Mardi 27 novembre 2007

Il enchaîne tournage sur tournage. Dans "Les Deux Mondes", il campe Rémy, qui perd simultanément femme et travail. Et il sera bientôt dans "Astérix aux Jeux Olympiques". Le changement de registre lui va comme un gant, pourtant ce ludion tendre et insolent se dit fatigué... et la mélancolie affleure sous les facéties.

C’est Billy Bob qui vous accueille avec un enthousiasme d’autant plus sympathique que, l’instant précédent, il ne vous connaissait pas. Il jappe et bondit à l’entrée de la suite de grand hôtel dans laquelle Benoît donne ses interviews. "C’est un jack-russell…" Avec une tâche rose près de la truffe et un pelage blanc et sable. "Et pourquoi Billy Bob" – "À cause de la chanson de Benjamin Biolay : “Billy Bob a raison/Les gens c’est tous des cons.”
Dans "Les Deux Mondes", Rémy (Benoît donc), petit bonhomme effacé, perd en même temps son travail et sa femme. Pourtant, dans un monde parallèle, une tribu opprimée par un géant cannibale l’attend pour être son libérateur… Il est immuablement cordial, sa faconde demeure inépuisable, mais son humour fantasque est en veilleuse, il allume une cigarette de temps en temps, il y a quelque chose de changé en lui, on le devine désemparé, avec dans le regard une tristesse qu’il ne cherche même pas à dissimuler.

"Les Deux Mondes" de Daniel Cohen, "Cowboy" de Benoît Mariage, "Astérix aux Jeux olympiques" de Frédéric Forestier et Thomas Langmann et la suite des "Randonneurs" de Philippe Harel : jamais vous n’aviez autant tourné en enchaînant !
Et c’est trop, je m’en rends compte maintenant. Le cinéma est l’un des rares corps de métier où l’on se rassemble, où l’on se confine et, au final, où l’on se sclérose. On se coupe des gens normaux et on se déresponsabilise totalement. Or j’ai besoin de faire des pauses pour réfléchir, me poser des questions, alors que, sur un plateau, on vous demande surtout de ne pas en poser.
Pour Astérix.., je suis resté cinq mois à Alicante, en Espagne. Le tournage des Deux Mondes a duré trois mois, dont deux passés en Afrique du Sud, et je suis reparti deux mois pour Les Randonneurs à Saint-Tropez, au cours desquels je me suis cloîtré dans un hôtel. J’ai cru que j’allais y arriver, je me suis imaginé plus fort que je n’étais, et je suis allé droit dans le mur. J’ai totalement sous-estimé les dangers du métier.

C’est-à-dire ?
J’ai perdu tout contrôle sur la réalité. J’ai fait passer le cinéma avant ma vie, et ma vie en a souffert…

Avec pour conséquence ?
Avec pour première conséquence de perdre l’estime de moi-même. Même si je ne regrette pas les films. Je suis le seul responsable de tout ce qui m’arrive.


Tout de même, vous n’êtes pas obligé de dire oui à toutes les propositions, ce que d’ailleurs vous vous étiez bien gardé de faire par le passé…
Bien sûr, mais, par exemple, je ne pouvais pas refuser Astérix.., parce que j’ai dit cent fois que j’avais envie de faire un méchant dans un film pour enfants. Je ne pouvais pas dire non à Benoît Mariage, qui m’avait dirigé dans « Les convoyeurs attendent », qui est un ami et qui me donnait l’occasion de renouer avec le cinéma belge. Pour Les Deux Mondes, j’ai adoré l’univers poétique de Daniel Cohen. Et pour Les Randonneurs, il y avait le plaisir de retrouver l’équipe du premier opus, tourné il y a dix ans. Simplement, tout cela a abouti à une totale remise en question. Je me suis enfermé dans une profession excessive. Maintenant, il est vrai qu’il n’est pas foncièrement mauvais de perdre le bon chemin si l’on peut envisager de faire machine arrière…

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Votre personnage dans "Cow-Boy" dit à un moment : L’estime de soi commence par la reconnaissance de ses échecs.
Parce que, en fait, rien n’est impardonnable. La société vous éduque en vous avertissant que les choix que vous faites vous engagent définitivement sur un chemin sans la possibilité de revenir en arrière. Je pense que c’est faux. Pour le moment, je ne m’aime pas, mais pour retrouver la bonne direction, il faut d’abord se pardonner soi-même.

Ce qui est difficilement compréhensible, c’est que le succès ne vient pas de vous tomber sur la tête. Voilà des années que vous êtes tête d’affiche, vous avez eu le temps de vous blinder contre les griseries, de relativiser…
En ce qui me concerne, c’est le contraire qui s’est produit. Au fil du temps, je me suis trouvé bien plus fort, bien plus malin que le système, et je me suis retrouvé dans une bulle avec des gens qui n’étaient que des flatteurs, des courtisans, des nuisibles. Je n’ai pas su les démasquer à temps. Je pensais bien me connaître et je me trompais.

Dans ces circonstances, dans quel état d’esprit êtes-vous au moment d’entamer une promotion au long cours ?
Cela n’entame pas mon envie de faire de la promotion, parce que quand j’aime un film, ça vire facilement assez au prosélytisme.


La dernière fois que nous nous sommes vus, vous m’avez dit que vous aviez l’intention d’arrêter de fumer. C’était, semble-t-il, un vœu pieux…
J’ai voulu arrêter de fumer, mais je suis addict. Cela dit, j’ai arrêté de picoler.

Pourquoi ?
Parce que c’était indispensable ! Il faudrait aussi que je me taise. Je ne peux pas m’empêcher de parler, c’est comme si j’avais trop de mots en moi. Je ne supporte pas le moindre silence. C’est comme si j’étais responsable de l’ambiance. Je ne parle pas pour me faire remarquer, mais parce que j’ai peur du silence des autres, qu’ils s’ennuient. Si quelqu’un parle plus que moi, je me tais, je suis rassuré. De la même façon, je me sens coupable si l’on n’aime pas un film, alors que, quand même, je ne suis pas le seul à être impliqué.

                                                     Poelvoorde2

D’où vient ce sentiment de culpabilité ?
De mon éducation chez les jésuites, probablement. J’ai perdu mon père très jeune, et ma mère m’a mis en pension à huit ans. En même temps, ce sentiment de culpabilité ne déborde pas de ma sphère de vie, et je ne me sens pas coupable des tragédies qui se produisent dans le monde, pour la bonne raison que je ne me tiens pas informé. Je n’achète ni journaux ni magazines.

Même lorsqu’un article vous est consacré ?
De ma vie, je n’ai pas lu un seul papier sur moi. Et le comble de la bêtise pour un comédien, c’est de demander à un journaliste de relire un papier avant sa publication. On répond aux questions, on dit ce qu’on a à dire et, si on a dit des bêtises, c’est tant pis, d’autant que tout le monde, à peine lues, les aura oubliées.

Il y a tout de même des choses qui vous apaisent ?
La musique et la littérature. Les livres m’apprennent beaucoup de choses sur moi et apaisent l’ébullition de mon misérable cerveau.

Et le cinéma ?
Je n’y vais plus. En Belgique, pendant les films, les gens se goinfrent de trucs nappés de fromage qui pue. C’est insupportable ! Donc je reste chez moi, j’ai une salle de projection, je regarde des DVD.

Qu’allez-vous faire maintenant ?
J’ai plusieurs mois de promo devant moi, trois ou quatre probablement, au cours desquels je vais tellement parler de moi que je vais me gaver de moi-même. Ce qui est peut-être la meilleure façon de se laver la tête. Ensuite, je m’arrête.

                                                  Propos recueillis par Christian González pour
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                                                 Photos: Jean-François Robert
 

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Samedi 24 novembre 2007

C'est l'histoire d'un mec devenu star. Seulement voilà: lui, il voulait juste être un homme. Simplement. Gentiment. 

Il n'est décidément pas comme les autres, Benoît. Avec la sortie des "Deux Mondes" débute cette semaine une véritable saison Poelvoorde sur les écrans. "Cowboy", le film de son ami Benoît Mariage, suivra début décembre, peu de temps avant le second volet des "Randonneurs". Et "Astérix et les Jeux Olympiques" est prévu pour février. Quatre films à la queue leu leu! Et, comme toujours depuis qu'il est arrivé comme un scud dans le cinéma avec C'est arrivé près de chez vous, il y a déjà quinze ans, tous ces films reposent sur la faconde irrésistible de Ben. Voilà, on pourrait s'en tenir là. Le Namurois est devenu un des acteurs les mieux payés de France. On se l'arrache au cinéma, en télé, dans la presse et dans les soirées pince-fesses. Réussite. Argent. Courbettes. Que vouloir de plus? Poelvoorde est heureux? 

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Ce serait mal connaître l'ami Ben. Ou plutôt l'homme Poelvoorde. Petit à petit, il s'est senti arraché. Irrésistiblement éloigné de ce qu'il aime. Trop loin de Namur et de son rythme nonchalant, de la Belgique et de son ciel bas. Trop loin de sa mère qui est "la femme de ma vie". Trop loin des vrais amis et du "type qui te paie un verre dans un bistrot pourrave". Trop loin de cette gentillesse qu'il affectionne. Trop loin de ce qu'il est, au fond. Et donc tout a foiré. Tout s'est mélangé. Pas dans sa vie professionnelle. Mais dans sa vie intime. "Je suis allé dans le mur. Je roulais sans phares. Je croyais connaître le chemin. Je ne le connaissais pas." Et Benoît est devenu "un homme qui tombe", comme il dit. Tout était devenu trop lourd. Ce statut d'amuseur public. Cet agenda de fou. Ces éloignements interminables. Ces pince-fesses. Ces courbettes. Ces excès. Cette séparation d'avec la femme qui était son phare, depuis quinze ans. Et puis cette impression de ne plus être ce qu'il voulait être.

