Samedi 17 novembre 2007

A la veille de la sortie des Deux Mondes, Benoît Poelvoorde a reçu Sport avec son chien Billy pour un entretien... poelvoordien.

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Comme beaucoup de sportifs, vous venez d'un milieu populaire...

" Vous ne verrez jamais un match de foot avec Jean-Philippe de Deracker qui fait une passe à Jean-Jacques de Clermont-Tonnerre. Le sport, c'est la culture de la rue. Quand on fait du sport, on ne devient pas voyou. J'ai joué au foot, extérieur gauche au FC Boninne. J'ai choisi le théâtre amateur parce qu'il y avait plus de filles.

Vous comprenez que réussir dans le sport puisse monter à la tête?
Dans le sport, on déifie beaucoup plus que chez les acteurs. Zidane est connu dans le monde entier. Quand il donne un coup de boule, il est encore plus divin, parce que ça le rend humain. Je ne trouve pas qu'il a pété les plombs. Les sportifs pètent les plombs quand ils se sentent abandonnés. On leur donne trop et on leur reprend, ça n'est pas juste. Dans le cinéma, on est davantage préparé à l'échec. Après quatre films ratés, on est tricard. Mais, moi, ça ne me fait pas peur. Si on a des histoires à raconter, on les raconte.

Pour le tournage du "Vélo de Ghilsain Lambert", vous avez découvert le cyclisme. Qu'en reste-t-il?
J'adore le vélo. C'est exponentiel : si vous donnez un coup de pédale, vous êtes récompensé, ça continue à tourner. Et puis, sur le vélo, on réfléchit.

C'est un sport très controversé...
(Il coupe.) Je ne supporte pas l'idée qu'on emmerde les coureurs avec le dopage. Ce qu'ils font, même dopés, je défie quiconque de le faire. Je m'inquiète plus de ce qu'on peut faire avec les gènes. Avant leur naissance, on fabriquera des champions. Les cyclistes, ce sont des seigneurs. Quand vous êtes dans le rouge, c'est épouvantable. J'ai fait du repérage sur les routes du Tour de France et, même en voiture, j'étais vanné.

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Sur "Astérix", vous avez croisé Jérôme Le Banner, champion de K1...
C'est une grande rencontre dans ma vie. Il joue mon souffre-douleur. Il n'est pas très grand, mais c'est une montagne. C'est Raging Bull. Je me suis dit : ça doit être un sportif avec une couche de gras dans la tête. En fait, c'est un garçon intelligent, délicat, d'une gentillesse immense et d'une courtoisie rare. Chez lui, il fait pousser la rose de Louis de Funès parce qu'il adore cet acteur. Dans une séquence, il était torse nu et je devais lui taper dans le ventre. Il me disait : " Frappe à fond sinon ça se voit ". On l'a fait 50 fois. Le lendemain, il ne sentait rien et moi j'avais un bleu énorme au coude.

Vous a-t-il convaincu des vertus de l'exercice physique ?
Il a essayé de me mettre au sport, mais je ne peux pas. Avant le tournage d'Astérix, on a voulu me muscler. Je trouvais plus drôle d'être un spaghetti avec un petit bedon de bière au milieu de montagnes plutôt qu'un mec avec deux demi-muscles. J'ai essayé pendant un mois mais il n'y a rien qui sort, ce sont des muscles morts, il faudrait que j'en loue. "

                                                                                                 Propos recueillis par Stéphane Méjanès 
                                                                                                Photos: Pauce

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Samedi 17 novembre 2007


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Vendredi 16 novembre 2007

Mercredi prochain, il sera à l'affiche du film "Les Deux Mondes", dans la peau d'un restaurateur de tableaux plutôt effacé (un comble) qui se voit englouti dans un autre monde où on le prend pour l'élu. Mais en attendant, Benoît Poelvoorde, dans sa peau à lui, se bat contre une grosse crève et une déprime qu'il n'en peut plus de commenter. "J'ai envie de faire du théâtre. D'ailleurs, je vais faire du théâtre. Je peux même déjà te dire le titre du spectacle ", dit-il. "Ça va s'appeler Je vais y venir. Ce sera un one-man-show. En fait, on me pose tellement de questions sur moi - et de moins en moins sur les films, alors que je préférerais le contraire - que je me suis dit que j'allais faire un spectacle - comique - dans lequel les gens découvriront vraiment des choses de moi. Je parlerai du cinéma, de la production, etc. J'ai un peu envie de régler mes comptes ."

