Vendredi 5 octobre 2007


                                                   Le mot de Benoit Poelvoorde à propos de:

Michel Strée, l'homme qui parle aux oiseaux:
"Le vrai Michel Strée, que j'ai rencontré avec bonheur, n'a absolument rien à voir avec le personnage du film Cow Boy. Le film parle d'un journaliste d'une chaîne télé, Daniel Piron, qui fut engagé, qui a eu des ambitions, des rêves pour une socitété meilleure, et qui a été pris dans une sorte de léthargie personnelle, sociale, bourgeoise. Il va revoir un ancien fait divers, la prise d'otages qui fut effectuée par Michel Strée en 1980. Le journaliste va partir à la recherche de Strée - qui s'appelle Tony Sacchi dans le film - parce qu'il veut refaire le voyage en bus avec les otages et les personnes impliquées. Ce personnage de Sacchi est absolument fictionnelle."

La crise politique en Belgique, toujours pas de gouvernement:
"La parole des gens n'est pas relayée par les hommes politiques.Or on n'entend qu'eux. Il n'y a pas de grand talk-show populaire chez nous. Donc, on n'a plus qu'une image totalement caricaturale des flamands, avec brassards et nationnalisme crasseux. Cela donne l'impression qu'on est presque en état de guerre. Alors que, quand on va en Flandre, à Wechter, et que les flamands viennent à Dour, aucun problème! On n'a des emmerdes que quand on entend les discours formatés sur les plateaux de télévision. Le séparatisme? Absurde, on sera tous perdants. Moi, ça ne m'interesse pas d'être français. Le rattachement à la France, je trouverais ça une connerie sans nom, d'autant qu'ils n'en ont strictement rien à foutre. Notre histoire est jeune, courte, alors que la France se traîne dans un manteau d'hermine et dans sa lourde grandeur. On a une nature, une personnalité qu'on retrouve chez les flamands, dans leur humour, leurs films, et nous devons faire l'effort d'aller à leur rencontre. En Belgique, il y a une humanité, une fraîcheur joviale, un caractère bon enfant. C'est notre force. Comme nous, les flamands aiment faire la fête. Et puis, on a une chose qui nous rassemble tous, c'est la bière! Demandez aux belges d'expliquer leurs institutions, 99% d'entre eux ne le peuvent pas. Ils disent: Ah ben, nous, on attend les élections, et je vais voter pour celui-là parce qu'avec lui je vais pouvoir construire mon garage. Ou alors: Moi, je suis de gauche, j'ai toujours voté pour le parti des ouvriers. Ce qui ne l'empèchera pas de dire qu'il voudrait rétablir la peine de mort ou expulser les étrangers délinquants!

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TV Brussel, des flamands qui aiment notre fête:
"Je voulais mettre en évidence cette initiative de tv brussel: faire une emission entièrement en français sur les francophones, sous tirée en néerlandais, pour la fête de la Communauté Française. C'est formidable, parce que tout réside dans la connaissance de l'autre. C'est l'ignorance qui génère les problèmes. Le travail de fond qu'on devrait faire, c'est aller vers l'autre, vers sa culture et vers la culture, là où ces questions linguistiques n'ont aucune importance. Sincèrement, on aime énormément de choses chez les néerlandophones et les néerlandophones aiment énormément de choses chez nous, mais on finit par nous dissocier par des discours réducteurs, en écoutant des gens aux pensées assez sommaires. Moi, plutôt que de faire des élections, je ferais presque des voyages culturels en bus! Je regrette d'ailleurs d'avoir oublié le néerlandais que j'ai étudié à l'école. Je connais La Brabançonne (il chante). Voilà: Notre invincible unité! Formons une unité, d'accord, mais simplement nous ne nous connaissons plus. Je simplifie peut-être, mais je crois qu'il faut partir sur des choses simples, comme cette excellente initiative de tv brussel."

Les figurants au cinéma et Jean-Claude Van Damme:
"Les figurants belges ont une vérité, une humanité qui dégage une poésie, un aspect décalé. Ce n'est pas un boulot drôle, il faut attendre des heures, par tous les temps, et, en plus, ils viennent presque pour rien! Parmi les belges, il y a une quinzaine de figurants professionnels que l'on retrouve sur tous les tournages, qu'ils commentent entre eux: Là, on avait bien mangé; là, on était à table avec des acteurs, etc... C'est bien la moindre des choses qu'ils puissent voir les acteurs!
En ce qui concerne Jean-Claude Van Damme, je ne fais pas partie de ceux qui le critiquent. Il a énormément de choses à dire, mais il a juste du mal à assembler ses idées. Il est kinétique dans sa tête, il passe tout le temps d'un sujet à l'autre, et c'est vrai qu'il faut parfois un décodeur. Mais il n'est vraiment pas plus con que certains philosophes qui paradent à la télé! J'ai tourné avec lui une journée, sur Narco. Il a débarqué terrorisé, parce qu'on ne le ui demandait pas de faire du karaté ni de dire: Je vais t'éclater la tête! Il pensait qu'on allait se moquer de lui. Quand il a vu que ce n'était pas le cas, que les gens l'ont applaudi, vraiment, parce qu'il avait bien joué, il était ému aux larmes. Van Damme, c'est quelqu'un de très gentil, de très bien."

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La semaine de la mobilité et la journée sans voiture:
"Les journées sans voiture, c'est un peu un truc pour se donner bonne conscience, non? Je me demande si ce n'est pas un peu démagogique. En revanche, il y a une initiative que je trouve formidable, c'est Taxistop. On laisse sa bagnole à un endroit, et puis on vient à 5 dans la même. Ce covoiturage, rien que d'expliquer que ça exciste, c'est important. En plus, on rencontre les gens. A Namur, ça marche bien. soyons imaginatifs! Certes, pour les transports en commun, il y a déjà eu un effort. Mais il y a encore des trains où ils sont 200 là où on ne peut en mettre que 50! Personnellement, je prends tout le temps des gens en auto-stop, en général à Delta, à Bruxelles, et j'en fais aussi très souvent. Mais c'est vrai que je n'attends jamais très longtemps! Les gens me reconnaissent et me prennent. Ils sont très contents et, souvent, j'ai droit à trois coups de fil sur leur gsm: Dis, devine qui est dans la bagnole! Quoi? Tu ne veux pas me croire? Attends, je te le passe!

La religion:
"Je suis croyant. Je porte des médailles, de la Vierge, de sainte Lucie. Mais je ne suis pas pratiquant: je ne crois pas en la hiérarchie de l'Eglise, Dieu est né dans une étable. Et je ne crois pas non plus au grand barbu qui nous attend. Je crois à une sorte de réflexion, à une sagesse, en estimant qu'on est chacun une part de Dieu - quel que soit son nom, cela n'a aucune importance - qui est en nous, comme on est une part de chaque chose. La difficulté, c'est de se retrouver soi, dans un monde qui nous entoure, où les choses n'existent que selon notre perception. Je crois que la sagesse est la forme de l'existence de Dieu. J'ai lun un livre fantastique de mère Térésa - une femme très intelligente, que j'admire beaucoup - qui parle de ses doutes, ce que je trouve merveilleux. On hésite à la canoniser à cause de cela, alors que je pense que c'est l'inverse: un homme qui vit dans le doute est bien plus admirable que celui qui a une conviction imbécile.
Un jour, j'ai voulu changer de religion. Ma belle-mère m'a offert un livre du dalaï-lama. La première phrase c'était: Détache-toi de tes biens matériels. J'ai dit: Ca, impossible! J'aime trop ma bagnole. A la deuxième page, j'étais déjà énervé, je me voyais distribuer mes costumes, mes montres! Tu dois être sûr de ton coup, hein! Après, t'as l'air fin, si tu dis: tu veux pas me rendre ma bagnole? Et qu'on te dit: ah non, mon vieux! Ma tentative de conversion s'est arrêtée là. Dans la religion catholique, on ne m'a jamais demandé de me déposséder de ma voiture. Pourtant j'aimais bien ça, le bouddah: mon crucifix, là, avec un type tout maigre qui me rappelle tout le temps que je ne peux pas avoir de bide, pfff. Alors que le bouddah, il est tout le temps assis, c'est un bon gros qui a bien mangé, j'aime bien!"