Après une période noire, très noire, Benoît tente lentement de se relever et de redevenir ce qu'il est. A la fois marrant et soucieux, révolté et doux, remuant et attachant. Faible, en somme. Comme un homme.

Benoît, la dernière fois que nous nous sommes vus, on s'était promis d'aller faire de la pêche...
Et on ne l'a jamais fait, hélas! Mais je continue d'en rêver. Je ne sais pas pêcher, mais on s'en fout. C'est l'idée d'attendre, assis en buvant des bières, à ne rien foutre! Cette sérénité qu'a le pêcheur devant l'ennui, je trouve ça merveilleux! Avec sa petite canne et sa petite bière dans sa petite musette, il est heureux. On entend juste "pschitt" quand il ouvre sa cannette... C'est mon fantasme. Mais mon emploi du temps imbécile m'en empêche. Pourtant, la paresse est un sujet qui me touche: ça fait trois ans que je travaille sur un scénario de film qui s'appelle Les Inutiles, où je veux faire l'apologie du non-travail. L'inverse de Sarkozy. Je pourrais dire: j'arrête tout, voilà! Mais il n'y a rien à faire. Je suis un angoissé perpétuel, j'ai peur de me dire: et si je m'étais trompé? Tu changes tout, et puis tu te trompes: t'as l'air d'une bite! 

Rêver d'aller pêcher et ne jamais l'avoir fait, ça résume ce qui t'est arrivé ces dernières années?
J'ai présumé de mes forces, oui. J'adore tourner. Si le cinéma se résumait à "moteur, action et coupez", ce serait le pied. Mais c'est tout ce qui est autour qui te bouffe. Je me suis tapé quatre films de suite en deux ans (Cowboy, Astérix et les Jeux olympiques, Les Deux Mondes et Les Randonneurs 2). Tout le monde me disait: t'es fou, t'y arriveras pas. Et moi, bêtement: mais si, puisque j'ai l'enthousiasme et le plaisir! J'ai largement présumé de mes forces. Et ça a été un chemin de croix. Je suis allé droit dans le mur.

C'est-à-dire?
Je suis malade. Une dépression nerveuse. Ça arrive à tout le monde. Beaucoup de gens ne sont pas conscients qu'ils sont déjà en dépression. Ça vient de loin. Pour moi, ça remonte à trois ans, à l'époque de "Podium". Et puis tout à coup, ça tombe: la dépression se révèle, et voilà. Je me suis fermé complètement. J'ai commencé à vivre tout seul, m'enfermer, parfois même à picoler seul. Je n'arrivais plus à voir les gens. Parce que je me méprisais moi-même. Et quand tu te méprises, tu vas dans la destruction, dans les excès en tout genres Les choses n'ont plus d'importance. Alors que les gens ne cessent d'aller vers toi pour t'aider, tu finis par avoir une sorte de misanthropie. J'habite dans une maison qui me permet de ne jamais voir le jour, si je veux. Je n'ouvrais même pas les volets et je vivais comme un troglodyte. Je pleurais beaucoup. Mais les larmes, c'est bon. Il ne faut pas avoir peur du chagrin. Le Belge a un chagrin en lui qui est magnifique, qui est gracieux. Je trouve ça assez beau d'être habillé de chagrin.

Ça va, maintenant?
Ouais, ouais, je me soigne. Je suis suivi, je prends des médicaments et je bois trois litres d'eau par jour pour me purger. Le problème, c'est que je suis dans une période où je ne peux pas m'arrêter. "Les Deux Mondes" sort cette semaine, il y a "Cowboy", puis "Astérix". Trois mois de promo! Mais ça va. J'ai fait le bilan de ce qui a foiré. C'est vraiment le thème du film "Cowboy", de Benoît Mariage: c'est dans la reconnaissance de ses échecs qu'on retrouve l'estime de soi. C'est un travail que j'ai fait. Qui n'est pas fini. Mais quand même: j'ai fait un chemin, je sais les erreurs que j'ai faites.

Quelles erreurs?
Ne pas me préserver des instants pour aller pêcher, par exemple. (Rire.) Et puis, je ne peux pas vivre plus deux mois loin de la Belgique. Pour Les Deux Mondes, on a tourné en Afrique du Sud. Pour Astérix, je suis resté cinq mois près d'Alicante! Le soir, je regardais la RTBF par satellite rien que pour voir des murs belges, avec des briques! C'est quand même incroyable: j'étais heureux de voir Télétourisme! (Rire.) Ces cinq mois, ça m'a pété la tête. Heureusement, j'avais Bouli Lanners avec moi, mais tout le temps... Ils ne m'ont laissé rentrer qu'une fois à Namur. Eh bien, j'ai filmé la pluie belge avec mon portable! Comme ça, si ça n'allait pas, à Alicante, je me la regardais un peu... J'ai tellement besoin du ciel bas. J'aime bien avoir cette impression qu'il y a un grand papier calque dans le ciel au-dessus de la Belgique. Et aussi de cet esprit qu'on a. Tu sais, notre espèce de tristesse amusée. Ce chagrin joyeux. J'en ai viscéralement besoin.

Au début du tournage d’Astérix, tu disais dans une interview avec Alain Delon (qui y joue César) que ut ne te laisserais jamais engloutir par le cinéma.
Et je me suis laissé engloutir. Je voulais que le cinéma fasse partie de ma vie et pas que ma vie soit le cinéma. Mais quand tu ne fais que passer de plateau en plateau, ta vie devient le cinéma. Tu perds le contrôle. On t’infantilise, au cinéma ! T’as faim ? On te donne à manger. T’as soif ? Tiens, bois. On te véhicule, tu n’achètes plus rien toi-même, tu n’as plus d’argent sur toi. Tu finis par ne plus avoir conscience du réel et des gens. Le cinéma te maintient dans une bulle. C’est pour ça que des comédiens deviennent complètement fous. Sur Astérix, c’était du tout à l’égo. Des acteurs qui changent six fois d’hôtel, qui refusent de jouer, des bagarres merdiques… 

L’atmosphère de ces mégatournages est épouvantable ?
Mais ça, Gérard Depardieu m’avait prévenu : tu vas en chier ta race. C’est tellement énorme ! Je ne sais pas combien il y avait d’assistants. Tu posais une question et il fallait treize personnes avant d’avoir une réponse. Sur Astérix, le décor était à Perpète-les-Ouilles, à trois kilomètres des loges, on se d »plaçait en voiturettes ! Je ne ferai plus ça. Je ne juge pas. Je suis d’ailleurs content de l’avoir fait parce que c’était un rêve de jouer un mauvais (Brutus), un méchant dans un film pour enfants qui sera très bien. Mais ça ne me convient pas.
 

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Tu es quelqu'un qui aime improviser? Or, pour pouvoir imrpoviser sa vie, paradoxalement, il faut pouvoir la contrôler...
C'est exactement ça. C'est comme quand on joue: tu peux improviser mais il faut qu'il y ait un texte derrière. Dans "C'est arrivé près de chez Vous", c'est parce qu'il y avait un texte béton qu'on a pu faire beaucoup d'improvisation. S'il n'y a pas la base, les racines, ça foire. Tu ne peux pas arriver avec ta bite et ton couteau sans travail de fond. C'est pareil pour la vie. Si je ne la connais plus, si je ne la contrôle plus, je ne sais plus l'improviser.

Dans "Cow Boy", tu joues Daniel Piron, un journaliste qui fait le constat d'échec d'une vie. Tu as fait le constat: ce que tu étais devenu ne correspondait pas à ce que tu voulais être?
Au moment où je le tournais, il y a deux ans,
je ne me rendais pas compte que ce rôle aurait une telle incidence sur moi. Mais quand je l'ai vu fini, c'était comme un miroir. J'ai pleuré à chaudes larmes en le voyant. A la projection, les gens voyaient que je tremblais. Et le monteur m'a même dit: ça va pas? C'était à la fois parce que je trouvais le film merveilleux et parce que j'avais l'impression d'avoir devant moi un homme qui tombe. Comme moi. Après, grâce à l'acceptation de ses échecs, Piron se remet à avoir de l'estime de soi. Moi, je ne suis pas encore dans cette phase. Mais c'est le plus beau rôle de ma vie. Et je ne pense pas que je ferai mieux.

Certaines personnes pourraient mal comprendre ton mal-être. Tu es ultra-privilégié...
Oui, c'est indécent de se plaindre quand on fait ce métier! Le type qui se lève à 5 heures du matin pour aller travailler à un péage autoroutier, lui il a le droit de se plaindre. Mais je ne me balade pas avec un t-shirt où il est inscrit: "je suis malheureux". On me pose des questions et je parle vrai. Je pourrais mentir et ce serait tout aussi indécent. Les gens ne sont pas dupes. Ce que je vis montre que la réussite professionnelle, l'argent, la notoriété, tout ça ne t'amène pas nécessairement à l'équilibre. Et que ce soit moi ou le type qui trime, on peut vivre la même chose.

Devoir constamment "faire du Poelvoorde", être en représentation faisait partie de ce manque d'estime de toi?
Etre uniquement le pitre de service, oui. Me dire: je ne suis pas là que pour faire l'imbécile est aussi une manière de retrouver l'estime de moi. Un moment, j'avais le sentiment d'être une bête de cirque. Pour la promo des films, je dois faire de télés. Ce qui est normal. Mais parfois on me propose des émissions qui sont une insulte à mon intelligence! Et on me répond: oui, mais à la télévision, tu dois mettre ton cerveau au vestiaire. Ca fait 4 millions de spectateurs qui sont dans notre cible... A la télé, il y a de la vulgarité que je ne supporte pas. Si j'étais dans la vie réelle, parfois, je leur dirais: vous vous comportez comme des porcs.

