Pour Entre ses mains, d’Anne Fontaine (en salles le 21 septembre), Benoît Poelvoorde a pris le risque de se remettre en
question en passant du côté obscur de la farce. Confessions d’un homme changé.
Quand as-tu rencontré Anne Fontaine?
Après C’est arrivé près de
chez vous. Elle est venue s’asseoir à côté de moi lors d’un dîner. Elle a commencé à me parler, elle parle tout le temps. Je lui rappelais Luchini. Plus tard, elle m’a proposé Augustin, roi du
kung-fu (98). Elle m’intimidait car elle est très rentre-dedans. Elle a une féminité parfois agressive qui ne laisse pas beaucoup de terrain aux mecs. J’ai reculé. À l’époque, je ne
savais pas si j’allais faire du cinéma. On s’est revus dans des festivals. Comme j’aime faire la fête et elle, pas du tout, on se croisait le matin. Elle allait nager. Je rentrais me
coucher.
A-t-elle écrit le rôle pour
toi?
Elle a été très maligne. J’aurais dû me méfier quand elle m’a envoyé le scénario en me demandant mon avis, elle s’en était bien
passée jusque-là! Je voyais Benoît Magimel dans le rôle et je le lui ai dit. Trois mois plus tard, elle l’adresse à mon agent. Là, j’ai compris que c’était pour moi. Mais j’ai refusé. On s’est
revus à Yokohama. Elle m’a chopé un lendemain de beuverie et m’a demandé de faire un essai pour la pire scène: celle où j’explique que je n’ai jamais été amoureux. J’ai de nouveau refusé le rôle.
Puis je me suis dit qu’il fallait que j’essaie au moins une fois dans ma vie. J’en avais marre qu’on me reproche de tourner toujours la même chose. Je ne prenais plus de plaisir au cinéma,
j’avais enchaîné les films cul à cul... C’est alors que j’ai eu le «syndrome de la photo»: tu prends une pose que tu n’as pas au naturel. Mais tu te forces et, pendant une poignée de secondes, tu
y crois un peu. C’est pour ça que j’ai autant de mal à me regarder dans les films: je ne veux pas voir le moment où j’y ai cru.
D’autant qu’Entre ses mains compile toutes les séquences que tu as toujours fuies par crainte
du ridicule: la scène d’amour, de peur, de meurtre, etc.
C’était dur. C’était dur d’enlever mon manteau, de marcher dans la rue, j’avais l’impression d’être grotesque. Quand je regardais Isabelle
danser dans la boîte de nuit, moi, le pilier de bar, je ne savais plus comment gérer mon verre! Dans un sketch de «Monsieur Manatane», je mange un peu de caca ramassé au bout de ma chaussure. Je
ne sais pas comment ça se joue puisque je n’ai jamais goûté de matière fécale, donc j’invente l’idée d’un homme qui en mange. Être accoudé à un bar avec un verre à la main, ça m’est arrivé une
tripotée de fois, et je ne me suis jamais posé la question de savoir comment tenir le verre. À partir du moment où je réfléchis, c’est l’enfer. Je ne sais plus quoi foutre de mes mains, je ne
vois plus que le godet qui parle. Je me suis posé des questions qu’il ne fallait pas se poser. Et j’ai inventé des réponses à ces questions. Or, je suis un acteur instinctif, je ne sais jouer
qu’au premier degré.
C’est la première fois qu’un film exploite ta pudeur naturelle envers les
femmes.