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Identification de soldats morts en 14-18:
C'est formidable, cette histoire de soldats australiens de 14-18 retrouvés près d'Ypres. C'est fondamental et beau de rendre la dignité à un mort. Cela rejoint le thème de mon livre préféré de cette saison (Les Disparus). Mes funérailles à moi? Je serais plus partisan d'une petite croix en bois, avec le strict minimum, plutôt qu'une pierre tombale, qui reste très orgueilleuse par rapport à notre enveloppe terrestre. La pierre tombale, ça me glace. Et je n'aime pas non plus l'incinération. Non, le petit bout de bois et, tant qu'à faire, la fosse commune, avec quelques copains. C'est plus sympa. Et puis, ces cercueils en bois machin, poignées dorées, tout le bazar, quel business! Mais je me ferais quand même enterrer avec un portable, on ne sait jamais! Imagine, tu es toujours vivant! Tout ce qui te reste à faire c'est un tag: Je ne paierai jamais! ou Service après vente à chier. On met peut-être de lourdes pierres sur les morts pour qu'ils ne viennent pas se plaindre après l'enterrement: Quoi? Juste trois fleurs et pas de musique? Et mon cérémonial alors?"

Le mariage:
"Je crois que, génétiquement, l'homme est fait pour tromper sa femme. La femme, elle, sera toujours certaine qu'elle a mis au monde, alors que nous, on a des milliards de spermatozoïdes, mais on n'est jamais sûr que c'est le nôtre qui a touché! Bon, c'est juste un argument pour justifier les cavaleurs! La fidélité chez les hommes, c'est parfois une question de paresse. Prenons l'exemple de la prout sous la couette. Combien de temps on a mis à se dire: bon, j'y vais ou j'y vais pas? Lancer d'abord une petite prout tranquille, en se demandant comment elle va le prendre? Et pour un premier rendez-vous au resto? Dur! Il y a des plats interdits. Une langouste? Jamais! Tu as l'air d'un porc, on te met une bavette, et là, tut te dis pffff, mauvaise idée la langouste. Idem pour les spaghetti, ou tout ce qui se mange avec les doigts! C'est comme aller aux toilettes chez elle la première fois. Tu te dis: je vais quand même pas chier ici! Surtout avec ces petits appartements, tu te dis: zut, si ça pétarade? Alors que tu as parlé philosophie, littérature... Alors tu lui dis: euh, je rentre chez moi. Et elle: mais pourquoi tu rentres si tôt? Et quand, des mois après, tu lui avoues que t'es rentré chez toi faire caca, elle dit: ben, pourquoi tu l'as pas dit? La prout et tout ça, on ne peut pas continuer toute une vie en faisant des concessions de cet ordre-là! Alors, au bout d'un temps, tu te dis que réapprendre tous ces trucs, tous ces codes, c'est trop compliqué. Ah non! On ne recommence pas tout ça, hein!"

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Chabal et le rugdy:
"C'est l'homme des cavernes du Rugby? Vous êtes sûrs qu'il n'a pas fait de prison? Lui, il n'aura jamais de critique, sauf par un journaliste, et encore, anonyme. C'est le genre de type qu'on invite à Noël, juste pour ouvrir les huîtres! S'il se blesse, il ne se plaindra jamais. Et il les ouvre avec la bouche, bien sûr."

Le Livre, Les Disparus de Daniel Mendelsohn:
"Les Disparus, de Daniel Mendelsohn, est un chef d'oeuvre, la révélation de l'année! C'est admirable, formidable, époustouflant. On est totalement happé, impliqué dans cette quête d'un homme qui part à la recherche de personnes de sa famille, dont il sait juste ceci: Tués par les nazis. Cette globalisation dépersonnalisante de l'horreur la plus grande du xxème siècle masque en fait l'horreur elle-même, alors que c'est la distinction qui en donne la spécificité. C'est un très grand travail sur la mémoire des morts, dont je recommande la lecture à tous."

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                                                                Propos recueillis par Louis Danvers et Elisabeth Mertens
                                                                                                            Photos: Wim Kempenaers

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Vendredi 5 octobre 2007

En invité-surprise, Benoît poelvoorde a choisi le chanteur Saule. C'est vrai qu'ils ont plus d'un point commun. A commencer par Cow Boy, dont Saule a écrit la musique.
Benoit Poelvoorde et Saule partagent quelques bières derrière la belle maison des bords de Meuse que l'acteur vient de terminer d'aménager. Le comédien et le musicien ont beaucoup à se dire, sous le soleil automnal qui baigne de douceur un bel après-midi. Sur le gravier de la terrasse, Billy, le jeune Jack Russel, fait le fou. Le dialogue peut commencer !

Benoit Poelvoorde: Pourquoi d'être appelé Saule?

Saule: D'abord, parce que c'est un arbre qui a inspiré de nombreux poètes. Un arbre qui inspire la mélancolie. La première chanson en français que j'ai commencé à écrire (avant, je chantais du punk en anglais) parlait de l'idée de m'identifier à un arbre, de me demander ce qu'il pouvait ressentir quand des enfants jouaient tout près de lui, par exemple... Cela dit, ça m'est égal qu'on m'appelle Saule ou par mon vrai prénom, Baptiste.

Benoît: La première fois que j'ai rencontré Baptiste, c'était quand il jouait du théatre avec le papa de la femme de Benoit Mariage. Plus tard, j'ai acheté son disque sur le conseil du vendeur qui me parlait de ce chanteur de notre région qui faisait de la si bonne musique... J'ai réalisé que je le connaissais, j'ai écouté l'album, je l'ai aimé? Et, un an plus tard, quand Benoit mariage et moi cherchions un musicien pour faire la musique de "Cow Boy" ...

Saule: ... Benoit Mariage m'a appelé pour me faire la proposition. Je lui ai avoué ma surprise, car je n'imaginais vraiment pas faire une musique pour le cinéma. Il m'a dit: "Si ça se trouve, déjà, tu vas trouver le film à chier!" (rires...)

Benoit: Saule a regardé le film sur sa toute petite télé et, le lendemain, nous sommes allés le voir, Benoit et moi. Il avait travaillé la veille au soir. Quand nous sommes arrivés, il s'est mis à aller et venir entre la pièce où se trouve sa - très - petite télé et la pièce d'à coté, où se trouve son - petit - magnétophone. il poussait sur le bouton "play" pour lancer une séquence puis courait dans l'autre pièce poursser sur le bouton qui lançait la musique qu'il avait enregistrée pour la séquence en question! Ensuite, il nous a fait écouter la chanson qu'il avait composée (déjà!) pour le film. On est restés sur le cul!

Saule: Après coup que ressens-tu en te voyant dans ce film?

Benoit: Au départ, j'avais vu ce personnage tel qu'il était présenté dans le scénario, un réalisateur assez médiocre qui, par sa cérébralité, était incapable de communiquer avec qui que ce soit. Mais, comme nous réécrivions au fur et à mesure du tournage, ma vision a progressivement changé. Et quand j'ai vu le film achevé, au moment où moi-même j'éprouvais des difficultés dans ma vie, il m'a bouleversé. Je ne voyais plus un réalisateur qui rate son projet, mais un homme qui, enfin, respirait, après avoir subi l'échec. Soudain, le film était comme un miroir, me renvoyant une image de moi qui me touchait d'autant plus que je venais de vivre un véritable enfer. La première projection a été très éprouvante pour moi. Il m'a fallu une demi-heure pour me remettre... Je joue toujours au premier degré, je ressens ce que le personnage ressent. Je pense aujourd'hui que ce rôle est ce que j'ai fait de mieux.