Et tu ne peux pas le faire?
Non. Enfin, je l'ai fait chez Ardisson. La première question qu'il me pose c'est: vous êtes très copain avec Clotilde Coureau, est-ce que vous avez vu ses petites culottes? La, je lui dis: excusez-moi, mais quand vous invitez quelqu'un à dîner, votre première question est de lui demander s'il a vu la culotte d'une copine? C'est de la grossièreté. Ca a été coupé au montage. Un autre jour en télé, un imbécile me demande si je n'ai pas joué dans "Les Deux Mondes" parce que j'ai perdu mon père à l'âge de 11 ans. quel rapport? Quoi, vous voulez que je chiale en parlant de mon père? C'est vulgaire! Donc, ou bien tu ne fais plus ces émissions, mais alors c'est mépriser le public, et l'équipe du film a l'impression que tu ne défends pas son job. Ou tu mets ton cerveau au vestiaire et tu acceptes les familiarités vulgaires et tu fais trois vannes pourries pour te mettre à niveau. Qu'est-ce que j'en ai à foutre de savoir si un tel ou telle pète au lit? A force, t'en as plein le cul, tu te sens sali par ça.

Comme par le fait de te voir dans Voici?
Comme je dis toujours: c'est moi qui ai commencé! C'est moi qui ai voulu devenir acteur. Donc je ne peux même pas en vouloir à ce torchon de me bombarder la gueule. Et encore, j'ai du bol que Cécilia quitte Nicolas! (rire) Mais un moment, ça devient de l'acharnement. J'étais en traitement pour ma dépression à Mont-Godinne, à Namur. J'ai dû quitter l'hôpital parce que des types de Voici tentaient de payer des visiteurs pour me photographier dans mon lit avec leur portable. Du coup, dans Voici, ils ont raconté que j'avais été viré de l'hôpital parce que je picolais et que je foutais le bordel... Ca fait très mal, ça! Pas tellement à moi, parce que je connais la vérité. Mais à ma mère, par exemple. et ce qui fait le plus mal, là dedans, c'est quand un ami à toi contribue à véhiculer des horreurs sur toi dans ce papier chiottes.

Tu parles de Yann Moix, qui écrit une chronique dans Voici, qui était le réalisateur du film Podium et avec qui tu devais tourner un nouveau film, "Ciné-Man", que tu as décidé de ne pas faire?
Il m'a littéralement trahi, en balançant dans Voici n'importe quoi sur ma gueule. J'aurais été viré du tournage de "Ciné-Man", ce qui est complètement faux. Je ne peux pas parler des raisons pour lesquelles je ne fais le film parce que, juridiquement, je suis tenu par la confidentialité. Si je pouvais donner les vraies raisons, je le ferais avec plaisir. Mais je ne le fais pas. Lui ne respecte pas ce contrat, et en plus il ment. Que ça vienne d'un ami à qui j'ai consacré deux ans de ma vie, c'est terrible, ça! Ca te met par terre. Je devais faire son film pour lui alors que j'étais déjà sur les rotules. Et tout à coup il te chie dessus. C'est une merde. Dégoûtant.

C'est tout ce que tu ne voulais pas, ça? Tu avais un côté ovni, dans le showbiz. Rien ne semblait t'atteindre, tu slalomais, tu survolais ce monde avec une apparente désinvolture... Tu te croyais intouchable?
Pas intouchable mais épargné, jusque là. Mais tu ne peux pas éviter une trahison. Ce n'est jamais le public qui te massacre. Lui, il assiste à ces saloperies. Ceux qui te massacrent, ce sont ces intermédiaires du milieu. Je croyais pouvoir leur tenir tête. Je n'ai pas réussi. C'est pour ça que je vais écrire un spectacle. Je veux répondre à ce milieu et à l'entourage du cinéma qui me cassent les couilles. Pour parler de moi, de ma jeunesse. Comme ça, ça évitera qu'on écrive n'importe quoi sur mon passé. Et je voudrais montrer dans ce spectacle à quel point j'ai pû rencontrer des absolus crétins, dans ce métier. Je vais régler mes comptes. Mais pas méchamment. Je suis un gentil, moi. Ce sera un spectacle drôle, un one-man-show.

Je ne veux pas devenir comme Depardieu, as-tu dit...
Il ne faut pas mal interprèter cette phrase. Je suis très ami avec Gérard. Il a une force de vie effrayante. Mais il y a aussi des moments où il a une telle détresse et une telle solitude! Sa tristesse et sa solitude se voient comme un vêtement, parfois. J'avais envie de de lui dire: mais arrête alors, fais quelque chose qui te rende heureux. Mais il a besoin de tourner. Il vit une contradiction perpétuelle. Je ne veux pas ressentir cette détresse et cette solitude. Mais ce n'est pas une critique sur l'homme! Je l'adore. On va d'ailleurs faire un film ensemble au printemps: "Signé Dumas", où je serai le nègre, un petit binoclard qui tenait un peu la bête. Parce que Dumas, c'est vraiment Depardieu. Un ogre!

Tu as 43 ans et pile vingt ans de cinéma puisque ton tout premier rôle, dans Pas de C4 pour Daniel Daniel, c'était en 1987. Un anniversaire qui représente quelque chose?
Je suis comme mon ami Jeff Bodart: je hais les anniversaires. Pas parce que j'ai peur de l'âge. Mais on a des âges en fonction de ce qu'on vit. Je ne fais plus la fête parce que mon traitement me l'interdit. Mais quand je partais avec Jeff, j'avais 12 ans! Parfois, comme maintenant, j'ai 60 ans. C'est mon état d'esprit. J'ai coutume de dire que je suis le plus jeune sexagénaire d'Europe...

Tu te balades partout avec un jack russell. C'est ton côté Belmondo?
Oui, mais alors il faudrait que je le porte constamment sur mon bras. Billy aurait horreur de ça. Je te présente Billy Bob! Mon ami! J'avais besoin d'un camarade. Et franchement, il m'apporte une sérénité. Il a un enthousiasme permanent. Je l'ai appelé Billy Bob à cause d'une phrase dans une chanson de Benjamin Biolay: "Billy Bob a raison, les gens sont tous des cons". Un chien doit penser comme ça.

Tu as besoin de quoi, maintenant?
De calme. Je suis gêné pas mon propre bruit! Ce calme, je le retrouve dans ma maison en bord de Meuse, avec Billy. J'ai un séquoia qui a 110 ans! Il est fantastique. J'ai aussi besoin de gentillesse, qui n'est pas une vertu des faibles. Il faut arrêter de penser qu'être gentil c'est être con. J'ai besoin de Belgique! J'ai besoin de beauté. Mon film, "Les Inutiles", montrera que la Belgique est merveilleuse. On tournera dans les Fagnes, en Gaume. J'en ai marre de la Belgique larmoyante, genre "Rosetta".

Ce sera un film drôle, donc?
Oui! J'ai envie de montrer que les belges sont des gens heureux. J'y tiendrai juste un tout petit rôle. J'ai trouvé l'acteur principal. Mais là, c'est vraiment de l'ordre personnel: c'est moi, en tant qu'auteur et réalisateur, qui vais m'exprimer. Allier la beauté de la Belgique à sa paresse. Moi je suis ravi de payer des impôts pour les gens qui on trouvé le moyen de ne rien foutre. Ce n'est pas de la démagogie: j'admire ces gens qui vivent certes modestement, en chômant parfois, mais qui ont le temps de pouvoir pratiquer l'art de la contemplation. Ce sera ça, mon film: une ode à ceux qui peuvent contempler la Belgique. Je veux aussi montrer le saucisson gaumais! Un délice! Bref, ce sera ma Belgique perso. D'ailleurs la Belgique, c'est perso. Je refuse que les réalisateurs et acteurs français viennent chez moi. Je ne mélange jamais le cinéma et le "chez moi". Il n'y a qu'un acteur qui est venu, mais c'est l'ami qui est vneu: José Garcia. Sinon, le monde du cinéma n'entre pas dans ma maison. Dis, j'espère que je ne ferai pas pleurer tes lecteurs...

                                                                              Interview réalisée par Vincent Peiffer pour

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Jeudi 22 novembre 2007

Depuis un an et demi, l'acteur belge traverse une grave dépression, alors qu'il accumule les succès. A l'affiche de « Cowboy » le 5 décembre, on le verra dès mercredi dans « les Deux Mondes ». Au Festival d'Auxerre, il s'est confié à notre journal.

On a senti beaucoup d'affection et d'admiration de la part du p1-copie-3.jpgublic à l'issue de la projection vendredi de « Cowboy », le film de votre ami belge, Benoît Mariage. Ces témoignages chaleureux vous sont-ils d'un quelconque secours en ce moment ? 
Le public m'a sauvé la vie un nombre incalculable de fois. Je suis d'une nature angoissée, et depuis qu'on sait que je suis en dépression nerveuse, ces témoignages sont encore plus forts. Je reçois un courrier hallucinant. Les gens cherchent à m'aider, ils m'invitent à venir me ressourcer chez eux. Il y a quelque temps, j'ai dû être hospitalisé pour subir un traitement assez sévère. En voyant tous les médicaments que j'avais à prendre, la pharmacienne m'a regardé dans les yeux et m'a dit : « Vous savez, on vous aime beaucoup. » Ça va paraître démagogique, mais j'ai l'impression qu'il y a un bon dieu pour mettre des gens sur ma route qui me donnent de l'amour quand j'en ai vraiment le plus besoin.

Evoquer votre dépression publiquement a-t-il été une épreuve ?
Après l'émission télévisée où j'ai dû dire à voix haute que j'étais dépressif (NDLR : « T'empêches tout le monde de dormir » de Marc-Olivier Fogiel, le 13 novembre), je me suis senti très malheureux car je déteste la sensiblerie, le côté voyeurisme de la douleur. Et en même temps, je ne pouvais pas m'empêcher d'en parler car ça fait partie de moi. Le lendemain, j'ai croisé dans la rue quelqu'un qui affronte cette maladie et qui m'a dit merci. Je ne veux pas être en quoi que ce soit un porte-parole, mais c'est une manière de montrer que la dépression, ça vous tombe dessus comme un couperet, quelle que soit votre réussite financière et professionnelle. Tu touches les gens en disant que tu es fragile et que cette fragilité elle est dans ton corps, dans ton enfance, dans les choses que tu traverses. Et tout à coup, il est temps de s'arrêter pour faire un point.