la-DH-novembre-2007.jpgFâché, le Namurois ? "Les gens ignorent combien, parfois, les choses sont d'une futilité inouïe. Certaines personnes sont censées gérer des fortunes et elles le font au mépris de l'intelligence. J'ai aussi un peu envie de faire ce spectacle pour me moquer de la futilité appuyée, convaincue, de certains. Et puis, j'ai envie de retrouver le contact avec la salle. Le cinéma est un moment tellement virtuel... Si je ne faisais pas les avant-premières, je pourrais ne jamais rencontrer les gens qui vont voir mes films. Je vois bien que certaines personnes viennent plus pour me voir moi que pour voir le film. Donc, je me dis, Pourquoi ne pas faire un spectacle ?" Et tout ça ne devrait pas tarder à voir le jour car, Benoît l'assure, il a beaucoup d'idées. "Tu peux me faire confiance. Après, j'écrirai mon film où je parlerai de la Belgique. Parce que ce pays mérite d'être filmé avec indulgence et surtout avec émerveillement... "

D'ici à la fin de l'année, c'est dans deux autres longs-métrages, signés par des gens qu'il aime - Daniel Cohen et Benoît Mariage -, que l'on verra donc Poelvoorde. Suivra, au début de l'année prochaine, le très attendu "Astérix aux Jeux Olympiques" . Ça fait beaucoup. Mais l'acteur n'a pas peur d'être trop présent à l'écran. "Bah, deux films, ce ne sont jamais que deux fois une heure et demie. Quand tu vois le nombre de gens qui regardent des émissions qui durent trois heures à la télé... Et souvent, ils regardent ça pour les mêmes vannes. Alors qu'ici, "Cowboy" et "Les deux mondes" sont tout de même des films très différents. Il y en a pour tous les goûts. C'est un peu comme dans un restaurant, quand tu choisis à la carte ."

Car Benoît, promis, ne trace pas de plan de carrière, ne cherche pas à se faire rare, ne calcule pas la moindre de ses apparitions.
"Je me refuse à envisager les choses en matière de risques, je me refuse à avoir peur de ça. Si le public en a marre de me voir, il se chargera de me le faire savoir et j'espère que je comprendrai assez vite. Et je ferai autre chose..."

                                                                                                  Isabelle Monnart pour

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Jeudi 15 novembre 2007



promo du film "Les Deux Mondes"

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Mercredi 14 novembre 2007



le grand journal - canal +

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Mardi 13 novembre 2007

Vous l'imaginez pétulant, bouffon, un peu cinglé. Il est censé, cinglant et cultivé. A l'occasion de la sortie des "Deux Mondes", Benoit Poelvoorde dévoile pour "Edgar" une autre facette de sa sinueuse personnalité...

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Dans les "Deux Mondes", vous devenez leader d'un monde parallèle. Si, demain, la Belgique s'effondrait et que le peuple vous demandait de prendre les rênes du pouvoir, qui seriez-vous: Baudouin ou Léon Degrelle?
Arrêtez tout de suite ! (rires) Baudouin, notre roi catholique, bien sûr! Très bien Baudouin, un catholique romain, presque intégriste. Je serais Baudouin, sans hésiter. Pour mettre un peu de spiritualité dans ce monde de brutes. Il a été notre seul roi à abdiquer, pour la question de l'avortement. C'était très courageux de sa part. Pour ce qui est de Degrelle, le problème avec le national-socialisme, c'est que ça draine toujours une volée d'abrutis!

Comment avez-vous vécu la séance photo?
Les photos de moi, ça ne m'interesse pas. A la fin, ton image est tellement multipliée, surprojetée que tu finis par te dégouter toi-même. Jusqu'à devenir une souffrance. Tout ce qui est miroir, des choses comme ça, tu finis par éviter. Je finirai dans une maison sans glace. La séance photo, ici, ce n'est tellement pas moi. La seule chose que tu pourrais projeter, ce sont tes radios. Là, impossible de tricher. Quand je jouais au théatre, je voulais une affiche avec un corps ouvert, comme du Bataille, des écorchés vifs. Je trouvais l'idée jolie, sincère, mais on m'a dit que c'était peu ragoûtant pour le type qui partait au travail le matin et passait devant...