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Saule: J'étais tellement ému après avoir vu le film que j'ai tout de suite pris un carnet pour écrire ce que je ressentais. Je ne pouvais pas faire autrement. Et le texte de la chanson m'est venu comme ça, de manière presque inévitable... Le lendemain, je jouais à Paris, et d'habitude je ne fais rien la veille d'un concert, c'est comme une religion pour moi. Mais là j'ai travaillé jusqu'à trois heures du matin. Cette chanson, je ne pouvais pas ne pas la finir. J'étais mû par la même question que se pose le personnage joué par Ben dans le film: "Où vais-je dans ma vie?". Lui, plus il se gourre, plus il veut continuer. Et plus il continue, plus le questionnement devient intense, vital. Jusqu'à ce qu'il se dise qu'il doit cesser de se controler et d'essayer de controler la vie des autres, qu'il doit plutot s'ouvrir. Et ça, c'est dans la vie de tout le monde, ce n'est pas une question de génération. Des désillusions, tu peux en avoir à 20 ans comme à 40. Sur l'album, il y a un morceau qui s'appelle Le temps passe et où je dis: "Oubiler mes défaites et me faire à l'idée que, sur cette planète, je résous ma vie avec des peut-être..." Plein de gens sont étonnés que j'aie pu écrire ça, à même pas 30 ans. Mais à l'époque où j'ai écrit ce texte, je faisais du théatre avec un groupe d'ados. Je voyais des gosses de 18 ans qui avaient une espèce d'épée de Damoclès de "peut-être" au-desssus de leur tronche, parce qu'ils étaient en conflit avec leurs parents quant à ce qu'ils allaient pouvoir faire de leur vie... Tout le monde peut se poser les questions qui sont soulevées dans Cow Boy.

Benoit: C'est vrai. Mais quand tu te les poses dans la quarantaine, cela résonne de manière plus urgente, car tu peux te dire que les cartes ont été distribuées. Alors qu'en fait, ce n'est pas vrai! En apprenant à se connaitre soi-même, on se prépare à pouvoir faire autre chose de sa vie. Moi, mon syndrome, c'est de rêver d'avoir une simple petite pièce toute blanche avec juste une vue sur un arbre, et où, dans l'austérité la plus totale, j'écrirais le scénario définitif. Eh bien, quand je l'ai cette pièce, il ne se passe rien, rien ne me vient! (rires) Alors que sur un coin de table, dans le bruit, tu parviens à écrire!

Saule: C'est vraiment difficile, pour un artiste, de se trouver vraiment, de livrer la part de soi qui peut l'être. De toute manière, quand l'album est sorti, je me suis rendu compte que ces chansons ne m'appartenaient plus, qu'elles étaient désormais vécues par d'autres. Le morceau Si parle d'un gars qui se demande ce qu'il ferait s'il n'avait plus qu'un jour à vivre. Quelques temps plus tard, alors que j'étais en répétition, j'ai reçu un bouquet de tournesols d'une fille, avec un mot où elle disait qu'elle avait un cancer et que je ne pouvais pas imaginer quelle résonance cette chanson avait eu sur elle... Quand je pense à ce morceau, c'est moi, le gamin de 5 ans qui avait peur de mourir, qui demandait à ses parents ce qu'il y avait après la mort. Jamais je n'aurais cru qu'il puisse avoir de telles répercussions dans la vie de quelqu'un d'autre.

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Benoit: J'ai cela avec mes interprétations. Je reçois du courrier où des gens s'identifient à mes interprétations. Mais c'est au personnage que cette identification s'adresse, pas à moi. Après Entre ses Mains, j'ai reçu beaucoup de lettres de femmes qui m'imaginaient comme le personnage, névrosé, avec plein de carences sexuelles, comme si j'incarnais une sorte de désespoir masculin, une incapacité d'aimer... Avec Cow Boy, j'ai déjà eu des hommes dans la quarantaine qui viennent me prendre dans leurs bras après la projection, qui me disent que c'est leur vie sur l'écran. Mais je ne suis pas Daniel Piron! Pour ma part, je ne suis pas encore parvenu à parler directement de moi, même quand j'écris. Que ce soit des sketches ou des scénarios, j'y parle de personnages qui me touchent, mais sans m'avouer qu'ils reflètent une part de moi. Un exmple: quand j'écris un rôle de femme, je ne parviens pas à la faire parler autrement que comme un homme. Alors que, moi-même, je vais par exemple acheter des fleurs chaque semaine pour mettre dans la maison, ce qui est (ma fleuriste confirme) un comportement plutôt féminin. Eh bien, ce coté féminin de ma personnalité ne se reflète pas dans les rôles de femme que j'écris... Peut-être suis-je devenu comédien pour mieux me cacher, tout comme je parle beaucoup pour qu'on ne m'entende pas... Mais dis-moi, Saule, as-tu peur du deuxième album?

Saule: Oui et non. D'un côté, quand on a plu à un certain nombre de gens, on n'a pas envie de les décevoir, ni de se décevoir soi-même. En même temps, il y a une véritable excitation parce qu'on garde inévitablement des frustrations du premier album et qu'on pense pouvoir faire mieux, en prenant plus de temps et de recul, en explorant aussi de nouvelles choses que deux ans de tournée ont permis d'apercevoir. Je continue à apprendre sur le tas, comme depuis le début. Et toi, Ben, y a-t-il un projet que tu n'as jamais osé entreprendre et qu'un jour peut-être tu feras?

Benoit: Non, mais par contre, il y a un rôle que je rêverais de faire, et qu'on ne m'a jamais proposé: c'est celui d'un personnage qui fait du harcèlement psychologique. Un de ces pervers qui, sous prétexte de vouloir vous faire du bien, vous détruisent, en fait. Généralement quelqu'un de très proche, dont on perçoit qu'il peut être très dangereux, mais à qui on ne peut rien retrouver à reprocher. La perversion psychologique, dans le couple par exemple, est une chose terrible, car vous vous savez manipulé mais vous ne pouvez rien dire ou fairesans passer pour parano. C'est un personnage que j'ai croisé souvent. Il tient absolument à vous rendre service, il le fait sans que vous ayez rien demandé. Ensuite, vous savez que tôt ou tard il va vouloir en tirer avantage...

                                         Interview: Louis Danvers et Elisabeth Mertens pour img90/9105/16pe8.jpg
                                         Photos: Wim Kempenaers

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Jeudi 4 octobre 2007

La Belgique, Benoit Poelvoorde y tient. Elle lui permet de garder un équilibre.

"On n'a pas la même façon de vivre ici qu'en France. C'est ce sens de la dérision qui nous permet de prendre tout de manière légère et de ne pas nous prendre au sérieux. Revenir ici, c'est un vivier pour moi."

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Quel est votre regard sur la situation politique belge?
On n'a pas de gouvernement et ça ne nous empêche pas d'acheter nos clopes au même prix, on continue à vivre (il plaisante). Comme je le dis souvent, je veux bien le rattachement, mais alors au Luxembourg. Et s'ils ne sont pas d'accord, on les envahit.  Ca nous prendra un petit week-end! (rire). Pour être plus sérieux, je trouve ça absurde, cette crise. Franchement, quand j'écoute les politiques parler, je n'y comprends rien. On manque de citoyenneté responsable car on manque de culture politique. Il faudrait peut-être simplifier le relais sinon on aura à faire à des gens qui simplifient le propos. Et on comprendra leurs discours car ils seront simplistes!

Vous vous sentez concerné?
Oui et non. Nous, en Wallonie, on n'est pas aussi concernés que les bruxellois. Qui a un flamouche dans son jardin? Le type qui vit à Bruxelles et qui met son gosse à l'école flamande, il sera autrement embêté en cas de scission... En tant que belge, je n'oublie pas que "l'union fait la force". La culture et l'art notemment doivent nous aider à nous rapprocher. Et s'il faut apprendre le flamand, on le fera. Il faut reconnaitre qu'on a été  paresseux jusqu'ici. C'est à nous de faire un effort. Que les gens arrêtent de prendre la parole pour nous, qu'ils arrêtent de simplifier le propos et la pensée. Sinon, on arrive à des extrémités. Quand on voit un flamand qui brule un drapeau, forcément, ça nous énerve. On pourrait nous montrer autre chose ... Moi j'ai passé toutes mes vacances scolaires dans des camps mixtes francophones-neerlandophones. Il faut arrêter de laisser mettre en avant les atermoiements d'une bande de crétins qui tiennent des propos simplistes.

