Le mot de Benoit Poelvoorde à propos de:
Michel Strée, l'homme qui parle aux
oiseaux:
"Le vrai Michel Strée, que j'ai rencontré avec bonheur, n'a absolument rien à voir avec le personnage du film Cow Boy. Le film parle d'un journaliste d'une
chaîne télé, Daniel Piron, qui fut engagé, qui a eu des ambitions, des rêves pour une socitété meilleure, et qui a été pris dans une sorte de léthargie personnelle, sociale, bourgeoise. Il va
revoir un ancien fait divers, la prise d'otages qui fut effectuée par Michel Strée en 1980. Le journaliste va partir à la recherche de Strée - qui s'appelle Tony Sacchi dans le film
- parce qu'il veut refaire le voyage en bus avec les otages et les personnes impliquées. Ce personnage de Sacchi est absolument fictionnelle."
La crise politique en Belgique, toujours pas de gouvernement:
"La parole des gens n'est pas relayée par les hommes politiques.Or on n'entend qu'eux. Il n'y a pas de grand talk-show populaire chez nous. Donc, on n'a plus qu'une image totalement caricaturale
des flamands, avec brassards et nationnalisme crasseux. Cela donne l'impression qu'on est presque en état de guerre. Alors que, quand on va en Flandre, à Wechter, et que les flamands
viennent à Dour, aucun problème! On n'a des emmerdes que quand on entend les discours formatés sur les plateaux de télévision. Le séparatisme? Absurde, on sera tous perdants. Moi, ça ne
m'interesse pas d'être français. Le rattachement à la France, je trouverais ça une connerie sans nom, d'autant qu'ils n'en ont strictement rien à foutre. Notre histoire est jeune, courte, alors
que la France se traîne dans un manteau d'hermine et dans sa lourde grandeur. On a une nature, une personnalité qu'on retrouve chez les flamands, dans leur humour, leurs films, et
nous devons faire l'effort d'aller à leur rencontre. En Belgique, il y a une humanité, une fraîcheur joviale, un caractère bon enfant. C'est notre force. Comme nous, les flamands aiment
faire la fête. Et puis, on a une chose qui nous rassemble tous, c'est la bière! Demandez aux belges d'expliquer leurs institutions, 99% d'entre eux ne le peuvent pas. Ils disent: Ah ben,
nous, on attend les élections, et je vais voter pour celui-là parce qu'avec lui je vais pouvoir construire mon garage. Ou alors: Moi, je suis de gauche, j'ai toujours voté pour le parti
des ouvriers. Ce qui ne l'empèchera pas de dire qu'il voudrait rétablir la peine de mort ou expulser les étrangers délinquants!

TV Brussel, des flamands qui aiment notre
fête:
"Je voulais mettre en évidence cette initiative de tv brussel: faire une emission entièrement en français sur les francophones, sous tirée en néerlandais,
pour la fête de la Communauté Française. C'est formidable, parce que tout réside dans la connaissance de l'autre. C'est l'ignorance qui génère les problèmes. Le travail de fond qu'on devrait
faire, c'est aller vers l'autre, vers sa culture et vers la culture, là où ces questions linguistiques n'ont aucune importance. Sincèrement, on aime énormément de choses chez les néerlandophones
et les néerlandophones aiment énormément de choses chez nous, mais on finit par nous dissocier par des discours réducteurs, en écoutant des gens aux pensées assez sommaires. Moi, plutôt que de
faire des élections, je ferais presque des voyages culturels en bus! Je regrette d'ailleurs d'avoir oublié le néerlandais que j'ai étudié à l'école. Je connais La Brabançonne (il
chante). Voilà: Notre invincible unité! Formons une unité, d'accord, mais simplement nous ne nous connaissons plus. Je simplifie peut-être, mais je crois qu'il faut partir sur des
choses simples, comme cette excellente initiative de tv brussel."
Les figurants au cinéma et Jean-Claude Van Damme:
"Les figurants
belges ont une vérité, une humanité qui dégage une poésie, un aspect décalé. Ce n'est pas un boulot drôle, il faut attendre des heures, par tous les temps, et, en plus, ils viennent presque pour
rien! Parmi les belges, il y a une quinzaine de figurants professionnels que l'on retrouve sur tous les tournages, qu'ils commentent entre eux: Là, on avait bien mangé; là, on était à
table avec des acteurs, etc... C'est bien la moindre des choses qu'ils puissent voir les acteurs!
En ce qui concerne Jean-Claude Van Damme, je ne fais pas partie de ceux qui le critiquent. Il a énormément de choses à dire, mais il a juste du mal à assembler ses idées. Il est kinétique dans sa
tête, il passe tout le temps d'un sujet à l'autre, et c'est vrai qu'il faut parfois un décodeur. Mais il n'est vraiment pas plus con que certains philosophes qui paradent à la télé!
J'ai tourné avec lui une journée, sur Narco. Il a débarqué terrorisé, parce qu'on ne le ui demandait pas de faire du karaté ni de dire: Je vais t'éclater la tête! Il
pensait qu'on allait se moquer de lui. Quand il a vu que ce n'était pas le cas, que les gens l'ont applaudi, vraiment, parce qu'il avait bien joué, il était ému aux larmes. Van Damme, c'est
quelqu'un de très gentil, de très bien."