Vous avez toujours de belles références, une solide culture générale lorsqu'on dialogue avec vous...
C'est parce que je lis beaucoup, je ne suis pas cultivé, mais je lis beaucoup. Je n'ai pas la télévision. J'ai des problèmes de sommeil, d'anxiété; la lecture est la seule chose qui focalise mon attention. Et puis, j'aime bien réfléchir. Je suis bien structuré: je suis vierge ascendant vierge!

On ne réfléchit pas assez dans le cinéma?
Je pense même que ce serait un avantage d'être un parfait crétin quand on est acteur. Moi, par exemple, je joue tout au premier degré, je ressens la séquence. Je ne prépare pas mes rôles, sauf d'apprendre à danser lorsque je tourne "Podium". Mais jamais de ma vie, j'ai pris une demi-heure pour me dire: "Comment est le personnage?"! Chez moi, c'est le combat entre l'instinct et le cérébral.

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Deux réalisateurs, Olivier Marchal et Florent-Emilio Siri m'ont dit vous avoir proposé des rôles très sombres...
La première personnes avec qui j'ai accepté un rôle sombre, c'est Anne Fontaine. Dans un rapport de confiance. Je l'aime beaucoup Anne. C'est quelqu'un avec qui je me sentais en sécurité: c'est une femme, d'abord, et elle portait sur moi un regard bienveillant. Mais j'ai une certaine pudeur. Il y a des choses en moi que j'ai du mal à laisser transparaître. "Entre ses mains" est un film que je n'ai jamais pu regarder. Pour le film d'Olivier Marchal, c'est parce que j'étais pris, sinon, je l'aurais fait avec plaisir. Quant à "L'Ennemi intime" de Siri, ça ne me concernait pas. C'était un problème français. Je ne l'aurais pas joué correctement.

Jamais de scènes d'amour. Une question de pudeur, là aussi?
C'est vrai, je n'en ai toujours pas fait. Je commence à peine les scènes de lit, après que l'amour est terminé. J'aimais bien au cinéma l'idée, quand on était plus petits, des deux personnages qui passaient la porte... Voilà, on avait compris. Dans beaucoup de films, je ne vois pas trop l'intérêt de montrer qu'ils font l'amour... C'est généralement là qu'on décroche, parce que c'est évident qu'ils simulent!

Vous avez un côté anar de droite...
Absolument. si on devait me donner un camp, ce serait celui-là. Comme les écrivains que j'aime: Blondin, Renard, Aymé... La littérature, j'ai beaucoup de mal à l'imaginer à gauche. On peut difficilement parler de l'homme et de sa condition en étant préalablement de gauche. L'introspection est une chose tellement propre à un homme individualiste, seul, que j'ai du mal à imaginer les grands partageurs faire des confessions intimes.

Vous êtes un faux comique...
Non, je suis un comique dans la vie ! Je suis un anxieux. J'ai une nature assez angoissée.

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Nous allons parler de luxe...
Ah, vous avez frappé à la bonne porte... Montrez-moi votre montre? Elle est magnifique!

Des marques de prédilection?
Vuitton, Hermès... j'adore! Mais, en fait, j'ai des goûts de pauvre. Les acteurs sont des parvenus. A moins de venir d'une famille riche. Il y en a qui ont eu cette chance. Moi, je viens d'une famille modeste, voire très modeste. Je resterai éternellement un pauvre. Les riches conservent et les pauvres amassent. Une copine me dit toujours: "Tu te parfumes comme un pauvre!"

Pourquoi? Que portez-vous?
Déclaration de Cartier. J'adore. Je ne mets que ça. Mais c'est ma manière de me parfumer. J'en mets beaucoup. De peur qu'on ne sache pas que j'en ai mis. Le luxe, au fond, ça a quelque chose d'inné. Une élégance naturelle. Cela étant dit, beaucoup de dandys étaient complètement fauchés. Moi, il n'y a rien à faire, j'aurai toujours ce coté "bourrin" de province.

Pour ce qui est des vêtements?
Armani et Vuitton. J'adore lorsque Vuitton reste dans le classique. Dries Van Noten, je viens d'acheter un caban chez lui. Il y a, bien sûr, des âges où on ne peut plus porter certaines choses. Chez Dior, ils font des vêtements formidables. C'est très beau, mais ça fait trop fashion. Hermès, je trouve qu'il fait des costumes magnifiques. Armani, j'aime bien son côté "quotidien" qui ne fait pas employé de banque. Tu peux encore faire chic sans donner l'impression de sortir de Wall Street.