                                                                               Magali Veronesi pour
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Mardi 2 octobre 2007

undefinedAprès le carton de "Podium", le duo Moix-Poelvoorde était sur le point de se reformer pour "Cinéman", soit l'histoire d'un homme qui, pour sauver sa bien-aimée, remontait l'histoire du 7ème art en s'invitant dans le films.

"On s'est séparés en bons termes, ce ne sera pas moi qui le ferait, tout simplement parce que je n'aimais pas le scénario. J'ai demandé qu'on le retravaille, ils ne veulent pas et préfèrent prendre un acteur qui accepte le scripte tel quel. Bref, il y a trois semaines que j'ai renoncé. Je le faisais pour faire plaisir à Yann, alors que je n'ai plus trop envie de tourner pour l'instant."


Benoit Poelvoorde a été remplacé par Franck Dubosc.

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Dimanche 30 septembre 2007

Benoit Poelvoorde est de retour chez nous. Enfin chez lui... Et il n'est pas venu les mains vides. Après avoir enchainé les longs métrages, l'acteur namurois est revenu sur ses terres pour présenter hier en ouverture du FIFF de Namur le film Cow Boy, réalisé par un autre enfant du pays: Benoit Mariage. Un second long métrage pour les deux amis après "Les Convoyeurs Attendent".
                         
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"L'avantage quand tu présentes ton film ailleurs, c'est que si les gens n'ont pas aimé, tu ne les revois pas. Moi, je vis à Namur. S'ils n'ont pas aimé, j'en ai pour des mois et des mois à raser les murs."

"Je ne peux pas dire non à Benoit Mariage. C'est d'ailleurs le seul mec à qui j'ai demandé qu'on refasse un film ensemble. On a une complisité assez unique qui fait qu'on n'a pas besoin de se parler beaucoup pour se comprendre".

"Cinq mois à Alicante, je te jure que c'est long. On a fait une depression Bouli (Lanners) et moi. On avait la télé par satellite, on regardait la Belgique juste pour voir des maisons en briques rouges, le coeur meurtri."

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Jeudi 20 septembre 2007
En 1980, le jeune Michel Strée détourne un bus scolaire. Son but : hurler son désespoir sur les antennes de la rtbf et attirer l’attention sur les inégalités sociales. A partir de ce fait divers, Benoit Mariage a imaginé une fiction plus vraie que nature : « Cow-Boy ». Benoit Poelvoorde et François Damiens (les acteurs principaux) racontent leur improbable rencontre.
 
Le film « Cow-Boy » s’inspire d’un fait divers belge. C’est pour cette raison que vous l’avez accepté ?
Benoit Poelvoorde : Oui Michel Strée avait pris un bus en otage. Il l’avait braqué afin de dénoncer les injustices sociales sans cesse grandissantes. Or l’indifférence de la société est toujours autant présente de nos jours.
François Damiens : J’ai parlé avec certains otages de l’époque : ils ont vraiment eu peur. Ce long métrage est encore d’actualité car on ne parvient pas à réduire la fracture sociale. Il y a de plus en plus de pauvres et de riches, de moins en moins de gens qui ont juste ce qu’il faut pour vivre. A l’entame de notre vie, nous avons tous des idéaux, mais on se fait happer par la froide réalité. Et nos rêves se brisent toujours.
 
Dites-nous en plus sur vos rôles respectifs.
BP : J’incarne un journaliste de télé nommé Piron qui est au placard et qui pense avoir une idée de génie en réalisant un documentaire sur un fait divers qui s’est réellement passé en Belgique dans les années 1980. Un homme qui se prend au sérieux mais qui, en définitive, se rend compte qu’il a tout raté, Il ne s’entend pas vraiment bien avec les gens. Et surtout pas avec François.
FD : J’incarne le caméraman. Dès la première scène, vous verrez que ça ne colle pas entre nous. Le contraire de la réalité en somme.
 
Votre réaction en apprenant que vous alliez tourner ensemble ?
BP : Ca m’a fait très plaisir. J’avais déjà rencontré François à l’avant première de « Podium ». Tout de suite, nous avons été sur la même longueur d’ondes… Il faut dire qu’on était bien pétés ce soir-là ! Ca, c’est l’un de nos points communs. Il m’a fait beaucoup rire. Je lui ai dit tout le bien que je pensais de lui. Il possède un truc génial : il aime vraiment les gens. Ca se sent dans la manière de les observer. Ce n’est pas du voyeurisme, mais de l’amour au sens large.
FD : Moi aussi, j’étais super content. Malgré son statut professionnel, je n’ai eu aucune appréhension à me retrouver face à lui. Au contraire, c’est la personne avec laquelle j’avais le plus envie de tourner. Je me retrouve dans son humour. Il n’a même pas un côté impressionnant parce qu’il fait ce qu’il faut pour que tout se passe bien.
 
Lequel des deux a fait le premier pas vers l’autre ?
BP : François est venu me voir. A l’époque, il faisait une blague qui consistait à rencontrer un mec et à lui déclarer : « J’aimerais bien être toi ! » Là, je me suis dit : « Ce type est fou. » Mais je ne savais évidemment pas que c’était un gag.
FD : Benoît m’avait complètement bluffer par son jeu d’acteur et de chanteur. A près l’avant-première, j’ai participé à une soirée bien arrosée pour pouvoir lui parler. J’ai tellement attendu que c’est finalement lui qui est venu vers moi. Je l’observais depuis deux heures. Je lui ai alors balancé que j’avais envie d’être lui. Il m’a pris pour un débile ; mais il était 5h du mat’…

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Benoît, auriez-vous aimé faire des caméras cachées comme votre acolyte ?
Oui, mais je n’ai pas autant de talent que L’embrouille. Il a une force incroyable. Il ose tout. C’est en somme un génie dans son genre. Pour percer dans ce milieu, il faut avoir une répartie effrayante. Sans oublier qu’il est costaud. Faut pas l’ennuyer ! Et pourtant, c’est un grand timide. Moi, j’aurais eu peur de prendre un coup de poing en tournant…
 
François, vous avez connu quelques frayeurs ?
Oui. Un mec a couru derrière moi avec un couteau mais il avait tellement de tables dans le restaurant qu’il lui a été impossible de me rattraper. Plus sérieusement, ce dont j’ai le plus peur, c’est qu’une personne fasse un malaise. Dernièrement, j’ai réalisé une caméra cachée avec une dame âgée qui s’énervait fortement. J’ai stressé quand elle m’a dit qu’elle était cardiaque. Je tenais de la calmer, mais en vain. Plus je tentais de la raisonner, plus elle angoissait… Personnellement, je n’ai jamais craint pour ma vie.
 
Benoît, vous suiviez les exploits de François L’Embrouille ?
Oui, c’est l’un des rares trucs que je regarde sur rtl-tvi. Et c’est l’un des exemples de vraie plus-value que la chaîne apporte. C’est vraiment une émission belge. François est venu de rien et il a fidélisé le public qui se reconnaît en lui. Génial.
 
Comment le trouvez-vous dans ses caméras cachées ? Il exagère parfois un peu, non ?
Pourquoi ? Il est très fort. Deux gags m’ont fait rire aux larmes : quand il a vendu des tickets de bus et quand il avait plein de boutons partout ! La seconde fois, il était vraiment odieux. Et quand il a piégé Bruno Solo, déguisé en flic… Il a aussi arnaqué Jean- Paul Rouve. Dix minutes après, Jean-Paul me téléphonait déjà pour ma raconter sa mésaventure.
 
