
En résumé, Je ne pouvais donc pas résister à l'envie de rédiger un article sur cet acteur
comique que personne n'arrivera jamais à remplacer.

Fils d'un ancien avocat de Séville devenu diamantaire, Louis de Funès naquit à Courbevoie le 31 juillet 1914. Enfant, son goût pour le
dessin, le piano et les pitreries lui font quitter l'école assez tôt. Il tente vainement d'apprendre un métier mais ses facéties permanentes découragent ses multiples employeurs. En 1939, jugé
inapte à faire la guerre pour raison de santé (en fait une erreur de dossier), il se retrouve grâce à une petite annonce pianiste dans une boîte à Pigalle. C'est alors qu'il décide de devenir
comédien, et s'inscrit au cours Simon.
De Funès qui pense avoir le physique idéal pour jouer les jeunes premiers romantiques et ténébreux est vite dissuadé par le maître du lieu.
Il retourne à son piano, mais ce bref passage au cours Simon lui aura permis de se lier avec Daniel Gélin qui comptera bientôt dans sa carrière. C'est aussi en cette période qu'il fait la
connaissance de Jeanne Barthélemy de Maupassant, qu'il épouse en secondes noces en 1943 et avec qui il aura deux fils, Patrick et Olivier; l'un devenu un brillant médecin et l'autre après avoir
joué au cinéma, est devenu pilote de l'air.
Le hasard va ramener de Funès vers la comédie : "Un hasard prodigieux. Je descendais d'un wagon de première classe dans le métro, et
Daniel Gélin (mon copain de chez Simon) montait dans un wagon de seconde classe. La porte allait se refermer, lorsqu'il me crie : "Téléphone-moi demain. J'ai un petit rôle pour toi."
C'était pour L'Amant de paille (1945) de Marc-Gilbert Sauvageon. Je reprenais le rôle qu'avait créé Bernard Blier." C'est Gélin, toujours, qui le fait débuter au cinéma dans La
Tentation de Barbizon (1945) de Jean Stelli, où son rôle se résume... à ouvrir une porte.
Jusqu'en 1954, il apparaîtra dans une cinquantaine de films mais dans des rôles si insignifiants qu'un jour Françoise Rosay qui tournait avec lui La Reine Margot (1954) de Jean Dréville,
s'insurgea : "On me voit tout le temps de face. C'est son tour de temps en temps" De Funès est réduit pendant des années à n'être qu'un "dos", on juge ainsi mieux de la longue marche
qu'il aura dû accomplir avant de devenir la coqueluche du public français. En attendant, pour survivre, de Funès se livre à toutes sortes de travaux : "A l'époque, je doublais le matin (entre autres la voix de Toto le comique italien), je tournais l'après-midi, et j'étais le soir au
théâtre"
Il faudra attendre 1956, après dix ans de carrière et près de 80 films, pour qu'il accède enfin aux premiers rôles. Cette année-là, il
tourne La traversée de Paris (1956) de Claude Autant-Lara, un des meilleurs réalisateurs du moment, avec Gabin et Bourvil. Son rôle de Jambier, l'épicier du marché noir égorgeur de
cochon, est le premier grand personnage créé par de Funès. C'est à partir de ce film en tout cas que l'acteur va devenir "un film à lui tout seul". La critique commence d'ailleurs à s'intéresser
à lui, et avec Ni vu ni connu (1957) d'Yves Robert, elle le présente comme l'un des meilleurs comiques français du moment.
Parallèlement, de Funès poursuit sa carrière théâtrale marquée par le triomphe d'Oscar qu'il reprendra cinq ans plus tard au
cinéma avec le même succès. L'identification devient totale entre l'acteur et ce personnage d'une absolue loufoquerie. A ce propos de Funès déclarera : "J'aime bien incarner, afin de les
ridiculiser, les types qui se prennent au sérieux et veulent se faire respecter... J'aime trouver le petit détail, le grain de sable qui fera s'écrouler ce personnage gonflé de vanité" Il a
tant à dire sur ce "personnage", que lorsqu'il reprendra la pièce en 1971, il l'allongera de vingt bonnes minutes, reconnaissant y avoir "changé des trucs et ce n'est pas fini". Par les
nombreux gags dont il ponctue le texte original, de Funès finit par devenir le véritable auteur de la pièce. C'est avec elle qu'il impose son type de comique. Pourtant sa carrière
cinématographique marque encore le pas, il reste en effet souvent un faire-valoir des têtes d'affiche. En 1961, il tourne dans Le crime ne paie pas de Gérard Oury : ce film, pour lequel
il ne figure même pas au générique, sera pourtant celui qui décidera Oury à se consacrer désormais à la comédie et surtout de donner à de Funès des rôles à la mesure de sa verve. Quant à
Pouic-pouic que de Funès tourne deux ans plus tard, il marque sa première rencontre avec Jean Girault qu'il retrouvera pour la fameuse série des Gendarmes.