La semaine de la mobilité et la journée sans voiture:
"Les journées
sans voiture, c'est un peu un truc pour se donner bonne conscience, non? Je me demande si ce n'est pas un peu démagogique. En revanche, il y a une initiative que je trouve formidable, c'est
Taxistop. On laisse sa bagnole à un endroit, et puis on vient à 5 dans la même. Ce covoiturage, rien que d'expliquer que ça exciste, c'est important. En plus, on rencontre les gens. A
Namur, ça marche bien. soyons imaginatifs! Certes, pour les transports en commun, il y a déjà eu un effort. Mais il y a encore des trains où ils sont 200 là où on ne peut en mettre que 50!
Personnellement, je prends tout le temps des gens en auto-stop, en général à Delta, à Bruxelles, et j'en fais aussi très souvent. Mais c'est vrai que je n'attends jamais très longtemps! Les
gens me reconnaissent et me prennent. Ils sont très contents et, souvent, j'ai droit à trois coups de fil sur leur gsm: Dis, devine qui est dans la bagnole! Quoi? Tu ne veux pas
me croire? Attends, je te le passe!"
La religion:
"Je suis croyant.
Je porte des médailles, de la Vierge, de sainte Lucie. Mais je ne suis pas pratiquant: je ne crois pas en la hiérarchie de l'Eglise, Dieu est né dans une étable. Et je ne crois pas non plus
au grand barbu qui nous attend. Je crois à une sorte de réflexion, à une sagesse, en estimant qu'on est chacun une part de Dieu - quel que soit son nom, cela n'a aucune importance - qui est
en nous, comme on est une part de chaque chose. La difficulté, c'est de se retrouver soi, dans un monde qui nous entoure, où les choses n'existent que selon notre perception. Je crois que la
sagesse est la forme de l'existence de Dieu. J'ai lun un livre fantastique de mère Térésa - une femme très intelligente, que j'admire beaucoup - qui parle de ses doutes, ce que je trouve
merveilleux. On hésite à la canoniser à cause de cela, alors que je pense que c'est l'inverse: un homme qui vit dans le doute est bien plus admirable que celui qui a une
conviction imbécile.
Un jour, j'ai voulu changer de religion. Ma belle-mère m'a offert un livre du dalaï-lama. La première phrase c'était: Détache-toi de tes biens matériels. J'ai dit: Ca,
impossible! J'aime trop ma bagnole. A la deuxième page, j'étais déjà énervé, je me voyais distribuer mes costumes, mes montres! Tu dois être sûr de ton coup, hein! Après, t'as l'air
fin, si tu dis: tu veux pas me rendre ma bagnole? Et qu'on te dit: ah non, mon vieux! Ma tentative de conversion s'est arrêtée là. Dans la religion catholique, on ne m'a
jamais demandé de me déposséder de ma voiture. Pourtant j'aimais bien ça, le bouddah: mon crucifix, là, avec un type tout maigre qui me rappelle tout le temps que je ne peux pas avoir de
bide, pfff. Alors que le bouddah, il est tout le temps assis, c'est un bon gros qui a bien mangé, j'aime bien!"