Vous avez plusieurs points communs. Votre humeur mais aussi votre physique. Vous dites parfois qu’il fut un handicap…
BP : Oui. Comme tous ceux qui ont un corps banal ou limite vilain. Quand on est jeune, ce n’est pas toujours évident à vivre. Heureusement, en vieillissant, vous oubliez. Je n’ai aucun complexe. Je croque la vie à pleines dents. Contrairement à François qui doit absolument porter une queue de cheval pour se faire remarquer…
FD : Je savais qu’il allait la sortir, celle-là ! C’est tellement facile mais vrai… Lorsque vous êtes chauve et que vous vous faites une petite queue de 3 centimètres, il est normal que l’on se demande ce que vous avez dans la tête… Mais je n’ai pas besoin de porter des lunettes pour jouer l’intelligent… Pour ma part je traîne quelques complexes depuis que je suis tout petit, et d’autres qui me sont venus après. J’aimerais bien être plus musclé, avoir plus de cheveux et que mes dents soient plus serrées… 
 
A défaut de l’aspect physique, vous avez mesuré l’effet de votre nom sur les filles ?
BP : Je ne cache pas que je me suis pris beaucoup de râteaux avec elles. Aujourd’hui, c’es plus facile car elles m’approchent souvent avec des idées bien précises, mais je ne suis pas naïf. J’ai 42 ans et, à cet âge-là, on décèle vite les nanas intéressées par votre popularité. Je ne dirais pas que c’est décevant parce que ça fait aussi partie du jeu mais, personnellement, ça ne m’empêche pas de dormir. Je ne me sens pas concerné par ces choses-là. Je suis marié et fidèle. Ceci dit, je suis resté romantique malgré les échecs.
FB : L’hypocrisie se sent immédiatement, mais ce n’est pas pour autant méchant. Les filles qui m’approchent parce que je suis L’Embrouille ne m’énervent pas puisque, comme le dit Benoît, ça fait partie du jeu. En plus, adolescent, je redoutais beaucoup d’être rejeté par les nanas. Tout ceci n’est pas d’actualité puisque je vis avec une femme merveilleuse.

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Votre devise en amour ?
BP : Toujours se dire que ça peut s’arrêter demain.
FD : C’est un éternel recommencement et il faut essayer de zapper la routine.
 
Vous avez un autre point commun : le goût de la fête…
BP : Oui, oui, oui et oui. C’est plutôt le plaisir de partager des instants privilégiés dans des moments tout à fait incongrus. On a parfois terminé des soirées avec un verre dans le nez autour d’une bonne table. Boire un coup entre potes, j’adore ça, surtout quand il s’agit de soirées improvisées. Toutes les fêtes que j’ai prévues, comme les réveillons de Nouvel An, ont toujours été des échecs.
FD : C’est vrai que nous avons partagé quelques solides fiestas sur le tournage. Nous avons fait une guindaille mémorable à Bruges, où ils ont refusé de nous servir à boire à 1 heure du matin. En rentrant à l’hôtel, nous n’avons reçu qu’une tranche de pain avec du fromage blanc. En contrepartie, toute l’équipe a été chercher des bouteilles dans son minibar, avec lesquelles nous avons fait une grande pyramide et bonsoir la descente … (rires).
 
Vous avez déjà été accro à l’alcool et aux jeux ?
BP : Non. J’aime boire un verre. Et jouer aux cartes avec des amis. Mais de là à devenir alcoolique, il y a une marge. Les alcoolos et les joueurs sont malheureux, croyez-moi. Moi, lorsque je ne me sens pas bien, je cherche refuge dans la solitude. Je n’aime pas être entouré.
FD : Je déteste les jeux. Question boissons, j’aime goûter à tout. Mais, tout comme Benoit, je ne tombe pas dans l’excès si je ne me sens pas bien moralement. Boire alors que votre moral est au plus bas n’arrange pas les choses. Quand je suis au plus mal, j’aime m’entourer des gens que j’aime. Pas pour me donner en spectacle, mais pour être soutenu.
 
L’étiquette d’ « amuseur public » ne vous gonfle-t-elle pas un peu ?
BP : Je ne pense pas l’être. Par contre, je peux être sinistre. Je peux être très chiant. Cela étant, je continue de dire que le rire est une arme magnifique. C’est une défense absolue, même contre soi. La déconne est mon arme. C’est une manière aussi de ne pas me faire emmerder lorsque je suis sur un plateau télé, comme chez Fogiel par exemple. En allant chez lui, vous savez très bien qu’il va vous travailler et vous chercher des poux. Fogiel, c’est du « Voici » en direct mais, au moins, vous connaissez le concept. Ceci dit, il m’arrive de refuser des émissions de télé par rapport à leur éthique douteuse. Je n’ai pas accepté d’aller à la Star Academy, par exemple.
FD : L’étiquette, ça se décolle. Même les plus collantes. J’ai l’impression que je suir le médicament d’une foule de gens, qu’ils se défoulent sur mon compte. Il y a des jours où j’ai plus envie d’écouter que de parler. Dans ce cas, je dis que je suis timide. Ca m’arrange… 

On a rarement vu autant de vulgarité et d’obscénité dans l’humour que de nos jours. Il est aussi bien plus scatologique que par le passé. Un commentaire ?
BP : Le problème du rire, c’est qu’il devrait être étudié comme un orgasme : plus on en parle, moins on l’atteint. Maintenant, l’humour est-il devenu scatologique ? On a toujours parlé de pipi-caca et du zizi. La difficulté, c’est qu’on attribue de moins en moins de poésie au rire. Il est poétique dans la mesure où on le laisse venir comme un coupe-vent. En réalité, ce n’est pas tellement le rire qui devient vulgaire, ce sont les outils que l’on utilise pour amener les gens à lui. Ce que je trouve vulgaire, c’est d’imposer les rires comme les applaudissements sur les plateaux, voire les rires enregistrés que l’on entend dans les sitcoms ! Ca, c’est n’importe quoi.
FD : Tout devient drôle quand on franchit les barrières. Si vous commencez à vous autocensurer, ce n’est plus comique.
 
Dans l’autre sens, ça vous arrive de pleurer… et pas de rire ?
BP : J’adore pleurer mais je n’aime pas que l’on prenne mes sentiments en otage. Et puis, je vous avoue que la dernière fois que j’ai pleuré, c’était de peur. Je suis un peu comme les enfants.
FD : Moi, j’ai pleuré en voyant Benoit dans ce film. Je ne vous baratine pas. La scène est tellement belle. Benoit fait de l’auto-stop. Il entre dans une voiture et s’assied à l’arrière aux cotés d’un enfant. Il le regarde et se dit humblement qu’il a tout raté : vie professionnelle comme sentimentale. Non seulement il a raté son documentaire mais il s’est ridiculisé au sein de sa rédaction. Et, dans cette voiture, il se rend compte qu’il n’a pas de famille, qu’il doit repartir à zéro, qu’il n’a nulle part où aller… C’est une scène tellement vraie et Benoit l’a si bien jouée qu’elle est poignante : on imagine facilement que cela peut nous arriver. 

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Etes-vous dans la vie comme vous êtes à l’écran?
BP : Je préfère qu’on m’accoste avec sincérité ou qu’on me tape dans le dos en disant : « Ca va, toi ? », plutôt que de me faire des courbettes. Je sais bien que le trône où je suis assis est instable et qu’il pourrait basculer en cas de tempête. Je me sens mal à l’aise dans les endroits pince-fesses. Je viens d’une famille populaire et je suis extraverti de nature.
FD : Je préfère un regard franc et un petit signe de l’œil ou de le main que de sentir une bonne tape dans le dos. Et j’ai horreur que l’on m’observe longuement. Ca me gêne. Si j’avais été un peintre ou un sculpteur, j’aurais peut-être été plus extraverti. Mais dans mon cas…
 
Comment votre femme vit-elle votre notoriété ?
BP : Ce n’est pas toujours facile. Parfois, elle en souffre. Elle ne veut pas qu’on la voie parce qu’elle déteste la médiatisation. Elle respecte tout à fait que je sois devenu un homme public, mais elle veut rester discrète. Elle est réservée et timide. Parfois, c’est difficile pour elle de constater que les gens ne lui disent pas bonjour et qu’ils viennent directement chez moi. Même quand je leur dis que je suis accompagné.
FD : Les gens ne se rendent pas compte que notre entourage est souvent mis sur le côté et qu’on ne lui accorde pas d’attention, alors qu’il a une qualité humaine incroyable puisqu’il doit tout accepter. Ma femme ressent clairement quand les gens qui viennent vers moi sont intéressés. J’ai aussi ce petit défaut d’être un peu naïf.
 