Un homme qui perd pied, c'est un peu l'histoire du personnage (Daniel) que vous interprétez dans « Cowboy » ?
Oui, Daniel est un homme qui s'effondre et qui, à la fin, en chantant dans une chorale, va se réconcilier pour la première fois avec les êtres humains. Chaque fois que je vois le film, j'ai le coeur déchiré et je me dis que j'y suis pas encore arrivé, moi, au stade de la chorale. Car avec la dépression, plus on s'enferme, plus on a l'impression qu'on trouvera la solution dans la solitude et dans notre propre douleur.

Est-ce que le fait d'avoir beaucoup tourné a pu affecter votre santé ?
Oui, j'ai fait trop de films. Or, le cinéma vous déresponsabilise, il fait de vous une sorte d'enfant gâté, et vous en paierez toujours les conséquences. A un moment, vous ne vous rendez plus compte du prix du pain, vous ne vous rendez plus compte que d'autres gens souffrent. On vous fait croire que vous êtes sur un trône et vous imaginez que toute la vie peut être comme ça. Eh bien non ! Il faut vivre avec des gens normaux pour être normal.

Vous avez sérieusement pensé à arrêter ?
J'ai pensé à me calmer, et je vais le faire. Je pourrais comme Depardieu continuer à tourner, mais c'est le retour à la réalité qui est difficile. Le cinéma ne peut pas être toute ma vie.

Qu'est-ce que vous allez faire ?
Par respect pour les gens qui m'ont fait travailler, parce que c'est mon métier, je vais assurer la promotion des films que j'ai tournés, malgré la maladie. Mais ensuite, je compte partir seul. Je voyagerai dans ma voiture où j'ai installé une couette pour dormir. J'irai voir des choses belles, m'émerveiller et me ressourcer en rencontrant des gens qui ne me connaissent pas. J'ai aussi envie d'écrire un film sur la paresse, un projet que j'ai depuis longtemps. Quand je regarde mon petit chien Billy Bob qui se met à l'endroit où le soleil tape pour dormir, quand je le vois enthousiaste à son réveil, je suis fasciné. Je sais que ça fait un peu Belmondo et ses deux coquettes ou Drucker et Olga, mais ce petit chien, que j'ai pris il y a dix mois, c'est comme un compagnon dans ma dépression. Il me ramène à une simplicité que j'avais perdue. Il m'apporte énormément de bonheur.

                                                                                          Florence Narozni pour
Le Parisien.fr

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Mardi 20 novembre 2007

A l'affiche de deux films, « Cowboy » de Benoît Mariage et « Les deux mondes » de Daniel Cohen, c'est un Benoît Poelvoorde en plein marathon promo qui est venu commenter l'actualité du jour à la rédaction "Le Soir".

Branle-bas de combat à la rédaction du Soir ce lundi 19 novembre 2007, sur le coup de 10 h 30. En promotion pour la comédie fantastique de Daniel Cohen "Les Deux mondes", qui sort ce mercredi, et de "Cow-boy", de Benoît Mariage (dans les salles le 5 décembre prochain), le comédien Benoît Poelvoorde a passé deux heures au 100, rue Royale. L'enjeu ? Participer à notre réunion de rédaction et commenter l'actualité du jour.

Malgré une mine chiffonnée par l'intense service après-vente de ses deux prochains films, et en attendant "Astérix aux jeux olympiques" (sortie le 30 janvier 2008), Benoît Poelvoorde a rempli son cahier des charges. Bien sûr, le Namurois le plus célèbre de l'Hexagone est aussi vif que l'éclair dès qu'il s'agit d'envoyer une artillerie de vannes bien senties mais lorsque l'acteur s'efface au profit de l'homme, on découvre quelqu'un de sensible pour qui la séparation de la Belgique est inenvisageable. "Tout ce que je vois de la Belgique, ce sont des drapeaux aux murs", attaque d'entrée de jeu celui qui s'est fait connaître avec la bombe décapante "C'est arrivé près de chez vous" (1992).

Avant de décocher sa première flèche et de déclencher une première salve de rires : "Je ne me sens pas très concerné parce que je n'ai pas un Flamand à moins de 150 kilomètres à la ronde." Ces deux premières interventions résument parfaitement l'état d'esprit de Benoît Poelvoorde. Entre sérieux et détachement rigolo, son cœur balance. Mais très vite, ce Belge et fier de l'être revendique sa belgitude.

                      Poelvoorde

"
Qu'est-ce qui nous caractérise, nous les Belges ? On a une sorte de chagrin, de tristesse, de mélancolie joyeuse qui fait qu'on laisse venir les choses. Je trouve que la Belgique est un pays merveilleux, je voudrais rendre la Belgique radieuse. Quand on voit des films sociaux on a presque l'impression que le Belge est à deux doigts de se suicider, et dès qu'on voit une brique rouge, on crie au film social. J'ai envie de montrer un pays où, c'est vrai, il pleut beaucoup, mais je veux montrer aussi que la pluie, c'est très beau quand c'est bien filmé. On peut être très heureux en Belgique, je vous assure. Quand les gens parlent de notre pays, ils ont l'impression que c'est un enfer, qu'on dort dans un torchon. Alors que la Belgique est un super-beau pays et les gens valent la peine d'être vus et filmés."

Sur l'actualité politique du moment, l'acteur belge avoue sa méconnaissance des événements qui se succèdent. "Moi, personnellement, je n'y comprends rien du tout. Il y a tellement d'abréviations que tu ne sais même plus de qui on parle. Par contre, l'Orange bleue, c'est sympa, c'est marrant comme expression."

Si l'intéressé concède n'acheter aucun journal, ne pas regarder la télé "J'écoute un peu la radio, la Première, en général" il s'avère beaucoup plus informé qu'il ne le prétend. Et de porter une charge sur les médias qui faussent, dit-il, le débat : "Quand on filme deux crétins qui déchirent un drapeau belge, c'est deux crétins, quoi. Ce n'est pas tous les Flamands. Tous les Flamands ne déchirent pas un drapeau belge. Le problème, c'est que si on met en couverture deux crétins qui brûlent le drapeau, tous les Wallons sont là et vont se dire : “J'ai l'impression qu'on ne nous apprécie pas en Flandre.” Mais qu'est-ce qu'elle relaie, la presse ? Le propos de Leterme qui dit que les Wallons ont un déficit intellectuel pour ne pas apprendre le Flamand ? Ben, forcément, si vous relayez ça... Ce sont des phrases étudiées, réfléchies. C'est de la communication. Lui, il tape, il tape, il tape et comme ça, nous, on finira bien par se fâcher et dire : “Qu'est-ce qu'ils attendent ? Qu'on aille au clash ? Mais nous n'irons pas au clash. Parce que les vacances arrivent…"

Evoquant la manifestation citoyenne de ce dimanche, Benoît Poelvoorde regrette de ne pas y être allé. "Oui j'y serais allé. Parce que c'est important de se battre pour dire que notre pays existe aussi sur cette espèce de fragilité des deux communautés qui doivent se respecter. Et bien que je ne manifeste jamais, j'y serai allé. Et si j'avais un drapeau belge, je l'accrocherais à ma fenêtre. Je suis solidaire de ce pays. Je vous assure que je n'y connais pas grand-chose mais il y aura des retombées si on se sépare."

                     Poelvoorde

Même si Benoît n'a pas vu le faux JT annonçant la scission de la Belgique le 13 décembre dernier, l'artiste le condamne vigoureusement. "C'est irresponsable, martèle-t-il.
Une plaisanterie pareille au journal télévisé, ma mère, elle voit ça, elle y croit mordicus. Il y a des gens qui ont arrêté de regarder l'émission et qui étaient déjà en train d'acheter du riz."

Pour Benoît Poelvoorde, il est impératif et primordial que la Belgique reste unie. "Est-ce que c'est parce que j'ai grandi dans un pays qui a toujours été une monarchie et que c'est lié à mon enfance ?", s'interroge-t-il. "Cela dit, je trouve que la communauté flamande a énormément de choses à offrir, culturellement parlant. Regardez les groupes de rock qui sont originaires de Flandre, regardez ce qu'on fait en danse en Flandre… "

Le cœur de Benoît Poelvoorde penche pour l'unité de la Belgique, et de toute façon, il ne croit pas une seconde à une scission. "Je suis persuadé que la Belgique ne se séparera pas parce qu'à un moment, le citoyen reprendra la parole. J'en suis sûr. Cartes sur table. La manifestation de dimanche est un premier pas. Et les drapeaux aussi."

Pour l'artiste, la situation actuelle est avant tout affaire de politiciens, déconnectés de la volonté des électeurs. "Faisons des forums de discussion avec des Belges, des Flamands. C'est à nous, les artistes les citoyens, les gens de la rue à prendre la parole, à dire à quel point nous tenons à notre pays !"

                    Poelvoorde

Quand on lui suggère que cela fera peut-être désordre si tout le monde s'exprime en même temps, l'acteur n'a qu'un mot d'ordre : "
Revotons ! Ah bon c'est compliqué ? Et vous espérez que je vais donner la solution maintenant ? Bon, d'accord, je vais prendre la place du Roi, mais je mets certaines conditions. On commence la journée de travail vers midi, midi et demi."

Blague à part, l'acteur n'en démord pas, il faut que le public réapprenne à comprendre son pays. Que peut faire la presse ? "Faites un livre, un livre d'entretiens, de rencontres avec le citoyen. Qu'on passe du boucher au politologue, à des gens de la rue, sans pour autant que cela devienne la débâcle et que les gens disent : “On va tous leur péter la gueule”, mais un recueil qui donnerait la parole aux gens de tous les côtés, qu'on n'ait pas droit seulement à des extrémismes. On pourrait aussi faire un lexique, car même les enfants ont peur. Ma mère ne comprend rien. On redonnerait ainsi au citoyen l'occasion de réfléchir et de ne pas suivre simplement le discours prémâché."