Les montres?
J'en ai eu beaucoup. J'ai une très belle Vacheron Constantin qui m'a été offerte par Fidélité, la maison de production de "Podium". J'avais la Monaco de Tag Heuer. Mais je les offre à chaque fois, aux gens qui les aiment plus que moi. Par exemple: la Monaco, je l'adorais, mais le producteur des "Deux Mondes" m'en parlait tout le temps. Alors, un soir, je la lui ai donnée. Il l'aimait plus que moi. Mais je vérifie. Je ne suis pas un imbécile non plus. Si tu m'en parles une fois, je ne vais pas te donner ma montre !

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Les chaussures?
Les Lacoste! L'année dernière, ils ont sorti une ligne de chaussures. Je les trouve magnifiques. C'est étonnant pour Lacoste. Sinon, les chaussures, je n'y prête pas trop attention. Là, j'ai décidé de me faire faire des costumes sur mesure. Avec des gilets. Je veux revenir au costume trois pièces. quand tu prends un petit bedon en vieillissant, ça permet d'occulter la longue descente vers l'inexorable, la décrépitude...

Ca vous fait peur?
La souffrance me fait peur. Et l'abandon. Ca doit être lié à l'enfance. Je suis insomniaque. Quand ma femme s'endort, ça m'angoisse. Je me retrouve seul, dans la nuit. Si je suis trop éloigné de l'endroit où je vis, c'est une catastrophe. Cette année a été terrible: j'ai tourné non-stop sans rentrer chez moi. J'étais complètement déraciné. Alors, je virevolte, comme les Parisiens...

Namur, c'est le centre de votre univers...
C'est l'endroit qui me rassure, c'est là où je suis né. Dès que je m'en éloigne, j'ai l'impression de perdre une part de moi-même. Je n'allais pas bien ces derniers temps, aussi, dès que je suis rentré chez moi, pendant deux mois, j'ai retrouvé l'équilibre.

C'est paradoxale. Ca n'a jamais aussi bien marché pour vous...
Ah, mais ça n'a rien à voir. J'ai fait une dépression. La dépression n'a rien à voir avec le succès, la réussite sociale. Tu vas dans le mur et tu ne le vois as. Pourtant, je m'étais bien préservé. Le cinéma est un milieu virtuel, tout y est possible, permis. Du point de vue du cinéma, Paris est un état dans l'état. Dès que tu sors, tu tombes sur des gens qui ne font que te parler cinéma. Ce n'est qu'une partie de ma vie. C'est épuisant à la fin. On finit par tourner en rond. Comme je dis toujours: "A Paris, il y a 11 millions d'habitants: 5 millions qui écrivent des scénarii, 5 millions qui les lisent."

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Et un million d'acteurs...
Ouais! Alors qu'à Namur, tu rencontres des plombiers, des gens de la terre, des agriculteurs... Des vrais problèmes. Ca me rassure. Moi, par exemple, lorsque je suis rentré à l'hopital pour dépression, j'ai demandé à être dans une clinique publique. Je n'avais pas envie de me retrouver avec des acteurs ou des fils d'imprésario. Les gens qui m'ont le plus aidé, ce sont les patients, parce que c'étaient des gens normaux. Des institutrices, un électricien, un professeur... Ca me remet les pieds sur terre.

Comment continuer à tourner des cet état-là?
C'est la seule chose qui me tienne en vie. Je peux être complètement au fond du trou, dès que je tourne, ça me sauve. C'est cinétique. Dès qu'on criait "action!", c'était fini. Tu ne pourrais jamais deviner que deux heures avant, je me tordais de douleur dans ma chambre. C'est absurde: c'est le cinéma, qui, aussi, me détruit!

En quoi?
Tu es entouré de spectres. Les gens flattenent ton égo perpétuellement. Ils sont peur de te parler. Tu finis par être isolé, sans jamais l'avoir cherché. C'est le principa, en France, de te mettre dans des hotels differents que ceux de l'équipe. En Belgique, ça n'existe pas. Même chose pour les tables. Moi, je n'en ai rien à faire. Il n'y a pas à avoir de places réservées pour les acteurs. C'est comme à Cannes: tu es dix fois plus ennuyé quand tu te déplaces en voiture officielle qu'à pieds...