Quand votre compagne entend des histoires ou des rumeurs sur votre compte, est-elle mal dans sa peau ?
BP : Oui, ça lui fait mal mais elle gère cette ambiance dans le silence. Logique : votre femme est votre moitié et elle agit un peu comme le ferait votre maman.
FD : J’évite toujours d’aller dans des endroits publics avec ma femme. C’est aussi une façon de la protéger.
 
Benoît, vous avez des rapports tendres avec les enfants. Pourquoi n’êtes-vous pas encore père, alors que François l’est déjà à deux reprises ?
BP : Peut-être parce que j’ai peur de ne pas être à la hauteur ? Je ne me sens pas de taille à être père. Mais je ne sais pas pourquoi. L’avenir ? J’ai vécu quelques années dans un internat. Ca laisse des souvenirs douloureux mais incroyables. Ca m’a surtout laissé le souvenir de la peur et du vide. Par après, je suis retourné chez ma mère et je ne l’ai quittée que pour me marier alors que j’avais 27 ans.
 
Dans votre cas, François, vos enfants sont votre plus grande fierté.
Oui, clairement. Ils sont mes trésors. Je suis tellement fier d’eux. Ils m’occupent sans cesse l’esprit : il faut les élever dans une société inquiétante. Elle me fait déjà peur à moi-même ; alors, imaginez comment je dois me sentir vis-à-vis d’eux. Je les vois comme des êtres fragiles qui vont débarquer dans cet univers gigantesque où tous les pièges sont présents. Je dois les mettre en garde sans trop les couver ou les rendre paranos. Parfois, il m’arrive d’avoir un sentiment de culpabilité vis-à-vis d’eux, de par mon éloignement. Les quitter, c’est un déchirement.
                                                                               Interview: Matt Panozzo pour img64/3289/25548184lc6.jpg 
                                                                               Photos: Gaetan Miclotte
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Samedi 4 août 2007

Il n'a pas été simple d'interviewer notre Benoit Poelvoorde. Après avoir tourné le film "Cow-Boy" de Benoit Mariage, on le retrouvait en Espagne foulant les plateaux du troisième épisode des aventures d'Astérix. Le voilà ensuite proclamé chef guerrier d'une drôle de tribu d'Afrique du Sud pour le film "Les Deux Mondes". Revenu en Belgique, à peine a-t-il eu e temps de défaire sa valise qu'il est reparti pour la côte d'Azur sur le tournage des "Randonneurs à St Tropez".
Cette folle année de tournage, il ne nous la décrit avec passion...


Tout d'abord, "Les Deux Mondes", de quoi ça parle?
C'est un petit quidam, un restaurateur de tableaux qui, par un concours de circonstances - mais je ne vais pas tout vous expliquer - se retrouve projeté, par un glissement de l'espace-temps, dans un autre monde, il est considéré comme un sauveur, comme un dieu vivant,. Bref, c'est l'histoire d'un mec qui n'est absolument pas préparé à devenir un grand guerrier et il va devoir sauver un monde primitif. Il est dieu dans un monde et peintre dans l'autre. Il passe d'un monde à l'autre sans cesse.

Jouer au sauveur, c'est plutot jubilatoire...
Ca m'a tout de suite plu! Je vais quand même narguer des armées entières. Je ne peux pas tout vous raconter, mais ce film est vraiment bien. En plus, je n'ai pas le physique d'un super héros et pourtant, dans ce film, ils se prosternent tous devant moi. En fait, il s'agit d'une comédie très drôle et très belle car nous étions en Afrique du Sud. C'est très joli là-bas.

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Justement, le soleil en Afrique du Sud, ça vous a réussi?
Le soleil me déteste et je le lui rends bien. J'ai dû me protéger non-stop. Malgré cela, j'ai quand même eu pas mal de coups de soleil. Vous savez qu'il y a un trou dans la couche d'ozone juste au dessus de l'Afrique du Sud. C'est assez grave. Notez que moi, j'y ai vu des gens venus se suicider (rires). J'étais dans un hotel où certains touristes venaient pour bronzer. On avait beau les prévenir, ils restaient au soleil. Mais ce pays est réellement beau. Rien que pour ça, il faut aller voir le film. Il y a des décors remarquables.

Vous n'arrêtez par de voyager et ça a l'air de vous agacer?
Oui parce que je n'aime pas voyager. Je suis désolé pour les gens qui aiment ça mais moi, je n'aime pas le voyage. Non, en fait, je suis angoissé en voyage. L'idée de bouger m'angoisse. Mais je suis bien obligé si je veux travailler. Je ne vais pas me plaindre.

Comment faites-vous alors pour tenir le coup?
Je m'enferme dans mon hôtel et je ne bouge pas. je n'en sors que pour travailler. Vu que je ne regarde pas la télé non plus, je ne fais que lire, manger et dormir. J'ai une vie simple finalement.

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Ici nous sommes à Paris. Vous êtes aussi angoissé?
Non car ici j'ai un petit appartement. Donc, je peux y mettre mes affaires personnelles et je n'ai pas l'impression d'être à l'hôtel. Quitte à ma répèter, mais l'hôtel m'angoisse. Seules deux choses s'offrent à vous dans les hôtels. Ou vous devenez alcoolique parce que vous vous ennuyez vu qu'il n'y a qu'une seule télé. Donc, vous êtes tout le temps au bar.

Vous n'arrêtez pas de tourner en fait?
Oui vous avez raison. Je me suis tapé Astérix. Cinq mois de tournage (il grimace). J'ai fait aussi "Cow-Boy", le film de Benoit Mariage. Ce film-là est magnifique. C'est un vrai film belge splendide. J'invite tout le monde à aller le voir. Je l'ai vu il ny' a pas si longtemps que ça. Il est époustouflant. Benoit Mariage est vraiment quelqu'un qui a du talent. Je suis ressorti de la projection en pleurant. J'ai pleuré en me voyant. C'est incroyable, non?

Vous définissez le film "Les Deux Mondes" comme " Le Seigneur des Anneaux" mis en scène pas Claude Sautet?
Tout à fait! Pour moi, ce film, c'est Claude Sautet dans "Le Seigneur des Anneaux". Mais attention, pas l'inverse (rires).

Dommage car ça pourrait être drôle!
C'est vrai qu'on pourrait tourner une suite super-drôle. Imaginez un peu la tribu dont je suis le maître qui débarque à Paris. Wouaw! Ce sont des barbares quand même. Ils se bouffent entre eux. Ce sont des cannibales.

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Vous avez donc tourné une partie du film en Afrique du Sud et une autre en France...
Ne m'en parlez pas! C'était assez compliqué. Quand je tournais dans l'autre monde, en Afrique du Sud, je le faisais avec d'autres acteurs. C'est comme si j'avais tourné deux films différents. Pendant un mois et demi, j'étais avec ma tribu. J'ai même une femme dans le film là-bas. Et après, j'ai tout recommencé ici à Paris avec d'autres acteurs, une autre femme. C'est très compliqué à expliquer. Les gens ne vont rien comprendre mais bon ...

Qu'est ce qui a été compliqué pour vous pendant ce double tournage?
Les cascades, sans hésitation. En Afrique du Sud, je me suis pété une côte. Et jouer avec une côte cassée, ce n'est pas rien. Dans ce film, je n'arrête pas de courrir et de hurler. Je me suis pris un gadin à fond de balle. Tu me vois disparaître du cadre et tu sens que je me suis fait super-mal.

Vous n'aviez pas de doublure cascade?
Non parce que la production n'a trouvé personne qui courait comme moi. En fait, vous devez savoir que j'ai une bête gueule quand je cours. Et ma doublure n'a jamais réussi à m'imiter parfaitement. Finalement, la production a bien fait de ne pas me remplacer ...
 

                                                            Interview: Nicolas Buytaers pour  img213/4839/lesoirmagazinees4.jpg

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Samedi 7 avril 2007

A Paris, sur le tournage du dernier film de Benoit Poelvoorde, " Les Deux Mondes ". 12h15 sonne la pause déjeuner. L’occasion d’une discussion à bâtons rompus. Et de révélations plutôt surprenantes. Notre comique national n’est pas – vraiment pas – celui que l’on croit.