A cheval entre la Belgique et Paris, l'acteur est bien placé pour observer la réaction française à la crise belge. "Mes amis français sont très inquiets pour nous. Ils ont l'impression qu'on se met sur la tronche avec des fusils et des bâtons. Ils ont une image alarmiste alors que moi, j'ai plutôt tendance à dire : “Mais non, ne t'inquiète pas, on en a vu d'autres."

La France, une solution pour la Belgique francophone ? Pas pour l'acteur. Pas question de rattachement. "Ils s'en foutent, les Français. Pourquoi se rattacher à la France ? On peut très bien faire une autonomie wallonne. On se débrouillera très bien." Et Bruxelles ? "Alors, si Bruxelles est flamand, je plains le Roumain qui va devoir demander son chemin en néerlandais."

                                Poelvoorde

Reste une solution, à laquelle personne n'a encore osé penser, et que l'interprète tire de son chapeau : le rattachement au Luxembourg.
"Voilà, le rattachement au Luxembourg. Ça, ça m'intéresse. Cela devrait nous prendre quoi ? Un petit quart d'heure ? Même s'ils ne sont pas d'accord. On jette deux papiers par terre, ils sont distraits, on rentre, on prend les pompes à essence d'assaut, les tabacs, on fume les clopes, et en avant. Cela ne va pas être très long avec notre belle armée. Ils vont m'adorer, les Luxembourgeois."

Benoît Poelvoorde pourrait-il devenir celui qui symbolise la Belgique, qui en améliore l'image ? "Ah non, pas moi. Justine Henin, oui. Notre image n'a pas besoin d'être améliorée. Toute personne qui vit en Belgique et qui n'est pas Belge ressort de ce pays avec une espèce de joie. Vous savez, on est un des pays les plus courtois qui existe au monde. Nous, on dit merci quand on nous ouvre la porte et au revoir quand on s'en va. Ce qui n'est pas monnaie courante, en France. Les gens adorent les Belges. Les Français n'ont jamais eu de problèmes avec les Belges. On a eu une courte période avec Coluche, et encore, je crois que c'était dénué de méchanceté. Et puis les frères Dardenne sont arrivés. Et Dieu sait si les frères Dardenne sont connus pour être marrants !" (éclats de rire)

Y aurait-il, dans cet éloge de la Belgique, une pointe de déception face à ce que Benoît Poelvoorde a vécu à Paris ? En tout cas, il avoue avoir voulu se recentrer sur son pays pour retrouver un peu d'authenticité, comme il nous l'a confié en petit comité après la réunion de rédaction. "Je crois que j'ai été longuement brinquebalé dans un Paris qui m'a ébloui, mais Paris ne finit jamais et peut vous réduire en bouillie. Cela m'a plu pendant un temps. La notoriété parisienne, le fait qu'un sorteur de boîte de nuit vous reconnaisse, j'ai aimé cela. Mais aujourd'hui, cela m'a fait du bien de revenir en Belgique, dans un endroit où les gens se lèvent à 7 heures et vont travailler, dans un pays où il y a une modestie, où il faut savoir dire qu'on ne peut pas se plaindre, où on peut rencontrer des gens qui ne vont pas au cinéma, ou alors qui regardent le film à la télé, alors que le film est déjà sorti au cinéma il y a six ans. Tout cela me permet de retrouver un équilibre. La réalité se trouve ici."

Benoît Poelvoorde est donc intarissable sur la crise qui secoue son pays. "Fallait que ça me tombe dessus. Le seul jour où je viens à la rédaction du Soir, faut que je me prenne ce sujet-là !"

Le reste de l'actualité du jour ne l'emmènera pas sur des terrains plus joyeux. Il est, de nouveau, question de l'attitude de la Belgique, qui enferme des enfants en centre fermé. Benoît Poelvoorde est choqué, mais pas prêt à s'engager pour cette cause, ni pour une autre. "Je pourrais le faire, mais je le ferai secrètement. Je n'ai rien contre les gens qui ont un engagement militant quel qu'il soit, mais j'ai beaucoup de mal avec l'idée de m'engager publiquement. C'est une question de décence. On va toujours se demander : “Il le fait pour quoi ?” Ce doute ne peut pas être permis. Je pense que mon engagement ne regarde que moi. Tant que cela reste discret, cela reste décent. Mais je ne vois pas du tout un artiste aller dire sur un plateau de télé qu'il défend les petits enfants au Rwanda, avant que le présentateur l'interrompe pour dire : “Et je rappelle que votre album sort lundi. Merci Jacques et bravo pour votre combat et votre engagement."

                     Poelvoorde

Même pas un petit engagement à la Tom Barman, le chanteur de Deus, contre l'extrême droite ?
 "Si l'extrême droite se renforce en Wallonie, je le fais ! Je suis prêt à manifester, par exemple avec les gens du cinéma."

Benoît Poelvoorde garde donc malgré tout plus qu'un pied dans la réalité, même s'il concède que ce n'est pas facile. Quand on lui dit que le prix d'un grand nombre de produits est en train d'augmenter, il concède qu'il ne connaît pas le prix du pain. "Non, je ne connais pas le prix du pain, parce qu'on gère tout pour moi. Je suis complètement infantilisé. J'ai fait quatre films en deux ans. Pendant ce temps-là, par exemple, je ne peux pas conduire, c'est contractuel. On vous assoit, on vous donne à manger, vous êtes complètement infantilisé. Donc en fait, beaucoup d'acteurs restent dans le cinéma, parce que vous êtes perpétuellement pris en charge. Bientôt on n'aura même plus besoin de nos jambes. On nous dira : “Viens, on va te faire rouler jusque là-bas, puis on va te dégonfler.” Parfois, je rentre et je me demande comment on cuisine. Cela fait deux ans que je ne suis pas rentré chez moi. On n'a plus de responsabilités. Je n'ai plus acheté un paquet de clopes depuis un mois et demi. J'aimerais rencontrer des hommes normaux, des gens du quotidien. C'est presque une vie en parallèle. Mais c'est mon métier, je ne m'en plains pas, ce serait indécent."

Mais quand parfois l'acteur retrouve un peu la réalité, c'est le Tour de France, qu'il déguste, à la belge. "On laisse partir les coureurs pendant une cinquantaine de bornes et puis Rodrigo arrive. Parfois avec Eddy. J'adore le cyclisme. Ce qui m'attriste, c'est que le sujet du dopage prend tout et nous éloigne de la grandeur de ces héros. Quand on dit : “Ils se piquent dans le cul”, “ils changent leur sang” et tout ça, d'accord, c'est pas bien le dopage, mais changez votre sang, mettez-vous ce qu'ils se mettent dans le cul et vous ne faites par le tiers du quart. Ils sont à des cadences en montée que vous ne faites même pas en descente !"

Mélancolique parfois, en représentation souvent, passionné toujours, Poelvoorde s'en va chercher son chien, qui erre quelque part dans la rédaction. Un dernier petit mot sur la Belgique ? "J'arrive !"

                            propos recueillis par Bernard Demonty et Philippe Manche pour img89/7854/lesoirew3.jpg
                            photos: Alain Dewez

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Samedi 17 novembre 2007

A la veille de la sortie des Deux Mondes, Benoît Poelvoorde a reçu Sport avec son chien Billy pour un entretien... poelvoordien.

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Comme beaucoup de sportifs, vous venez d'un milieu populaire...

" Vous ne verrez jamais un match de foot avec Jean-Philippe de Deracker qui fait une passe à Jean-Jacques de Clermont-Tonnerre. Le sport, c'est la culture de la rue. Quand on fait du sport, on ne devient pas voyou. J'ai joué au foot, extérieur gauche au FC Boninne. J'ai choisi le théâtre amateur parce qu'il y avait plus de filles.

Vous comprenez que réussir dans le sport puisse monter à la tête?
Dans le sport, on déifie beaucoup plus que chez les acteurs. Zidane est connu dans le monde entier. Quand il donne un coup de boule, il est encore plus divin, parce que ça le rend humain. Je ne trouve pas qu'il a pété les plombs. Les sportifs pètent les plombs quand ils se sentent abandonnés. On leur donne trop et on leur reprend, ça n'est pas juste. Dans le cinéma, on est davantage préparé à l'échec. Après quatre films ratés, on est tricard. Mais, moi, ça ne me fait pas peur. Si on a des histoires à raconter, on les raconte.

Pour le tournage du "Vélo de Ghilsain Lambert", vous avez découvert le cyclisme. Qu'en reste-t-il?
J'adore le vélo. C'est exponentiel : si vous donnez un coup de pédale, vous êtes récompensé, ça continue à tourner. Et puis, sur le vélo, on réfléchit.

C'est un sport très controversé...
(Il coupe.) Je ne supporte pas l'idée qu'on emmerde les coureurs avec le dopage. Ce qu'ils font, même dopés, je défie quiconque de le faire. Je m'inquiète plus de ce qu'on peut faire avec les gènes. Avant leur naissance, on fabriquera des champions. Les cyclistes, ce sont des seigneurs. Quand vous êtes dans le rouge, c'est épouvantable. J'ai fait du repérage sur les routes du Tour de France et, même en voiture, j'étais vanné.

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Sur "Astérix", vous avez croisé Jérôme Le Banner, champion de K1...
C'est une grande rencontre dans ma vie. Il joue mon souffre-douleur. Il n'est pas très grand, mais c'est une montagne. C'est Raging Bull. Je me suis dit : ça doit être un sportif avec une couche de gras dans la tête. En fait, c'est un garçon intelligent, délicat, d'une gentillesse immense et d'une courtoisie rare. Chez lui, il fait pousser la rose de Louis de Funès parce qu'il adore cet acteur. Dans une séquence, il était torse nu et je devais lui taper dans le ventre. Il me disait : " Frappe à fond sinon ça se voit ". On l'a fait 50 fois. Le lendemain, il ne sentait rien et moi j'avais un bleu énorme au coude.

