Drôle et surtout émouvant, "Cow Boy" réunit avec bohneur les deux Benoit (Poelvoorde et Maraige), huit
ans après "Les Convoyeurs Attendent".
"Cow Boy" ouvre ce week-end le Festival du film francophone de Namur, avant de sortir en salles au début du mois de décembre (le 5, en principe). Amis dans la vie et complices au cinéma,
Benoit Mariage et Benoit Poelvoorde y poursuivent une belle aventure commencée dans le court-métrage, et dont un premier le long, "Les Convoyeurs attendent", avait déjà largement montré l'énorme
potentiel de style, de propos, de beauté formelle et de profonde humanité. Mariage filme à hauteur d'homme, comme aime le souligner Poelvoorde, dont la prestation dans "Cow
Boy" est de celles que l'on n'oublie pas.
Le scénario puise une partie de son inspiration dans un fait divers fameux et à forte raisonnance sociale, survenu en Belgique, en 1980. Un jeune homme ne colère, Michel Strée, avait, on
s'en souvient, détourné un autobus scolaire à Vielsam, avec deux complices. Prenant la route de Bruxelles avec les enfants otages, il avait mené le véhicule jusqu'au parking de la rtbf. Là,
il avait tiré plusieurs coups de feu vers la police et la presse (sans blesser personne, heureusement), exigé de pouvoir exprimer à l'antenne sa révolte devant l'injustice économique et le sort
réservé aux socialement faibles, avant d'être maîtrisé dans un couloir de la radio-télévision...
Le héros de "Cow Boy", Daniel Piron, est journaliste, et se rappelle l'affaire Strée, ou plutôt l'affaire "Tony Sacchi", version fictionnelle préférée par Benoit Mariage pour son film. Cet
idéaliste prématurément usé végète dans une télé qui n'est pas nommée (mais on devine facilement), et où il présente sans enthousiasme Airbag, une émission de sécurité routière.
Revoyant des images de l'équipée dramatique de 1980, il lui vient une idée qu'il pense lumineuse: retrouver les protagonistes du fait divers, de Sacchi aux enfants devenus grands, en passant par
le chauffeur du bus et le policier qui maitrisa le preneur d'otages, et tourner un film sur leur réunion plus de vingt-cinq ans après les évènements.
Piron obtiendra un (maigre) budget pour mener à bien une entreprise en laquelle il fonde plusieurs espoirs majeurs: ranimer par une oeuvre significative la flamme d'une critique sociale en
vieilleuse alors que les choses ne se sont pas améliorées depuis; et, simultanément, renouer avec ses rêves de rendre le monde meilleur, tout en échaapant à la médiocrité où il baigne et dont il
veut sortir. L'arrivée (hilarante) d'un cameraman et d'un preneur de son improbables et pourtant si justement croqués, n'inspirant pas - c'est le moins que l'on puisse écrire! - une
confiance exagérée, annoncera les catastrophes à venir. Car le beau projet de Daniel Piron va tourner au cauchemar, les erreurs et maladresses du journaliste s'ajoutant au manque de réaction des
protagonistes pour mener droit à l'échec.
Rappelant le meilleur cinéma italien des années 1960 et 1970, "Cow Boy" mêle fort joliment comédie et tragédie humaines, éclairant la société via le portrait d'un personnage qu'on souhaite voir
émerger du marasme où il ne cesse de s'enfoncer. Une fin ouverte préserve l'espoir, et l'on peut dès lors se rappeler avec plaisir les nombreux moments drôles du film, sans oublier l'émotion
prenante qui s'en dégage aussi et surtout. Quant à Benoit Poelvoorde, pénétré par son personnage, il est ici d'une bouleversante vérité !
Louis Danvers pour
personnelle, qui nous embarque dans une reconstitution de prise d'otages façon « Strip-tease », pour mieux nous cueillir avec des questions existentielles touchant l'intime et le
cinéma, est à l'image de son auteur et de son interprète principal, deux quadras qui s'interrogent sur le sens de leur vie. Fragile, en doute, hésitant, confus, fou, désarmant et
bouleversant."

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