Vous n'avez jamais compté arrêter?
Je vais arrêter un peu là. non pas parce que ça me fait souffrir. J'arrête parce que je ne veux pas qu'un jour, ça ne me fasse plus plaisir. Et que ça se voit. Je suis certain que ça se voit dans les yeux. Le plaisir, ça se communique. Le public ressent quand un acteur a trop joué. Il fait toujours tout bien, mais il n'est plus du tout dedans. Il est déjà ailleurs. Et je n'ai pas envie de tomber là-dedans. Que le cinéma devienne un braquage de banque, avec la voiture qui attend devant, ça ne m'interesse pas.

                                                               Propos recueillis par Jean-Pascal Grosso pour img486/2848/edgarhp1.jpg
                                                               Photos: Thomas Lavelle

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Mardi 13 novembre 2007




















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Lundi 12 novembre 2007

Rencontrer Benoît Poelvoorde a quelque chose de stressant. On s’attend fatalement à ce qu’il soit un peu comme dans ses films, flamboyant, remuant, amusant, toujours à la limite du dérapage. Mais les nouvelles du sosie de Claude François dans « Podium » n’étaient pas bonnes ces dernières semaines. Les pires ragots couraient sur lui à Paris. Et au Festival de Namur, l’acteur était apparu en petite forme. Largement de quoi craindre de se retrouver face à un homme ingérable qui aurait, au pire, pris la grosse tête, au mieux, pété un câble. En promotion pour « Les deux mondes », comédie sur la dépression, Benoît Poelvoorde s’est révélé attachant, terriblement humain, profondément normal avec ses doutes intelligents, ses faiblesses attendrissantes et ses révoltes salvatrices. Il règle en tout cas ses comptes avec une certaine presse qui lui veut du mal.

Dans « Cowboy » (qui sort juste après « Les deux mondes »), vous campez un journaliste raté à la recherche du reportage qui le réhabiliterait. Dans « Les deux mondes », vous jouez un père de famille dont on sent qu’il est en pleine crise identitaire.
Ce sont deux films sur la dépression. Celui de Benoît Mariage est clair, net et précis. « Cowboy » évoque l’estime de soi et, surtout, sa perte. L’homme est filmé de près, dans ses échecs. Et par ses échecs, il retrouve cette estime. Avec « Les deux mondes », on a voulu faire un film qui plairait à tous les publics. Les adultes peuvent voir aussi à travers ce divertissement l’histoire d’un homme qui est en dépression et qui retrouve foi en lui-même — mais c’est un hasard — à travers un statut auquel il ne s’attendait pas du tout. On se demande si cette histoire est vraie ou pas. De toute façon, regardez bien tout ce que je fais : en général, j’incarne des gens… dans l’échec.

Ou qui doutent…
Oui, vous avez raison.

1-copie-4.jpgVous ne faites pas trop séducteur qui affiche plein de belles certitudes et qui y va sans aucune crainte ni appréhension…
Je serais bien mal placé pour ça ! J’ai toujours aimé les gens qui doutent, parce que l’homme se caractérise par le doute. On a besoin de ça pour avancer. On a besoin d’échecs. En tout cas, moi… J’aime les gens qui se trompent, qui font fausse route, les rêveurs, les Don Quichotte ! J’aime les vrais fous qui disent : « Je suis en train de me griller, mais j’y vais. » Et on en voit de moins en moins dans notre société qui est de plus en plus conforme, lisse, polie… J’aime énormément les gens qui ouvrent leur gueule, même s’ils font erreur.

Tous les hommes ne doutent pas…
Ce sont souvent des crétins ! Dans le milieu du cinéma, il y a 99 % de gens qui ont peur et 1 % de gens arrogants et crétins. Or, le doute est permanent. On doute toujours des choix qu’on a faits.

Comment qualifier « Les deux mondes » ?
Pour moi, c’est un divertissement uni-populaire. On a fait des projections pour les enfants. Les mômes sont impressionnés. Ils s’amusent comme des fous, parce que c’est simple. C’est aussi l’histoire d’un type qui est en caleçon et grosses bottines, avec une couette autour de lui, et qui se bat contre 3000 mecs. C’est le rêve de tous les gosses. Qui n’a pas rêvé d’être un roi dans ce monde ? Vu avec les yeux d’un adulte, il en va tout autrement. Les parents de Rémy parlent à sa place, sa femme le quitte avant même qu’il ait pu dire une phrase. On l’humilie même en lui disant : « Tu peux rester quinze jours, mais si tu partais plus vite, ce ne serait pas plus mal. » On s’aperçoit aussi qu’il est victime de toutes les agressions du monde moderne.