Vous a-t-il convaincu des vertus de l'exercice physique ?
Il a essayé de me mettre au sport, mais je ne peux pas. Avant le tournage d'Astérix, on a voulu me muscler. Je trouvais plus drôle d'être un spaghetti avec un petit bedon de bière au milieu de montagnes plutôt qu'un mec avec deux demi-muscles. J'ai essayé pendant un mois mais il n'y a rien qui sort, ce sont des muscles morts, il faudrait que j'en loue. "

                                                                                                 Propos recueillis par Stéphane Méjanès 
                                                                                                Photos: Pauce

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Vendredi 16 novembre 2007

Mercredi prochain, il sera à l'affiche du film "Les Deux Mondes", dans la peau d'un restaurateur de tableaux plutôt effacé (un comble) qui se voit englouti dans un autre monde où on le prend pour l'élu. Mais en attendant, Benoît Poelvoorde, dans sa peau à lui, se bat contre une grosse crève et une déprime qu'il n'en peut plus de commenter. "J'ai envie de faire du théâtre. D'ailleurs, je vais faire du théâtre. Je peux même déjà te dire le titre du spectacle ", dit-il. "Ça va s'appeler Je vais y venir. Ce sera un one-man-show. En fait, on me pose tellement de questions sur moi - et de moins en moins sur les films, alors que je préférerais le contraire - que je me suis dit que j'allais faire un spectacle - comique - dans lequel les gens découvriront vraiment des choses de moi. Je parlerai du cinéma, de la production, etc. J'ai un peu envie de régler mes comptes ."

la-DH-novembre-2007.jpgFâché, le Namurois ? "Les gens ignorent combien, parfois, les choses sont d'une futilité inouïe. Certaines personnes sont censées gérer des fortunes et elles le font au mépris de l'intelligence. J'ai aussi un peu envie de faire ce spectacle pour me moquer de la futilité appuyée, convaincue, de certains. Et puis, j'ai envie de retrouver le contact avec la salle. Le cinéma est un moment tellement virtuel... Si je ne faisais pas les avant-premières, je pourrais ne jamais rencontrer les gens qui vont voir mes films. Je vois bien que certaines personnes viennent plus pour me voir moi que pour voir le film. Donc, je me dis, Pourquoi ne pas faire un spectacle ?" Et tout ça ne devrait pas tarder à voir le jour car, Benoît l'assure, il a beaucoup d'idées. "Tu peux me faire confiance. Après, j'écrirai mon film où je parlerai de la Belgique. Parce que ce pays mérite d'être filmé avec indulgence et surtout avec émerveillement... "

D'ici à la fin de l'année, c'est dans deux autres longs-métrages, signés par des gens qu'il aime - Daniel Cohen et Benoît Mariage -, que l'on verra donc Poelvoorde. Suivra, au début de l'année prochaine, le très attendu "Astérix aux Jeux Olympiques" . Ça fait beaucoup. Mais l'acteur n'a pas peur d'être trop présent à l'écran. "Bah, deux films, ce ne sont jamais que deux fois une heure et demie. Quand tu vois le nombre de gens qui regardent des émissions qui durent trois heures à la télé... Et souvent, ils regardent ça pour les mêmes vannes. Alors qu'ici, "Cowboy" et "Les deux mondes" sont tout de même des films très différents. Il y en a pour tous les goûts. C'est un peu comme dans un restaurant, quand tu choisis à la carte ."

Car Benoît, promis, ne trace pas de plan de carrière, ne cherche pas à se faire rare, ne calcule pas la moindre de ses apparitions.
"Je me refuse à envisager les choses en matière de risques, je me refuse à avoir peur de ça. Si le public en a marre de me voir, il se chargera de me le faire savoir et j'espère que je comprendrai assez vite. Et je ferai autre chose..."

                                                                                                  Isabelle Monnart pour

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Mardi 13 novembre 2007

Vous l'imaginez pétulant, bouffon, un peu cinglé. Il est censé, cinglant et cultivé. A l'occasion de la sortie des "Deux Mondes", Benoit Poelvoorde dévoile pour "Edgar" une autre facette de sa sinueuse personnalité...

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Dans les "Deux Mondes", vous devenez leader d'un monde parallèle. Si, demain, la Belgique s'effondrait et que le peuple vous demandait de prendre les rênes du pouvoir, qui seriez-vous: Baudouin ou Léon Degrelle?
Arrêtez tout de suite ! (rires) Baudouin, notre roi catholique, bien sûr! Très bien Baudouin, un catholique romain, presque intégriste. Je serais Baudouin, sans hésiter. Pour mettre un peu de spiritualité dans ce monde de brutes. Il a été notre seul roi à abdiquer, pour la question de l'avortement. C'était très courageux de sa part. Pour ce qui est de Degrelle, le problème avec le national-socialisme, c'est que ça draine toujours une volée d'abrutis!

Comment avez-vous vécu la séance photo?
Les photos de moi, ça ne m'interesse pas. A la fin, ton image est tellement multipliée, surprojetée que tu finis par te dégouter toi-même. Jusqu'à devenir une souffrance. Tout ce qui est miroir, des choses comme ça, tu finis par éviter. Je finirai dans une maison sans glace. La séance photo, ici, ce n'est tellement pas moi. La seule chose que tu pourrais projeter, ce sont tes radios. Là, impossible de tricher. Quand je jouais au théatre, je voulais une affiche avec un corps ouvert, comme du Bataille, des écorchés vifs. Je trouvais l'idée jolie, sincère, mais on m'a dit que c'était peu ragoûtant pour le type qui partait au travail le matin et passait devant...

Vous avez toujours de belles références, une solide culture générale lorsqu'on dialogue avec vous...
C'est parce que je lis beaucoup, je ne suis pas cultivé, mais je lis beaucoup. Je n'ai pas la télévision. J'ai des problèmes de sommeil, d'anxiété; la lecture est la seule chose qui focalise mon attention. Et puis, j'aime bien réfléchir. Je suis bien structuré: je suis vierge ascendant vierge!

On ne réfléchit pas assez dans le cinéma?
Je pense même que ce serait un avantage d'être un parfait crétin quand on est acteur. Moi, par exemple, je joue tout au premier degré, je ressens la séquence. Je ne prépare pas mes rôles, sauf d'apprendre à danser lorsque je tourne "Podium". Mais jamais de ma vie, j'ai pris une demi-heure pour me dire: "Comment est le personnage?"! Chez moi, c'est le combat entre l'instinct et le cérébral.

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Deux réalisateurs, Olivier Marchal et Florent-Emilio Siri m'ont dit vous avoir proposé des rôles très sombres...
La première personnes avec qui j'ai accepté un rôle sombre, c'est Anne Fontaine. Dans un rapport de confiance. Je l'aime beaucoup Anne. C'est quelqu'un avec qui je me sentais en sécurité: c'est une femme, d'abord, et elle portait sur moi un regard bienveillant. Mais j'ai une certaine pudeur. Il y a des choses en moi que j'ai du mal à laisser transparaître. "Entre ses mains" est un film que je n'ai jamais pu regarder. Pour le film d'Olivier Marchal, c'est parce que j'étais pris, sinon, je l'aurais fait avec plaisir. Quant à "L'Ennemi intime" de Siri, ça ne me concernait pas. C'était un problème français. Je ne l'aurais pas joué correctement.

Jamais de scènes d'amour. Une question de pudeur, là aussi?
C'est vrai, je n'en ai toujours pas fait. Je commence à peine les scènes de lit, après que l'amour est terminé. J'aimais bien au cinéma l'idée, quand on était plus petits, des deux personnages qui passaient la porte... Voilà, on avait compris. Dans beaucoup de films, je ne vois pas trop l'intérêt de montrer qu'ils font l'amour... C'est généralement là qu'on décroche, parce que c'est évident qu'ils simulent!

Vous avez un côté anar de droite...
Absolument. si on devait me donner un camp, ce serait celui-là. Comme les écrivains que j'aime: Blondin, Renard, Aymé... La littérature, j'ai beaucoup de mal à l'imaginer à gauche. On peut difficilement parler de l'homme et de sa condition en étant préalablement de gauche. L'introspection est une chose tellement propre à un homme individualiste, seul, que j'ai du mal à imaginer les grands partageurs faire des confessions intimes.

Vous êtes un faux comique...
Non, je suis un comique dans la vie ! Je suis un anxieux. J'ai une nature assez angoissée.

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Nous allons parler de luxe...
Ah, vous avez frappé à la bonne porte... Montrez-moi votre montre? Elle est magnifique!

Des marques de prédilection?
Vuitton, Hermès... j'adore! Mais, en fait, j'ai des goûts de pauvre. Les acteurs sont des parvenus. A moins de venir d'une famille riche. Il y en a qui ont eu cette chance. Moi, je viens d'une famille modeste, voire très modeste. Je resterai éternellement un pauvre. Les riches conservent et les pauvres amassent. Une copine me dit toujours: "Tu te parfumes comme un pauvre!"

Pourquoi? Que portez-vous?
Déclaration de Cartier. J'adore. Je ne mets que ça. Mais c'est ma manière de me parfumer. J'en mets beaucoup. De peur qu'on ne sache pas que j'en ai mis. Le luxe, au fond, ça a quelque chose d'inné. Une élégance naturelle. Cela étant dit, beaucoup de dandys étaient complètement fauchés. Moi, il n'y a rien à faire, j'aurai toujours ce coté "bourrin" de province.

Pour ce qui est des vêtements?
Armani et Vuitton. J'adore lorsque Vuitton reste dans le classique. Dries Van Noten, je viens d'acheter un caban chez lui. Il y a, bien sûr, des âges où on ne peut plus porter certaines choses. Chez Dior, ils font des vêtements formidables. C'est très beau, mais ça fait trop fashion. Hermès, je trouve qu'il fait des costumes magnifiques. Armani, j'aime bien son côté "quotidien" qui ne fait pas employé de banque. Tu peux encore faire chic sans donner l'impression de sortir de Wall Street.