Je suis pudique sur certaines choses et absolument impudique sur d’autres. Je peux traverser le Costes avec une plume dans le cul sans
aucun problème, mais il m’est impossible de poser la main sur la nuque d’une femme à l’écran... Anne m’a choisi pour ma pudeur. Elle me connaît depuis longtemps. Je pourrais me faire analyser
mais je ne l’ai jamais fait. J’ai un oncle psy, aujourd’hui décédé. Pendant une certaine période, il m’a élevé avec ma tante, psy, elle aussi. Toujours calé dans son fauteuil, la pipe vissée au
coin de la bouche, il me lançait: «Parle. Si tu as quelque chose à exprimer, vas-y.» Je pouvais tout balancer, mais le truc du sexe, je n’ai jamais pu. Un jour, mon oncle a décidé de nous donner
à mon frère, qui a trois ans de plus que moi, et à moi, un cours d’éducation sexuelle. En fait, ma tante avait trouvé un journal de cul que mon frère avait laissé traîner. Elle nous avait
conseillé d’acheter Parents, elle disait que les femmes y étaient bien plus jolies! Bref, mon oncle a mâchonné sa pipe: «Il faut que vous sachiez certaines choses. Le garçon et la fille ne sont
pas faits de la même manière. Ce que vous avez entre les jambes, communément appelé “une bite”...» J’ai éclaté de rire. « Benoît, si tu n’es pas prêt, va te coucher.» Il a continué: «La fille,
elle, est pourvue de ce qu’on appelle communément un minou, une touffe, un vagin...» Là, j’ai explosé de rire. Il m’a intimé d’aller dans ma chambre sans autre forme de procès. Je me souviendrai
toute ma vie du moment où j’ai remonté l’escalier en pyjama, penaud. Je n’ai jamais su ce qu’il avait dit à mon frère. Aujourd’hui, mon rapport aux filles est un mélange de grivoiserie extrême et
de pudeur. Je suis capable de dire les choses les plus atroces et, en même temps, je n’ai que de la gueule. Récemment, j’ai failli rencontrer Nicole Kidman, dont je suis fou. J’étais invité à un
truc Chanel. Je festoyais avec Édouard [Baer] quand quelqu’un me dit que Nicole était là et qu’on allait me la présenter. Devinez ce que j’ai fait? Demi-tour. Je me suis chié dessus.
Est-ce que seule une femme metteur en scène pouvait révéler cette
sensibilité?
Ah oui! Il y a eu entre Anne et moi un rapport d’intimité assez passionnel. Même si, avec un homme, il y a de la séduction aussi. Comme dit
Lanvin (Gérard), je refuse la première danse, et après je me frotte. Mais avec Anne, je ne me suis pas frotté. Je n’ai pas menti sur la marchandise. Je l’avais prévenue que j’allais être
dans la rétention. Je n’arrêtais pas de faire ma vierge effarouchée: faut pas venir me tripoter, mais en même temps je montre mon genou... Nicole Garcia me voit comme un acteur récalcitrant,
perfectionniste et impatient. Anne a pris beaucoup de précautions avec moi. C’était la première fois que je devais murmurer ou me taire. Moi à qui on demande toujours de gesticuler, j’étais prié
de parler aux poutres et aux fenêtres. Jusque-là, j’avais toujours refusé de le faire. Dès le deuxième jour, je me suis rebellé. Je l’appelais Léni Riefenstahl: il fallait toujours se tenir
droit, cacher son double menton, montrer son bon profil... Je ne savais même pas que j’en avais un!

Comment Anne t’a-t-elle aidé?
On a fait des lectures pendant trois semaines. Elle a situé l’histoire dans le Nord pour que je me sente un peu chez moi. Elle a tourné
chronologiquement pour me faciliter l’évolution du personnage. Tous les soirs, on revoyait ensemble la scène du lendemain. Moi qui répète toujours «on va pas tortiller du cul pour chier droit»,
eh ben là, je peux te dire que j’ai tortillé à mort. Anne a fait un autre truc très intelligent: elle n’a pas voulu qu’on se rencontre, Isabelle et moi. Elle n’aimait pas l’idée qu’on se tape sur
la cuisse, elle voulait nous conserver en état de panique. Elle nous a organisé un dîner une semaine seulement avant le début du tournage. J’étais «kéké», je n’arrivais pas à aligner une phrase,
Isabelle non plus. On aurait dit des Indiens qu’on allait marier. Cette retenue entre nous n’a jamais disparu. Pendant le tournage, on vivait comme des petits vieux. On buvait un potage, elle
allait promener son chien, on allait se coucher à vingt et une heures pétantes. On se disait: «Bonne nuit, Isabelle. – Bonne nuit, Benoît. – On commence tôt demain. – Oui, c’est vrai...» Une fois
le film terminé, on est redevenus pudiques. On ne communique plus que par SMS en se conseillant des bouquins. On parle par livre interposé.
Comment t’es-tu entraîné à murmurer et à ne pas gesticuler?
J’ai pensé prendre des anxiolytiques pour me ramollir mais j’avais peur de ne plus rien contrôler. Les deux premiers jours, je n’arrêtais
pas de répéter que je n’y croyais pas. J’ai tellement murmuré qu’à la fin l’ingé son me demandait de porter la voix, moi qui, d’habitude, beugle comme un porc!
Pourquoi le silence te gêne-t-il autant?