Mais il ne fait rien non plus. Il y a parfois des moments où on a envie de le secouer !
Ce n’est pas vrai qu’il ne fait rien. Ce n’est pas un loser. Il est discret. C’est un restaurateur de tableaux. Il n’a d’autre but dans la vie que d’être heureux. On n’est pas obligé d’avoir mille ambitions pour être heureux. Ce n’est pas pour autant qu’il se laisse écraser. Et puis, tout à coup, on lui dit qu’il va être beaucoup mieux, qu’il va être le roi.

Au début, il ne veut pas de ce rôle de sauveur…
Evidemment ! Personne n’en voudrait ! Moi non plus. Parfois, on dit que je suis le représentant de la Belgique, ou son ambassadeur. Mais en aucun cas, vu la manière dont je me conduis, cela ne peut être vrai. Elle aurait honte de moi. Je suis tout au plus l’ambassadeur de moi-même. Vous imaginez être responsable de millions de gens ?

Vous avez beaucoup tourné ces derniers mois : deux films sortent coup sur coup et d’autres sont prévus en 2008. J’ai lu que vous vouliez faire un break…
Je vais préparer un spectacle. Je vais encore tourner deux films, mais au mois de mars. Entre-temps, je vais écrire pour régler mes comptes avec le cinéma.

Vous avez des comptes à régler avec le cinéma ?
Oui. Avec le milieu du cinéma. J’ai été souvent blessé et extrêmement déçu. Je suis revenu de beaucoup de choses. J’ai envie de parler de tout ça en rigolant. Là, j’ai été la victime de plusieurs journaux à sensation. On a raconté des mensonges, des trucs dégoûtants… Je peux répondre en faisant des procès, en demandant des publications, mais je trouve plus intelligent d’écrire sur du vrai papier que sur du papier-toilette !

Ça vous heurte, ces histoires…
Oui, surtout quand elles sont infondées. Ça me heurte pour moi et pour ma famille. On ne peut pas écrire que j’ai été viré d’un hôpital alors que c’est faux ! Que je me bourre la gueule à l’hôpital, que j’ai été chassé d’un film alors que ce n’est pas vrai !

Cela vous ennuie parce que vos proches s’inquiètent pour vous ?
Non, le pire, ce sont les gens qui montrent de la compassion, qui veulent vous aider. Il y a une sorte de pitié qui vous choque. Dans « Les jeunes filles », Montherlant dit qu’il faut en vouloir à ceux qui vous veulent trop de bien. Parce qu’ils vous font du mal sans le savoir ou le vouloir… Les sujets de conversation tournent, neuf fois sur dix, après dix minutes, sur vos ennuis. Ma vie ne se résume pas aux saloperies qu’on publie sur moi !

J’ai lu récemment une interview de vous où vous aviez l’air mal…
Je n’ai pas honte de dire que je ne suis pas bien. Ça fait partie de l’homme.

De ses doutes ?
De mes doutes, de ma dépression. J’ai une dépression nerveuse. Ce n’est un secret pour personne et je n’en ai pas honte. La dépression nerveuse est une maladie. Ça n’a rien à voir avec vos réussites professionnelles, financières, ou quoi que ce soit. C’est quelque chose qui vous tombe dessus. Voilà, je fais une dépression et c’est difficile à vivre pour moi. Je me soigne du mieux que je le peux.

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C’est la crise de la quarantaine ?
Non ! La crise de la quarantaine, c’est trop simple. Comme si on pouvait imaginer qu’à 40 ans — boum ! — on se sent mal. Non, ma dépression a démarré bien plus tôt, au moment de « Podium ». J’ai perdu mes deux grands-parents coup sur coup pendant ce tournage. Je ne parle pas énormément, en fait, et je cache beaucoup en moi. Je donne de nombreuses interviews, mais je ne parle pas de moi. J’ai beaucoup enfoui en moi parce que je n’avais pas envie d’embêter les gens avec mes problèmes. J’ai été dans une clinique publique que j’ai été obligé de quitter parce que la presse à scandale voulait faire une photo de moi endormi sur mon lit. Donc, j’ai été obligé de partir. Je n’ai même pas pu suivre mon traitement. J’aurais pu aller dans un établissement privé qui coûte 5000 euros la semaine, mais ça ne m’intéressait pas, je voulais être avec des gens normaux. Ceux qui m’ont le plus aidé dans ma dépression, ce ne sont pas les médecins, ni les médicaments, ce sont les autres patients.