Identification de soldats morts en
14-18:
C'est formidable, cette histoire de soldats australiens de 14-18 retrouvés près d'Ypres. C'est fondamental et beau de rendre la dignité à un mort. Cela rejoint le thème de
mon livre préféré de cette saison (Les Disparus). Mes funérailles à moi? Je serais plus partisan d'une petite croix en bois, avec le strict minimum, plutôt qu'une pierre tombale, qui reste très
orgueilleuse par rapport à notre enveloppe terrestre. La pierre tombale, ça me glace. Et je n'aime pas non plus l'incinération. Non, le petit bout de bois et, tant qu'à faire, la fosse commune,
avec quelques copains. C'est plus sympa. Et puis, ces cercueils en bois machin, poignées dorées, tout le bazar, quel business! Mais je me ferais quand même enterrer avec un portable, on ne sait
jamais! Imagine, tu es toujours vivant! Tout ce qui te reste à faire c'est un tag: Je ne paierai jamais! ou Service après vente à chier. On met peut-être de lourdes pierres sur
les morts pour qu'ils ne viennent pas se plaindre après l'enterrement: Quoi? Juste trois fleurs et pas de musique? Et mon cérémonial alors?"
Le mariage:
"Je crois que, génétiquement, l'homme est fait pour
tromper sa femme. La femme, elle, sera toujours certaine qu'elle a mis au monde, alors que nous, on a des milliards de spermatozoïdes, mais on n'est jamais sûr que c'est le nôtre qui a
touché! Bon, c'est juste un argument pour justifier les cavaleurs! La fidélité chez les hommes, c'est parfois une question de paresse. Prenons l'exemple de la prout sous la couette. Combien
de temps on a mis à se dire: bon, j'y vais ou j'y vais pas? Lancer d'abord une petite prout tranquille, en se demandant comment elle va le prendre? Et pour un premier rendez-vous au resto? Dur!
Il y a des plats interdits. Une langouste? Jamais! Tu as l'air d'un porc, on te met une bavette, et là, tut te dis pffff, mauvaise idée la langouste. Idem pour les spaghetti, ou tout ce
qui se mange avec les doigts! C'est comme aller aux toilettes chez elle la première fois. Tu te dis: je vais quand même pas chier ici! Surtout avec ces petits appartements, tu te dis: zut, si ça
pétarade? Alors que tu as parlé philosophie, littérature... Alors tu lui dis: euh, je rentre chez moi. Et elle: mais pourquoi tu rentres si tôt? Et quand, des mois après, tu lui avoues que
t'es rentré chez toi faire caca, elle dit: ben, pourquoi tu l'as pas dit? La prout et tout ça, on ne peut pas continuer toute une vie en faisant des concessions de cet ordre-là! Alors, au
bout d'un temps, tu te dis que réapprendre tous ces trucs, tous ces codes, c'est trop compliqué. Ah non! On ne recommence pas tout ça, hein!"

Chabal et le rugdy:
"C'est
l'homme des cavernes du Rugby? Vous êtes sûrs qu'il n'a pas fait de prison? Lui, il n'aura jamais de critique, sauf par un journaliste, et encore, anonyme. C'est le genre de type qu'on invite à
Noël, juste pour ouvrir les huîtres! S'il se blesse, il ne se plaindra jamais. Et il les ouvre avec la bouche, bien sûr."
Le Livre, Les Disparus de Daniel
Mendelsohn:
"Les Disparus, de Daniel Mendelsohn, est un chef d'oeuvre, la révélation de l'année! C'est admirable, formidable, époustouflant. On est totalement
happé, impliqué dans cette quête d'un homme qui part à la recherche de personnes de sa famille, dont il sait juste ceci: Tués par les nazis. Cette globalisation dépersonnalisante de
l'horreur la plus grande du xxème siècle masque en fait l'horreur elle-même, alors que c'est la distinction qui en donne la spécificité. C'est un très grand travail sur la mémoire des morts,
dont je recommande la lecture à tous."

Propos
recueillis par Louis Danvers et Elisabeth Mertens
Photos: Wim Kempenaers





