Je parle pour parler, je meuble tout le temps, j’ai peur du malaise des autres. C’est ce que j’appelle le «syndrome du dîner». Je redoute
que la soirée ne soit ratée. Comme José (Garcia).
Pourquoi te sens-tu toujours obligé de faire le GO?
Une grande partie de moi va dans les festivals uniquement pour faire la fête: tu vois des belles filles, tout le monde est bien habillé,
t’as à bouffer et à boire, ce serait con de faire la gueule. Le cinéma est un jouet. Quand je me rends au festival d’Acapulco, le jouet, c’est l’avion. Je fais des annonces au micro, je finis
avec les hôtesses dans le cockpit... Après, t’en as toujours qui espèrent que tu la mettes en sourdine, mais je m’en fous, je suis là pour déconner et pour les trois personnes qui vont se marrer
avec moi. Pareil à Yokohama. Les Japonais sont tellement crédules que je ne peux pas m’empêcher de raconter n’importe quoi en interview. Ils doivent encore croire que je suis le champion du polo
en France! Avant de faire partie du jury, j’étais allé quatre fois à Cannes sans voir un film. J’adore faire le con, être regardé. Après, ça peut vite devenir pathologique parce qu’il y a des
moments où, sincèrement, si je fermais un peu ma gueule, les autres arriveraient peut-être à s’exprimer. Mais si je suis avec des amis que je connais très bien, je me tais. Eux, toléreront que je
ne sois pas en forme.
Les gens ne supportent donc pas que tu ne sois pas toujours drôle?
Ils ont du mal. Mais si je suis «en descente», je n’impose pas ma présence aux autres, je reste à la maison. J’ai peu d’indulgence pour les
gens sinistres qui viennent aux dîners avec leur air «monsieur-votre-bite-a-un-goût». Quand j’entends dire à Cannes: «Quel cirque!», «C’est toujours pareil», ça me gave. Si tu n’as pas envie de
venir, reste chez toi.
À Cannes, quand tu étais juré, tu as réussi à assumer les deux, la fête et les films en
compète?
Ouais, mais j’ai mis trois, quatre semaines avant de m’en remettre.
Dans le film, tu as des regards absolument terrifiants…
Anne te dira qu’elle a attrapé une part de mon angoisse. Je me méfie de la théorie des clowns tristes. Du mythe du comique dépressif. Je
suis hyper anxieux, mais comme tout le monde. J’imagine les êtres humains comme des bébés à fleur de peau. Dans la rue, j’ai toujours l’impression de voir de tout petits bébés avec des trous de
couteau partout et des carapaces sur le dos. Si j’avais fait de la photo, j’aurais pris une rue entière de Paris remplie de bébés écorchés qui sortent du métro. Le film d’Anne m’a fait prendre
conscience de ma carapace et Isabelle Carré m’a appris à faire davantage confiance aux autres pour mieux me connaître moi-même. Je me méfie trop. Je n’attends rien des autres parce que je n’ai
pas confiance en moi. Je me suis inventé des tas de barrières. L’humour en est une. Je chercherai toujours la compagnie des gens qui rigolent. Je connais mes barrages mais je ne connais pas ma
rivière.
Tu peux nous donner un exemple de «barrage»?
J’envisage toujours le pire pour éviter d’être déçu. Sur le film d’Anne, c’était la certitude d’être ridicule. Depuis Entre ses mains,
j’ose. Ça a débloqué un tas de trucs que j’ai utilisés après, sur les plateaux de Nicole Garcia et de Philippe Le Guay. Désormais, je pourrais enquiller des films dramatiques, mais je ne le ferai
pas. J’ai une nature comique, ce serait franchement trop con de s’en priver. Dans la vie aussi, ça m’a débloqué. J’ose dire non, alors qu’avant je m’écrasais très vite.
Cette histoire de bébés explique-t-elle que tu n’aies pas d’enfant?
Non. C’est plutôt que je n’ai pas de schéma familial. Être responsable m’angoisse. Je ne trouve pas forcément qu’un couple soit
équilibrant. J’ignore comment on élève un enfant. À quel moment peut-on fumer un pétard ensemble? À quel âge peut-il boire sa première goutte d’alcool? Quand est-ce que je peux lui dire: «Papa va
se saouler la gueule, mais il revient»?
À propos de picole, il paraît que tu ne bois pas chez toi?