Parce que vous discutiez avec eux ?
Oui, il y avait un mineur, un électricien, une institutrice… On était dans le fumoir et on parlait comme des hommes ordinaires. On ne m’a jamais embêté sur mon métier et je ne les ai jamais embêtés sur le leur. Je ne me suis pas fait plus petit que je ne le suis, je me suis mis au même niveau qu’eux. On est tous dans la même merde. C’est une saloperie, la dépression. Une vraie saloperie.

Vous commencez à cerner les racines de votre dépression ?
Non. Il faudrait que je suive une thérapie, mais quand ? Là, j’en ai pour trois mois de promo. Et après, j’enchaîne avec un tournage. Mais je la connais, ma thérapie : je vais écrire. Tout ça sera dans mon spectacle. Ce que je déteste, c’est qu’on parle à ma place ou qu’on interprète. Comme les paparazzis n’arrivaient pas à me photographier sur mon lit, ils ont photographié la porte de l’établissement, et puis, on raconte n’importe quoi pour que les gens lisent. Je n’ai jamais été viré de cet hôpital. Je l’ai quitté parce qu’on a voulu payer la famille de patients pour me photographier avec un téléphone portable. C’est honteux. C’est une presse de merde. Mais c’est la règle du jeu. C’est moi qui ai commencé. Je ne peux même pas leur en vouloir… C’est moi qui ai voulu devenir acteur, c’est normal que ça me tombe dessus.

Je vous ai rencontré une première fois en 1999 et vous aviez déjà un discours très pessimiste…
J’ai une nature très angoissée en raison d’un tas d’éléments, dont mon enfance. Je suis comme une balançoire, cela porte un nom en psychiatrie : je suis bipolaire. Je peux être très, très haut, très enthousiaste, et puis, tout à coup, très, très bas. Je suis maniacodépressif, sans aucun doute. Mais je le suis depuis toujours. On m’a mis dans des internats pour enfants turbulents, hyperkinétiques.

La perte de votre père expliquerait-elle cet état ?
Non, je ne le pense pas. J’ai toujours été un enfant turbulent. Mon père est mort quand j’avais 11 ans. Mais j’ai été placé dès 7 ou 8 ans. Je n’ai pas vraiment vécu une vie de famille, en dehors du fait que ma mère m’a aimé pour quatre. Elle m’a donné tout l’amour du monde, mais un enfant, ça se construit petit. Après, vous avez des doutes, et je crois que mon anxiété, mon angoisse, vient du fait que je ne me suis jamais senti une place autorisée. C’est la peur de l’abandon.

Que vous avez encore aujourd’hui ?
Bien sûr. Tout le monde l’a.

Que s’est-il passé avec « Cinéman » ?
Je ne peux pas en parler parce que je suis tenu à un devoir de réserve contractuel suite à la résiliation du contrat. Mais ce qui a été écrit dans « Voici » n’est pas vrai.

En 1999, je vous avais annoncé que vous alliez devenir une star et vous m’aviez répondu que cela ne risquait pas de vous arriver. Or, finalement, vous en êtes une !
Non, non et non, je réfute ce terme. Je ne serai jamais une star. Le cinéma en a eu besoin à une époque où on voulait rêver et où il n’y avait pas de communication. Les choses pouvaient être totalement inventées. Maintenant, avec nos outils de communication, les stars ne peuvent plus exister. De toute façon, elles ne servent plus à rien. Il y a d’autres modèles. Maintenant, tout un chacun passe à la télé, puis se demande ce qu’il va faire en étant devenu une star. Avant, on passait à la télé parce qu’on était une star. Aujourd’hui, les stars, on les consomme. Avant, on les exposait comme des sculptures Art déco. A notre époque, les stars, c’est du vieux papier qu’on torche chez les médecins et les dentistes.