 
On vous sent très exhibitionniste sur un plateau. Est-ce une drogue ?
C’est une façon de me concentrer. Mon premier spectateur, c’est l’équipe. J’ai besoin de m’amuser en famille. Après tout, si j’ai choisi cette profession, c’est d’abord pour le plaisir. Et, comme j’ai la chance de pouvoir faire rire et d’exercer un métier que tout le monde nous envie, ne pas le partager ou faire un minimum pour que les gens ne s’ennuient pas ne serait pas chrétien.
 
N’est ce pas également pour vous sentir à l’aise dans votre rôle ?
Pour ne pas penser à ce que je fais. J’ai la chance de ne pas devoir préparer mes personnages. Une fois que j’ai accepté un rôle, je le discute avec le réalisateur, et c’est fini. Je l’ai dans la tête, il n’a plus qu’à ressortir à la demande. Sur un plateau, quand je fais le con, c’est parce que j’ai trop d’énergie en moi. Il faut que je l’expulse, pour ne pas la mettre en jeu.
 
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C’est à se demander si vous pourriez vous accommoder du silence, d’une retraite dans un ermitage ?
La vision que vous avez de moi est celle de l’homme public. Or, le plateau, c’est comme mon bureau. Dans la vie privée, je ne parle pas beaucoup. Au fond, je suis un solitaire. Comme je lis énormément, un séjour dans un monastère me conviendrait parfaitement. Le recueillement, c’est vraiment mon truc. Les gens pensent que je suis un enragé. Rien n’est plus faux.
 
Est-ce la raison pour laquelle vous conservez votre maison à Namur ?
Absolument. Je vis tout seul là-bas, et je suis très bien seul. Cela ne me gêne pas du tout.
 
Vous ne croyez pas que vous serez un jour aspiré par la jet-set parisienne et que vous vous installerez, à terme, à Paris ?
C’est plutôt la jet-set parisienne qui viendra s’installer en Belgique ! Non, Paris ne me tente pas du tout. La Belgique me convient parfaitement, parce qu’elle à l’image de mon caractère : un art de vivre, une gentillesse, une façon de ne pas se prendre la tête. Les français sont trop speed pour moi. 
 
Que faites-vous pour accumuler tant d’énergie ?
Cela vient de maman. Elle parle tout le temps, elle n’arrête pas de bouger. Elle a une force incroyable, et je crois avoir hérité d’elle. Sauf qu’elle est moins dépressive que moi …
 
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Vous êtes un angoissé ?
Je suis un anxieux dépressif.
 
La raison pour laquelle vous êtes toujours en représentation ?
" Être en représentation " me permet de ne pas parler de moi. Plus vous faites de bruit, moins on vous écoute. Il n’y a que dans les interviews que je me livre. C’est une forme de thérapie. Au fond, je devrais payer les journalistes.
 
Vous aimez vous retrouvez dans des familles de cinéma ?
Oui. Vous constaterez que beaucoup de réalisateurs me reprennent. Il est rare que je ne fasse qu’un seul film avec un cinéaste. Quant à mes partenaires, j’aime les retrouver, quand l’entente est bonne. Jouer a quelque chose d’enfantin. La raison pour laquelle un acteur qui n’est pas généreux ne devrait pas exercer ce métier.
 
A ce propos, comment était l’ambiance sur le tournage d’Astérix aux Jeux olympiques " ? Comment c’était avec Delon ?
L’ambiance était mauvaise ! Y avait beaucoup de connards qui ne partageaient pas. Delon ? Pas gai de tourner avec lui. Aucune générosité ! Il joue tout seul. Il prétend que le cinéma est mort, mais c’est lui qui est mort. Vous avez l’impression de jouer avec une plante morte. Il ne donne rien. Il se prend trop au sérieux. Je le dis. J’en ai absolument rien à foutre.
 
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Entre les mains d’une réalisatrice, comme Anne Fontaine ou Nicole Garcia, vous ressentez une différence de traitement, de sensibilité, par rapport à un homme ?
Oui. Une femme est à la fois votre mère, votre sœur, votre amie, votre maîtresse. Vous vous sentez aimé. C’est fragile, un acteur. Comme un enfant, il a besoin d’être compris et dorloté. Or, il y a des pudeurs avec un homme, qu’il est difficile de transgresser, là où une femme osera aller plus loin dans les rapports humains. Avec les femmes, il y a quelque chose de sacré.
 
Cette sympathie féminine vous a-t-elle aidé dans un film plus intimiste comme " Entre Ses Mains " ?
Oui, dans la mesure où je ne suis pas à l’aise dans les scènes d’intimité. Et si j’ai trop de pudeur, je me nuis, comme je nuirai au réalisateur et à ma partenaire. Les scènes d’amour relèvent d’un domaine que je ne peux pas donner. Monter que je suis méchant, que j’ai peur, ne me pose pas de problème. Mais quand on entre dans l’affectif, j’ai des pudeurs de jeune fille. Je suis gêné comme les gens qui se sentent observés au moment où ils croisent leur propre regard dans le miroir.
 
Vous n’avez pas l’impression de vous répéter dans la comédie ?
Si. C’est bien la raison pour laquelle je vais, à terme, m’arrêter de tourner. Dorénavant, je ne m’attacherai plus qu’à des projets qui m’amuseront. En fait, j’en ai assez de jouer. J’en arrive au stade où j’ai tout épuisé sur le plan de la comédie, et ça ne m’emballe plus. Je jouerai certainement dans des trucs que j’écris. Pour économiser un acteur. (rires)
 
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Vous vous sentez la plume facile ?
J’ai trop d’admiration pour la littérature pour me croire un talent quelconque en ce domaine. Des pièces de théatre, d’accord, mais pas de la littérature à proprement parler. Les acteurs ne m’impressionnent pas, les écrivains, si. L’autre jour, j’ai aperçu Hubert Reeves dans une soirée. Je n’ai pas osé lui serrer la main. Isabelle Adjani, en revanche, je pourrais la croiser, j’en aurais rien à foutre.Vous avez la réputation d’être un grand dévoreur de livres.
 
Comment cette activité, par essence tranquille et solitaire, s’accomode-t-elle de votre nature agitée ?
Je suis un boulimique, je lis tout. Je ne regarde plus la télévision. D’ailleurs, je n’ai plus la télé. Je ne fais que lire. Vous me laissez seul cinq minutes, et vous me retrouvez avec un livre en main. Sur les plateaux, pareil. Ce que je ne faisais pas auparavant.
 
Vous avez mal vécu votre 40è anniversaire, paraît-il. Vous avez peur de vieillir ?
Peur de mourir. J’ai l’impression qu’on a quelque chose à faire sur cette terre, et que je tarde à faire. Il faut partir avec sagesse, il faut que mon âme soit blanchie. Et m’est avis que je ne la blanchis pas assez vite. Donc, j’ai peur de mourir.
 
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Vous ne considérez donc pas votre succès comme une réussite ?
En terme de survie, si. D’ailleurs, ce serait insulter les gens qui rament que de le nier. Mais en terme de réussite spirituelle, non. Ce serait plutôt un gâchis.
 
Pourquoi le refus d’enfant ?
Parce que je ne me sens pas adulte, et que la responsabilité de donner la vie me terrorise. Le monde est tellement dur, violent et injuste, que j’aurais peur de le dire à mon enfant. Je peux en aider un, lui donner un coup de main pour le sortir de la merde, mais en faire un, non.
 
Vous vous aimez bien ?
Non, pas du tout. Si je me croisais dans la rue, je ne crois pas que j’irais me dire bonjour. Ce n’est pas de la fausse modestie : si je pouvais choisir de vivre avec quelqu’un, ce ne serait certainement pas avec moi.
  
                                                                                               Interview: Daniel de Belie pour img212/5612/49150488rt4.jpg
                                                                                               Photos: Laurence Tremolet 
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Jeudi 27 avril 2006

Bacri, Magimel, Poelvoorde, Lindon, le casting explosif de la réalisatrice Nicole Garcia, se retrouvent sur un même plateau pour Première. Après les photos, l’interview qui secoue! Quatre comédiens débattent, s’expliquent et se lâchent...