C’est vrai. Je ne boirai jamais à table. Je n’aime pas vraiment le goût de l’alcool, d’ailleurs. Je bois pour me démonter la tête. Me faire
goûter du vin, c’est comme donner des perles à un porc. Tout ce que je demande à la bibine, c’est de ne pas me filer trop mal à la tête le lendemain. Il y a des gens que j’adore et qui me donnent
soif. De joyeux lurons comme Gilles Lellouche, Édouard Baer ou Marion Vernoux. Dès que je vois leur tronche, j’ai envie de boire un coup avec eux. J’aime le panache des gens ivres qui font
n’importe quoi. Julie Depardieu m’a dit cette phrase fantastique:
«On ne sait plus parfois si tu bois parce que tu t’angoisses ou si tu t’angoisses pour pouvoir boire.» Je ne sais pas si j’en suis là, mais
faut faire gaffe. Je refuse aussi de faire venir des gens du travail chez moi. Ma maison doit rester une zone complètement vierge. Je n’y répéterai jamais. Aucun réalisateur n’en gravira le
perron. Anne Fontaine voulait venir à Namur pour qu’on lise le scénario ensemble. Je lui ai dit non. J’ai besoin de conserver un endroit qui n’ait rien à voir avec ce qui me fait peur. Un jour,
Yann Moix a essayé de me forcer la main. Il est resté dans le jardin.
Parfois, on a l’impression que tu bois jusqu’à ce que mort s’ensuive…
Oui, comme les Scandinaves. J’adore le moment où je glisse. Plusieurs fois dans ma vie, j’ai eu l’impression d’être désincarné, hors de
moi-même. Dans ce métier, on peut très vite se sentir extérieur à soi. Parfois, dans ces glissements éthyliques, j’ai l’impression de reprendre contact avec moi. Je sais que c’est un discours de
drogué. Mais je ne fais pas l’apologie de l’alcool, juste celle de la fête.
C’est aussi parce que tu sais qu’après tu rentres tranquillement dans ton bunker à Namur,
non?
Exactement. Je suis très pantouflard. C’est très confortable pour moi d’aller loin – dans tous les sens du terme – et de savoir qu’après,
je rentrerai regarder le Tour de France sur mon canapé. Ou que je rangerai. Je suis une vraie petite femme d’intérieur.
Ta femme, que tu cites souvent, semble être ton homme de confiance?
Oui! C’est la seule personne qui me connaisse vraiment, qui sache tout déjouer.
Est-ce important que vous vous soyez rencontrés avant que tu connaisses le
succès?
On ne s’est jamais positionnés par rapport au cinéma. Elle ne monte pas les marches à Cannes à mes côtés, elle ne veut pas être
photographiée. Mais elle lit les scénarios que je reçois et elle écrit avec moi. Quand on travaille ensemble, elle se prend tout dans la gueule: mes angoisses, ma mauvaise foi, mes mensonges...
Il faudrait lui ériger une stèle. Mais elle n’aime pas que je parle d’elle.
On peut parler d’argent plutôt? Tu fais partie des dix acteurs les mieux payés du
cinéma français…
J’adore cette phrase: «Je ne fais pas du cinéma pour l’argent, je fais du cinéma pour beaucoup d’argent.» (Rire.) Je ne connais
pas les salaires des autres mais c’est vrai que j’ai gagné beaucoup d’argent avec Podium. J’ai du mérite: tout le monde, ma femme, mon agent, m’avaient conseillé de ne pas le faire. Mais j’y ai
cru et j’ai pris un pourcentage sur le film. Pour ma mère, Podium, c’est mon chef-d’œuvre, elle m’a dit que je ne ferais jamais mieux. Chaque fois que je vais déjeuner chez elle, elle passe le
disque.
Comment le dépenses-tu, cet argent?
J’ai acheté une petite maison. En Belgique, on a une brique dans le ventre. La maison, c’est le premier truc qu’on achète, avec la bagnole
et le chien. Comme il fait pelante froid chez nous dix mois sur douze, on a un rapport au cocooning très important.
Tu as un chien?
Non, mais j’ai une cheminée.
Tu habites à 500 mètres de chez ta mère…
Oui. J’ai peut-être choisi inconsciemment une maison près de celle de ma grand-mère, que j’aimais beaucoup et avec qui j’ai grandi.