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Sur Facebook, vous avez 1015 amis, soit plus que Sophie Marceau et Patrick Bruel !
Ah bon ? Ça ne fait pas du tout star ! (Rires.) Mais c’est quoi ça, « Facebook » ? Moi, je n’ai pas de site. Il y a un site officiel, mais il est fait par des fans à qui j’ai donné une autorisation. J’ai déjà dit à mes fans qu’ils devaient cesser d’acheter mes DVD. Je vais les leur donner. Je ne suis le dieu de personne. Le cinéma est un métier de crétins. Je suis un homme ordinaire qui rend les choses extraordinaires parce qu’on me donne des textes extraordinaires. Jouer « Les deux mondes », pour quelqu’un comme moi, qui n’aime pas voyager — le film a été tourné en Afrique du Sud —, qui suis casanier et pas courageux, c’est dément. Mais quand je rentre chez moi, je suis un peigne-cul qui va acheter son café.

Il faut beaucoup pour que vous quittiez Namur ?
Je ne vois pas très bien ce qui me ferait partir de Namur. J’aime ma ville, j’aime mon pays. Je ne peux pas vivre sans la Belgique. Je suis belge dans le fond de mon âme. Je peux aller faire des promos à Paris, mais je reviens toujours en Belgique. Je ne peux pas vivre en France. Non pas parce que les Français sont désagréables, mais parce que je suis né belge et que j’ai une mentalité de Belge. Chez nous, tout est convivial. Chez moi, je vois les arbres, le ciel. A Paris, je ne vois pas le ciel, et ça, je ne le supporte pas. Ou alors, il faut que je me paie un appart à 5 millions d’euros. Je me fiche de voir la tour Eiffel. Si c’est pour vivre en province en France, autant vivre en Belgique. Namur est beaucoup plus belle. Je n’ai jamais quitté ma ville, sauf pour faire mes études, et je ne la quitterai jamais, je le sais. J’en ai encore parlé cet après-midi, parce que j’ai acheté une nouvelle maison, mais je vais de nouveau déménager. Maintenant, je voudrais vivre dans un immeuble au bord de l’eau, mais avec d’autres gens, et toujours à Namur.

Etes-vous prêt à faire l’acteur jusqu’à plus de 80 ans ?
Non, je ne jouerai pas toute ma vie. Je vais faire du théâtre, parce que je veux régler mes comptes avec le cinéma qui m’a cassé les couilles. Je veux bien faire rigoler le public et lui parler de ma vie, de mon enfance, de ma jeunesse et de tous ceux que j’ai rencontrés. Si vous saviez le nombre de connards qu’on croise dans ce métier… C’est dit sans méchanceté. C’est juste un constat de Belge sur le cinéma français !

                                                                                             Interview : Muriel Monton pour img212/5612/49150488rt4.jpg
                                                                                             Photos: Danny Gys

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Dimanche 11 novembre 2007


promo du film "Les Deux Mondes" à Lille
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Samedi 10 novembre 2007

Olivier Monssens accueille à sa table les people d'ici et d'ailleurs pour un tête-à-tête gastronomique. Humoristes, journalistes, sportifs, politiques, acteurs... Ses invités, cuisinés aux petits oignons, sont désormais soumis à un nouveau questionnaire perfide baptisé «Le trou normand». Sans oublier «L'île flottante» qui conclut toujours chaudement le dîner.

                   img85/5013/benoitpoelvoordedansaldlu3.jpg

Benoit Poelvoorde est un habitué du Quick de Champion, en passant par le drive in, plus rapide. Hier, il était en salle, interviewé par Be tv. Cela fait deux ans qu'Olivier Monssens proposait un resto à Benoit Poelvoorde. Il a répondu "Ok, si c'est au Quick".

                        img220/5553/benoitpoelvoordeauquickla0.jpg

"Le public est bienveillant avec moi... Il suffit de voir le courrier que je reçois. Vraiment, je suis toujours étonné par le quota de sympathie. En plus, à Namur, les gens sont assez cool. Il n'y a pas le côté oppressant qu'ont peut avoir en France."
                                                                                                        Anne Sandront pour
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Emission diffusée le 1er décembre 2007 sur be tv

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  • benetom
  • : Carine
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  • : 27/10/1975
  • : Belgique Fleurus
  • : Que voulez-vous que je dise? Je mène une existence normale partagée entre le boulot, les amis, les parents et quelques loisirs (lecture, cinéma, concerts, sorties): http://www.myspace.com/carinternet

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