Les montres?
J'en ai eu beaucoup. J'ai une très belle Vacheron Constantin qui m'a été offerte par Fidélité, la maison de production de "Podium". J'avais la Monaco de Tag Heuer. Mais je les offre à chaque fois, aux gens qui les aiment plus que moi. Par exemple: la Monaco, je l'adorais, mais le producteur des "Deux Mondes" m'en parlait tout le temps. Alors, un soir, je la lui ai donnée. Il l'aimait plus que moi. Mais je vérifie. Je ne suis pas un imbécile non plus. Si tu m'en parles une fois, je ne vais pas te donner ma montre !

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Les chaussures?
Les Lacoste! L'année dernière, ils ont sorti une ligne de chaussures. Je les trouve magnifiques. C'est étonnant pour Lacoste. Sinon, les chaussures, je n'y prête pas trop attention. Là, j'ai décidé de me faire faire des costumes sur mesure. Avec des gilets. Je veux revenir au costume trois pièces. quand tu prends un petit bedon en vieillissant, ça permet d'occulter la longue descente vers l'inexorable, la décrépitude...

Ca vous fait peur?
La souffrance me fait peur. Et l'abandon. Ca doit être lié à l'enfance. Je suis insomniaque. Quand ma femme s'endort, ça m'angoisse. Je me retrouve seul, dans la nuit. Si je suis trop éloigné de l'endroit où je vis, c'est une catastrophe. Cette année a été terrible: j'ai tourné non-stop sans rentrer chez moi. J'étais complètement déraciné. Alors, je virevolte, comme les Parisiens...

Namur, c'est le centre de votre univers...
C'est l'endroit qui me rassure, c'est là où je suis né. Dès que je m'en éloigne, j'ai l'impression de perdre une part de moi-même. Je n'allais pas bien ces derniers temps, aussi, dès que je suis rentré chez moi, pendant deux mois, j'ai retrouvé l'équilibre.

C'est paradoxale. Ca n'a jamais aussi bien marché pour vous...
Ah, mais ça n'a rien à voir. J'ai fait une dépression. La dépression n'a rien à voir avec le succès, la réussite sociale. Tu vas dans le mur et tu ne le vois as. Pourtant, je m'étais bien préservé. Le cinéma est un milieu virtuel, tout y est possible, permis. Du point de vue du cinéma, Paris est un état dans l'état. Dès que tu sors, tu tombes sur des gens qui ne font que te parler cinéma. Ce n'est qu'une partie de ma vie. C'est épuisant à la fin. On finit par tourner en rond. Comme je dis toujours: "A Paris, il y a 11 millions d'habitants: 5 millions qui écrivent des scénarii, 5 millions qui les lisent."

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Et un million d'acteurs...
Ouais! Alors qu'à Namur, tu rencontres des plombiers, des gens de la terre, des agriculteurs... Des vrais problèmes. Ca me rassure. Moi, par exemple, lorsque je suis rentré à l'hopital pour dépression, j'ai demandé à être dans une clinique publique. Je n'avais pas envie de me retrouver avec des acteurs ou des fils d'imprésario. Les gens qui m'ont le plus aidé, ce sont les patients, parce que c'étaient des gens normaux. Des institutrices, un électricien, un professeur... Ca me remet les pieds sur terre.

Comment continuer à tourner des cet état-là?
C'est la seule chose qui me tienne en vie. Je peux être complètement au fond du trou, dès que je tourne, ça me sauve. C'est cinétique. Dès qu'on criait "action!", c'était fini. Tu ne pourrais jamais deviner que deux heures avant, je me tordais de douleur dans ma chambre. C'est absurde: c'est le cinéma, qui, aussi, me détruit!

En quoi?
Tu es entouré de spectres. Les gens flattenent ton égo perpétuellement. Ils sont peur de te parler. Tu finis par être isolé, sans jamais l'avoir cherché. C'est le principa, en France, de te mettre dans des hotels differents que ceux de l'équipe. En Belgique, ça n'existe pas. Même chose pour les tables. Moi, je n'en ai rien à faire. Il n'y a pas à avoir de places réservées pour les acteurs. C'est comme à Cannes: tu es dix fois plus ennuyé quand tu te déplaces en voiture officielle qu'à pieds...

Vous n'avez jamais compté arrêter?
Je vais arrêter un peu là. non pas parce que ça me fait souffrir. J'arrête parce que je ne veux pas qu'un jour, ça ne me fasse plus plaisir. Et que ça se voit. Je suis certain que ça se voit dans les yeux. Le plaisir, ça se communique. Le public ressent quand un acteur a trop joué. Il fait toujours tout bien, mais il n'est plus du tout dedans. Il est déjà ailleurs. Et je n'ai pas envie de tomber là-dedans. Que le cinéma devienne un braquage de banque, avec la voiture qui attend devant, ça ne m'interesse pas.

                                                               Propos recueillis par Jean-Pascal Grosso pour img486/2848/edgarhp1.jpg
                                                               Photos: Thomas Lavelle

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Lundi 12 novembre 2007

Rencontrer Benoît Poelvoorde a quelque chose de stressant. On s’attend fatalement à ce qu’il soit un peu comme dans ses films, flamboyant, remuant, amusant, toujours à la limite du dérapage. Mais les nouvelles du sosie de Claude François dans « Podium » n’étaient pas bonnes ces dernières semaines. Les pires ragots couraient sur lui à Paris. Et au Festival de Namur, l’acteur était apparu en petite forme. Largement de quoi craindre de se retrouver face à un homme ingérable qui aurait, au pire, pris la grosse tête, au mieux, pété un câble. En promotion pour « Les deux mondes », comédie sur la dépression, Benoît Poelvoorde s’est révélé attachant, terriblement humain, profondément normal avec ses doutes intelligents, ses faiblesses attendrissantes et ses révoltes salvatrices. Il règle en tout cas ses comptes avec une certaine presse qui lui veut du mal.

Dans « Cowboy » (qui sort juste après « Les deux mondes »), vous campez un journaliste raté à la recherche du reportage qui le réhabiliterait. Dans « Les deux mondes », vous jouez un père de famille dont on sent qu’il est en pleine crise identitaire.
Ce sont deux films sur la dépression. Celui de Benoît Mariage est clair, net et précis. « Cowboy » évoque l’estime de soi et, surtout, sa perte. L’homme est filmé de près, dans ses échecs. Et par ses échecs, il retrouve cette estime. Avec « Les deux mondes », on a voulu faire un film qui plairait à tous les publics. Les adultes peuvent voir aussi à travers ce divertissement l’histoire d’un homme qui est en dépression et qui retrouve foi en lui-même — mais c’est un hasard — à travers un statut auquel il ne s’attendait pas du tout. On se demande si cette histoire est vraie ou pas. De toute façon, regardez bien tout ce que je fais : en général, j’incarne des gens… dans l’échec.

Ou qui doutent…
Oui, vous avez raison.

1-copie-4.jpgVous ne faites pas trop séducteur qui affiche plein de belles certitudes et qui y va sans aucune crainte ni appréhension…
Je serais bien mal placé pour ça ! J’ai toujours aimé les gens qui doutent, parce que l’homme se caractérise par le doute. On a besoin de ça pour avancer. On a besoin d’échecs. En tout cas, moi… J’aime les gens qui se trompent, qui font fausse route, les rêveurs, les Don Quichotte ! J’aime les vrais fous qui disent : « Je suis en train de me griller, mais j’y vais. » Et on en voit de moins en moins dans notre société qui est de plus en plus conforme, lisse, polie… J’aime énormément les gens qui ouvrent leur gueule, même s’ils font erreur.

Tous les hommes ne doutent pas…
Ce sont souvent des crétins ! Dans le milieu du cinéma, il y a 99 % de gens qui ont peur et 1 % de gens arrogants et crétins. Or, le doute est permanent. On doute toujours des choix qu’on a faits.

Comment qualifier « Les deux mondes » ?
Pour moi, c’est un divertissement uni-populaire. On a fait des projections pour les enfants. Les mômes sont impressionnés. Ils s’amusent comme des fous, parce que c’est simple. C’est aussi l’histoire d’un type qui est en caleçon et grosses bottines, avec une couette autour de lui, et qui se bat contre 3000 mecs. C’est le rêve de tous les gosses. Qui n’a pas rêvé d’être un roi dans ce monde ? Vu avec les yeux d’un adulte, il en va tout autrement. Les parents de Rémy parlent à sa place, sa femme le quitte avant même qu’il ait pu dire une phrase. On l’humilie même en lui disant : « Tu peux rester quinze jours, mais si tu partais plus vite, ce ne serait pas plus mal. » On s’aperçoit aussi qu’il est victime de toutes les agressions du monde moderne.

Mais il ne fait rien non plus. Il y a parfois des moments où on a envie de le secouer !
Ce n’est pas vrai qu’il ne fait rien. Ce n’est pas un loser. Il est discret. C’est un restaurateur de tableaux. Il n’a d’autre but dans la vie que d’être heureux. On n’est pas obligé d’avoir mille ambitions pour être heureux. Ce n’est pas pour autant qu’il se laisse écraser. Et puis, tout à coup, on lui dit qu’il va être beaucoup mieux, qu’il va être le roi.

Au début, il ne veut pas de ce rôle de sauveur…
Evidemment ! Personne n’en voudrait ! Moi non plus. Parfois, on dit que je suis le représentant de la Belgique, ou son ambassadeur. Mais en aucun cas, vu la manière dont je me conduis, cela ne peut être vrai. Elle aurait honte de moi. Je suis tout au plus l’ambassadeur de moi-même. Vous imaginez être responsable de millions de gens ?