Aujourd’hui, c’est ma mère qui y vit. Mais conclure que je n’ai pas coupé le cordon ombilical serait trop simple. Je ne garde que les avantages, voilà tout. Ma mère repasse mes chemises comme une
reine. Il n’y a qu’une mère pour bien repasser les chemises de son fils. C’est un acte d’amour, elle repasse le vêtement dans lequel je serai brillant. Elle me fait aussi à manger parce que je
déteste cuisiner. Si ma femme n’avait pas aimé préparer la bouffe, j’aurais été prêt à ne pas installer de cuisine dans la maison.
Qu’est-ce qu’elle a de si particulier, ta mère?
C’est une pile, elle me transmet son énergie. Quand on est tous les deux dans la même pièce, c’est éreintant, même pour moi. Ma mère est,
avec Tarantino, la seule personne à parler plus que moi. Elle est extrêmement gentille, généreuse, marrante. Elle a une vision de la vie incroyable, elle est super positive. Je tiens d’elle. La
seule différence, c’est qu’elle, elle ne «descend» pas. J’ai dû la voir pleurer une fois. Pourtant, dans la vie, elle a ramé...
Ta mère est très pieuse, tu as été élevé chez les jésuites. Alors… et dieu dans tout
ça?
Je ne suis plus aussi croyant qu’avant. Petit, j’allais à la messe tous les jours, ça m’équilibrait. La religion catholique fait naître la
culpabilité. Il n’y a plus de libre arbitre. Cette culpabilité, je l’ai conservée. J’ai toujours une certaine foi mais je ne crois pas en l’Église ni en la hiérarchie catholique. Et je refuse
d’entrer dans les églises.
Ton père t’avait pourtant dit que tu finirais curé…
Oui. Il avait eu raison pour mon frère, à qui il avait prédit une carrière de militaire, comme lui. Mais il s’est planté pour moi. À cette
époque, j’étais déjà un peu comme ma mère, gentil-gentil. Trop doux. «Féminin», comme dirait mon père. Mon frère, lui, était plus teigneux.
Et ta sœur?
Mon père ne l’a pas connue. Il n’a pas pu faire de prophétie. Elle est comptable, mais je n’ai pas grandi avec elle.
Comment était ton père?
Tu vois mon personnage dans Les convoyeurs attendent? Eh ben, c’était mon père. Bourru comme pas deux. Il était routier international, mais
il a perdu sa licence. Quand il venait me chercher à la sortie de l’école en camion, j’avais honte. À 12 ans, j’étais chétif et lâche. J’ai donc été obligé de me défendre verbalement. J’aimerais
bien écrire un scénario là-dessus, mais c’est encore trop tôt. Et puis j’ai l’impression que ça va faire pleurer dans les chaumières et je crois que, là, j’ai ma dose. Le verbe m’a vachement
aidé. La meilleure manière de te faire pote avec le mec qui a des muscles, d’être le bouffon du roi qu’on ne vient pas emmerder, c’est de le faire rigoler. En classe, j’étais capable de raconter
n’importe quoi, je disais chiche pour tout. L’autorité ne me faisait pas peur, la violence, si.
Il parait que tu allais voir des procès d’assises à 18 ans?
Oui. J’habitais en face du tribunal. Comme je n’avais rien à foutre de mes après-midi – j’ai séché une année entière de cours –, j’allais
voir tout ce qui était bien crapuleux, les vrais assassins. J’ai toujours éprouvé de la compassion pour l’accusé quel qu’il soit. Je ne peux pas m’empêcher de le voir comme un petit garçon qui
fait de la peine à sa maman. C’est pour cette raison que je ne condamne jamais mes personnages. Comprendre ne signifie pas pardonner.
Fais-tu des rêves récurrents?
J’ai déjà rêvé trois fois de suite que je rencontrais Louis de Funès en bretelles et que je lui posais des questions. La dernière étant:
«Ça ne te gêne pas que certaines personnes se disent tes fils spirituels?» Il ne répondait pas.
Tu reviens à la franche comédie avec Astérix 3…
Je vais jouer Brutus, le meilleur rôle! Olivier Dazat m’a fait du sur mesure comme pour Le Vélo de Ghislain Lambert et Podium. Je vais être
le fils de Delon... T’imagines Delon en César déclamer: «Ave moi! Mais comment ai-je pu engendrer un fils aussi vilain?» Et moi, je lui réponds: «Papa, papa, on se ressemble quand même un peu...
Si, si, regarde, on a les mêmes yeux!»
Interview: Stéphanie Lamome & Sophie Grassin pour 
Photos: Romain Rivière
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