Avec déjà 100 films à son actif, Louis enchaîne avec celui qui le fait enfin accéder au vedettariat: Le gendarme de Saint -Tropez (1964) de Jean Girault. Puis il retrouve Bourvil pour
Le Corniaud (1964) de Gérard Oury. Face à son grand "rival" en comédie, il impose sa propre image de marque, plus gestuelle que verbale : "On me donne toujours trop de texte,
reconnaît-il. Je n'ai pas un comique de mots, mais de geste d'attitude, de situation... Rappelez-vous la scène de la douche du corniaud. Elle est parfaite."
Le tandem de Funès-Bourvil se retrouvera une dernière fois à l'affiche de ce qui constitue, aujourd'hui encore, le plus phénoménal succès
français, La grande Vadrouille (1966) de Gérard Oury, sans se nuire, bien au contraire, les deux acteurs, qui ont activement participé à l'élaboration du scénario, composent, chacun dans
son registre, un duo d'une incontestable drôlerie.
Après La Folie des grandeurs (1971), où, dû au décès de son ami Bourvil, est le partenaire d'un Yves Montand inattendu, de Funès
clôt sa collaboration avec Oury avec Les Aventures de Rabbi Jacob (1973). En 1974, alors que tout est prêt pour le premier tour de manivelle d'un nouveau film avec Oury, Le
Crocodile, Louis est victime d'un infarctus. Les problèmes financiers que soulèveront cette défection forcée jetteront un froid dans ses relations avec le cinéaste. Remis de ces problèmes de
santé, de Funès entame une nouvelle collaboration avec Claude Zidi dont il semble à l'en croire fort satisfait : "Je ne veux plus jouer les homme en colère, insupportables. On me l'a trop
fait faire. Claude Zidi l'a compris qui m'a écrit un rôle plein de nuances... Il y a un sentiment que j'aime bien exprimer aujourd'hui, la candeur."
L'Aile ou la cuisse (1976) de Zidi forme un nouveau duo de comiques, de Funès-Coluche. Ce qui n'était
pas pour déplaire è Louis, volontiers disposé aux confrontations d'acteurs, comme il en donne une autre preuve avec Annie Girardot avec laquelle il forme le couple chamailleur de La
Zizanie (1977), toujours de Zidi.

C'est avec Jean Girault, le père des gendarmes, avec lequel il a toujours travaillé en bonne harmonie qu'il terminera pourtant
sa carrière. En 1980, Louis réalise avec lui un vieux rêve pour lequel il avait cherché des gags toute sa vie, L'Avare (1980) de Molière. Malgré un rôle où il peut donner libre cours à
son goût pour les personnages de faux jetons, de Funès ne récolte qu'un demi-succès . Louis de Funès meurt le 27 janvier 1983, après avoir endossé une ultime fois l'uniforme dans Le Gendarme
et les Gendarmettes (1982) sous la direction de Jean Girault. Dans le silence et le recueillement, le corps de Louis de Funès est inhumé dans un monument du cimetière du Cellier. Louis de
Funès, aujourd'hui, y repose et continue de nous faire rire pour l'éternité !
Quelques citations de Louis de Funès:
" Mon plus grand désir d'acteur ? C'est de faire des films destinés à faire rire les
enfants et les parents à la fois dans ce monde trop triste !"
"Le comique ça ne tient à rien, c'est une chose qui est dans l'air le comique !"
"Le cinéma ? Je le fais sur un écran, pas dans la vie !"
"Le gendarme ? C'est toute l'humanité ! Au fond, on cire toujours les pompes de ses supérieurs hiérarchiques et on s'essuie sur le derrière de son sous-fifre !"
"Ce ne sont pas les attitudes que je trouve comiques mais les états d'esprit !"
"J'ai abandonné la pêche le jour où je me suis aperçu qu'en les attrapant, les poissons ne frétillaient pas de joie."
"Les gens sont des comédiens, nous, nous sommes des acteurs."
"Je cultive mon jardin. Et dans ma vie professionnelle comme dans mon carré de jardin, j'ai bien l'intention d'exclure les navets !"
"Le comique, ce n'est pas seulement du talent, mais c'est surtout un don, une façon de sentir, de pouvoir comprendre et interpréter !"
Acteur
d'exception et génie de la comédie, il a su, au gré des générations, faire rire les plus grands mais aussi les plus petits. Exigeant et perfectionniste avec lui-même, son unique objectif était de
satisfaire un large public. A la fois discret dans la vie quotidienne et percutant à l'écran, il atteint le plus haut niveau de son art et devient au fil du temps, l'îcone emblématique du rire.
Aujourd'hui, ces valeurs font de lui un être unique et lui valent une reconnaissance mondiale. Voici donc un hommage à ce petit Monsieur qui possédait le plus grand des talents: celui de rendre
les gens heureux!
Derniers Commentaires