Vous avez beaucoup tourné ces derniers mois : deux films sortent coup sur coup et d’autres sont prévus en 2008. J’ai lu que vous vouliez faire un break…
Je vais préparer un spectacle. Je vais encore tourner deux films, mais au mois de mars. Entre-temps, je vais écrire pour régler mes comptes avec le cinéma.

Vous avez des comptes à régler avec le cinéma ?
Oui. Avec le milieu du cinéma. J’ai été souvent blessé et extrêmement déçu. Je suis revenu de beaucoup de choses. J’ai envie de parler de tout ça en rigolant. Là, j’ai été la victime de plusieurs journaux à sensation. On a raconté des mensonges, des trucs dégoûtants… Je peux répondre en faisant des procès, en demandant des publications, mais je trouve plus intelligent d’écrire sur du vrai papier que sur du papier-toilette !

Ça vous heurte, ces histoires…
Oui, surtout quand elles sont infondées. Ça me heurte pour moi et pour ma famille. On ne peut pas écrire que j’ai été viré d’un hôpital alors que c’est faux ! Que je me bourre la gueule à l’hôpital, que j’ai été chassé d’un film alors que ce n’est pas vrai !

Cela vous ennuie parce que vos proches s’inquiètent pour vous ?
Non, le pire, ce sont les gens qui montrent de la compassion, qui veulent vous aider. Il y a une sorte de pitié qui vous choque. Dans « Les jeunes filles », Montherlant dit qu’il faut en vouloir à ceux qui vous veulent trop de bien. Parce qu’ils vous font du mal sans le savoir ou le vouloir… Les sujets de conversation tournent, neuf fois sur dix, après dix minutes, sur vos ennuis. Ma vie ne se résume pas aux saloperies qu’on publie sur moi !

J’ai lu récemment une interview de vous où vous aviez l’air mal…
Je n’ai pas honte de dire que je ne suis pas bien. Ça fait partie de l’homme.

De ses doutes ?
De mes doutes, de ma dépression. J’ai une dépression nerveuse. Ce n’est un secret pour personne et je n’en ai pas honte. La dépression nerveuse est une maladie. Ça n’a rien à voir avec vos réussites professionnelles, financières, ou quoi que ce soit. C’est quelque chose qui vous tombe dessus. Voilà, je fais une dépression et c’est difficile à vivre pour moi. Je me soigne du mieux que je le peux.

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C’est la crise de la quarantaine ?
Non ! La crise de la quarantaine, c’est trop simple. Comme si on pouvait imaginer qu’à 40 ans — boum ! — on se sent mal. Non, ma dépression a démarré bien plus tôt, au moment de « Podium ». J’ai perdu mes deux grands-parents coup sur coup pendant ce tournage. Je ne parle pas énormément, en fait, et je cache beaucoup en moi. Je donne de nombreuses interviews, mais je ne parle pas de moi. J’ai beaucoup enfoui en moi parce que je n’avais pas envie d’embêter les gens avec mes problèmes. J’ai été dans une clinique publique que j’ai été obligé de quitter parce que la presse à scandale voulait faire une photo de moi endormi sur mon lit. Donc, j’ai été obligé de partir. Je n’ai même pas pu suivre mon traitement. J’aurais pu aller dans un établissement privé qui coûte 5000 euros la semaine, mais ça ne m’intéressait pas, je voulais être avec des gens normaux. Ceux qui m’ont le plus aidé dans ma dépression, ce ne sont pas les médecins, ni les médicaments, ce sont les autres patients.

Parce que vous discutiez avec eux ?
Oui, il y avait un mineur, un électricien, une institutrice… On était dans le fumoir et on parlait comme des hommes ordinaires. On ne m’a jamais embêté sur mon métier et je ne les ai jamais embêtés sur le leur. Je ne me suis pas fait plus petit que je ne le suis, je me suis mis au même niveau qu’eux. On est tous dans la même merde. C’est une saloperie, la dépression. Une vraie saloperie.

Vous commencez à cerner les racines de votre dépression ?
Non. Il faudrait que je suive une thérapie, mais quand ? Là, j’en ai pour trois mois de promo. Et après, j’enchaîne avec un tournage. Mais je la connais, ma thérapie : je vais écrire. Tout ça sera dans mon spectacle. Ce que je déteste, c’est qu’on parle à ma place ou qu’on interprète. Comme les paparazzis n’arrivaient pas à me photographier sur mon lit, ils ont photographié la porte de l’établissement, et puis, on raconte n’importe quoi pour que les gens lisent. Je n’ai jamais été viré de cet hôpital. Je l’ai quitté parce qu’on a voulu payer la famille de patients pour me photographier avec un téléphone portable. C’est honteux. C’est une presse de merde. Mais c’est la règle du jeu. C’est moi qui ai commencé. Je ne peux même pas leur en vouloir… C’est moi qui ai voulu devenir acteur, c’est normal que ça me tombe dessus.

Je vous ai rencontré une première fois en 1999 et vous aviez déjà un discours très pessimiste…
J’ai une nature très angoissée en raison d’un tas d’éléments, dont mon enfance. Je suis comme une balançoire, cela porte un nom en psychiatrie : je suis bipolaire. Je peux être très, très haut, très enthousiaste, et puis, tout à coup, très, très bas. Je suis maniacodépressif, sans aucun doute. Mais je le suis depuis toujours. On m’a mis dans des internats pour enfants turbulents, hyperkinétiques.

La perte de votre père expliquerait-elle cet état ?
Non, je ne le pense pas. J’ai toujours été un enfant turbulent. Mon père est mort quand j’avais 11 ans. Mais j’ai été placé dès 7 ou 8 ans. Je n’ai pas vraiment vécu une vie de famille, en dehors du fait que ma mère m’a aimé pour quatre. Elle m’a donné tout l’amour du monde, mais un enfant, ça se construit petit. Après, vous avez des doutes, et je crois que mon anxiété, mon angoisse, vient du fait que je ne me suis jamais senti une place autorisée. C’est la peur de l’abandon.

Que vous avez encore aujourd’hui ?
Bien sûr. Tout le monde l’a.

Que s’est-il passé avec « Cinéman » ?
Je ne peux pas en parler parce que je suis tenu à un devoir de réserve contractuel suite à la résiliation du contrat. Mais ce qui a été écrit dans « Voici » n’est pas vrai.

En 1999, je vous avais annoncé que vous alliez devenir une star et vous m’aviez répondu que cela ne risquait pas de vous arriver. Or, finalement, vous en êtes une !
Non, non et non, je réfute ce terme. Je ne serai jamais une star. Le cinéma en a eu besoin à une époque où on voulait rêver et où il n’y avait pas de communication. Les choses pouvaient être totalement inventées. Maintenant, avec nos outils de communication, les stars ne peuvent plus exister. De toute façon, elles ne servent plus à rien. Il y a d’autres modèles. Maintenant, tout un chacun passe à la télé, puis se demande ce qu’il va faire en étant devenu une star. Avant, on passait à la télé parce qu’on était une star. Aujourd’hui, les stars, on les consomme. Avant, on les exposait comme des sculptures Art déco. A notre époque, les stars, c’est du vieux papier qu’on torche chez les médecins et les dentistes.

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Sur Facebook, vous avez 1015 amis, soit plus que Sophie Marceau et Patrick Bruel !
Ah bon ? Ça ne fait pas du tout star ! (Rires.) Mais c’est quoi ça, « Facebook » ? Moi, je n’ai pas de site. Il y a un site officiel, mais il est fait par des fans à qui j’ai donné une autorisation. J’ai déjà dit à mes fans qu’ils devaient cesser d’acheter mes DVD. Je vais les leur donner. Je ne suis le dieu de personne. Le cinéma est un métier de crétins. Je suis un homme ordinaire qui rend les choses extraordinaires parce qu’on me donne des textes extraordinaires. Jouer « Les deux mondes », pour quelqu’un comme moi, qui n’aime pas voyager — le film a été tourné en Afrique du Sud —, qui suis casanier et pas courageux, c’est dément. Mais quand je rentre chez moi, je suis un peigne-cul qui va acheter son café.

Il faut beaucoup pour que vous quittiez Namur ?
Je ne vois pas très bien ce qui me ferait partir de Namur. J’aime ma ville, j’aime mon pays. Je ne peux pas vivre sans la Belgique. Je suis belge dans le fond de mon âme. Je peux aller faire des promos à Paris, mais je reviens toujours en Belgique. Je ne peux pas vivre en France. Non pas parce que les Français sont désagréables, mais parce que je suis né belge et que j’ai une mentalité de Belge. Chez nous, tout est convivial. Chez moi, je vois les arbres, le ciel. A Paris, je ne vois pas le ciel, et ça, je ne le supporte pas. Ou alors, il faut que je me paie un appart à 5 millions d’euros. Je me fiche de voir la tour Eiffel. Si c’est pour vivre en province en France, autant vivre en Belgique. Namur est beaucoup plus belle. Je n’ai jamais quitté ma ville, sauf pour faire mes études, et je ne la quitterai jamais, je le sais. J’en ai encore parlé cet après-midi, parce que j’ai acheté une nouvelle maison, mais je vais de nouveau déménager. Maintenant, je voudrais vivre dans un immeuble au bord de l’eau, mais avec d’autres gens, et toujours à Namur.

Etes-vous prêt à faire l’acteur jusqu’à plus de 80 ans ?
Non, je ne jouerai pas toute ma vie. Je vais faire du théâtre, parce que je veux régler mes comptes avec le cinéma qui m’a cassé les couilles. Je veux bien faire rigoler le public et lui parler de ma vie, de mon enfance, de ma jeunesse et de tous ceux que j’ai rencontrés. Si vous saviez le nombre de connards qu’on croise dans ce métier… C’est dit sans méchanceté. C’est juste un constat de Belge sur le cinéma français !

                                                                                             Interview : Muriel Monton pour img212/5612/49150488rt4.jpg
                                                                                             Photos: Danny Gys

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Vendredi 9 novembre 2007