  
Vous êtes-vous déterminés sur le script, sur le nom de Nicole Garcia, ou sur les deux à la fois?
Nicole Garcia : Après avoir lu le scénario, Jean-Pierre m’a dit: «C’est “inrefusable”.» Le mot m’a marquée et je me le répète parfois les jours de doute. Ça ressemblait à Impitoyable, de Clint Eastwood, mon maître. Du coup, ça m’a beaucoup plu.
 
Pourquoi c’était «inrefusable», Jean-Pierre?
Jean-Pierre Bacri : Quand on aime l’écriture, on aime les scénarios. Et comme ça arrive rarement de tomber sur un truc bien...
 
Et vous, les Benoît?
Benoît Magimel & Benoît Poelvoorde : Nous aussi, nous avons adoré le script...
B. P. : Au début, j’ai commencé par refuser.
J’aimais vachement, mais j’étais en train de finir la promotion de Podium, je rentrais du Japon, je ressentais une espèce de lassitude... J’ai lu le scénario très vite.
B. M. : C’est terrible comme il se la raconte...
B. P. : Ouais, je me la pète, hein! Après, j’ai réfléchi dans mon lit. Je voulais être dirigé par une femme depuis des années et s’il y en a une qui dirige bien, c’est Nicole... Bref, j’ai changé d’avis.
N. G. : On s’est rencontrés, puis j’ai vu son agent. Benoît est très sensible à l’avis de son agent.
Sa première réponse a été non. Benoît était pourtant l’un des acteurs auxquels j’avais pensé dès le début de l’écriture. Un mois plus tard, au moment où je commençais à chercher d’autres comédiens il m’a téléphoné, alors que je me trouvais dans un taxi entre Père-Lachaise et Bastille, pour me dire oui.
B. P. : Absolument vrai. Elle a hurlé dans le taxi: «C’est oui!»
 

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À part Benoît Poelvoorde, avez-vous pensé aux autres acteurs dès l’écriture?
N. G. : Benoît Poelvoorde et Benoît Magimel se sont imposés immédiatement. Les autres sont venus plus tard. Au départ, je n’avais pas prévu le personnage de Vincent. Je ne pensais qu’à Charlie. Pour une fois, l’enfant est arrivé avant le père. Et puis, on racontait finalement tellement de choses sur cet homme que le rôle s’est étoffé. Serge est devenu un personnage à part entière. J’ai alors songé à Vincent.
 
Vincent, avez-vous accepté très vite?
Vincent Lindon : Nicole me l’a présenté d’une manière bizarre. Elle m’a expliqué que le rôle de Serge n’étant pas totalement écrit, il y avait deux solutions: ou bien je ne faisais pas le film, et les trois scénaristes [Nicole Garcia, Jacques Fieschi, Frédéric Bélier-Garcia] le laissaient tel quel; ou bien je le faisais, et ils l’adaptaient. Alors, je suis allé au Petit-Sauvignon, où j’ai commandé du vin. J’ai lu le scénario un peu bourré. Une réplique m’a plu à la page cinquante et – je ne l’avais encore jamais avoué à Nicole – je ne suis pas allé plus loin. Je l’ai appelée et j’ai accepté. Mais je ne prenais pas beaucoup de risques. J’avais eu envie de faire L’Adversaire. Ma première réponse a été plus snob qu’artistique: je voulais tourner avec Nicole Garcia.
 
C’était quoi la réplique de la page cinquante?
V. L. : Je crois que ce n’était même pas une réplique mais une scène devant la télé. J’ai imaginé un homme un peu rural. Qui souffre beaucoup. J’ai pensé à Un mauvais fils [Claude Sautet, 81].
Garcia : [Pour elle-même.] Un mauvais fils, un mauvais père...
 
Et vous Benoît (Magimel), avez-vous hésité?
B. M. : Comme les autres, j’avais très envie de travailler avec Nicole. J’ai donc donné, moi aussi, ma réponse avant d’avoir fini de lire le scénario. Bien sûr, j’ai été un peu déçu quand j’ai appris qui complétait le casting. (Rire.)
N. G. : À part un personnage qui n’est pas là aujourd’hui [celui interprété par Patrick Pineau], tous ont de petits parcours à accomplir pour changer leur vie.
J. P. B. : Celui qui n’est pas là? Tu veux dire celui qui n’est pas assez connu pour faire la couverture?
N. G. : Oui, celui qui joue le chercheur en paléontologie et...
J. P. B. : Je peux me permettre une remarque?
N. G. : Tu m’as coupée, mais vas-y!
J. P. B. : C’est quelque chose que je tenais absolument à dire et j’espère que vous allez l’écrire. Pourquoi sommes-nous quatre aujourd’hui et pas cinq?
N. G. : C’est une question de...
J. P. B. : De gens connus, voilà! En couverture, on met des gens connus. Qu’est-ce qu’on en a à foutre d’un mec qui n’est qu’à la Comédie-Française, qui ne joue que des merveilleux spectacles depuis vingt ans, on s’en branle, hein! Je pense à la chance que j’ai eue quand on m’a mis en photo alors que je ne faisais pas partie du casting principal. Nous quatre, on est rompus à ça. Des couvertures, on en a fait douze, et on s’en fout. Je trouve ça dommage qu’on ne respecte pas les choix du metteur en scène. Elle a choisi cinq mecs qui lui plaisaient et...
N. G. : Six! Plus un enfant!
J. P. B. : Peu importe, j’eusse aimé que les sept personnages principaux fussent là. Ça les aurait fait bander, les deux autres. Leurs parents et leurs amis auraient été contents de les voir en couverture de Première. Tu me diras, ce n’est pas la seule discrimination au monde...
N. G. : Je voulais absolument qu’il y ait quatre acteurs, disons, stars, et trois autres jouissant d’un autre statut mais presque à égalité de rôle. Le film joue avec les codes de la célébrité. Les deux acteurs les moins célèbres interprètent d’ailleurs des personnages qui sont dans la lumière. Chaque héros figure presque un archétype d’une émission de télé-réalité. Sauf que dans ces émissions-là, les personnages sont seuls, donc pathétiques. Chez moi, ils sont confrontés aux autres, et ça leur donne de la force. Il y a un jeu de miroirs entre eux.
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Comment décririez-vous Nicole au travail?
J. P. B. : J’ai joué dans deux films avec elle comme partenaire, et elle m’a dirigé deux fois. Nous avons donc partagé quatre films ensemble. J’aime cette femme, j’aime sa façon de vivre, j’aime l’entendre parler, j’aime ses ruptures, j’aime sa drôlerie. Comme elle le sait, je peux le dire...
V. L. : Nicole est l’une des cinq ou six actrices au monde qui ont le plus de charme. Elle est irrésistible. Tout à l’heure, quand on faisait la photo, Jean-Pierre m’a confié: «Elle est mignonne, hein?» Et puis, elle ne fait pas les choses comme tout le monde. Mon père m’a dit un jour: «Untel ne prend rien au sérieux et tout au tragique.» Avec Nicole, tout est... incroyablement tragique et, en même temps, ça n’est pas si important que ça. Elle pense que ça se passe là où elle est. Qu’il n’y a rien avant, qu’il n’y aura rien après.
B. P. : C’est beau, ça. Rien au sérieux, tout au tragique. Nicole est également très, très drôle. On rit beaucoup ensemble.
B. M. : Moi, j’aime la façon dont elle filme les hommes. Elle évoque avec beaucoup de tendresse nos fragilités, nos faiblesses, nos défauts. C’est ça qu’elle arrive à sortir des êtres et des personnages. Elle leur donne de la noblesse, de la force. Catherine Breillat, je n’aime pas son regard sur les hommes. Quand je l’entends parler, c’est intéressant, mais quand je vois ses films... Nicole, c’est l’anti-Breillat...
V. L. : Tu nous joues tout avant chaque prise. Permets-moi de te dire que tu es d’ailleurs extrêmemen