Lundi 21 janvier 2008
à venir...
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Jeudi 27 décembre 2007

Quoi qu'il fasse, il est génial. En loser qui se requinque l'ego au contact d'un monde bizarre dans "Les Deux Mondes", en paumé qui se rabiboche avec lui-même dans "Cow boy" ou en Brutus ridicule dans "Astérix aux Jeux Olympiques". Surdoué, humble et humain, Benoit Poelvoorde est unique en son genre. Et le rencontrer, c'est l'aimer. Une fois pour toutes.

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Il paraît que "Les Deux Mondes" vous tient particulièrement à coeur. Pourquoi?
Sur ce projet, quand j'ai lu le scénario, je me suis dit deux choses: soit on va droit dans le mur et il est complètement idiot, soit ça peut être un film réussi parce que c'est vraiment singulier. Il a un univers, Daniel Cohen. Je l'avais déjà rencontré et il me faisait énormément rire par sa manière de raconter des histoires. Je me suis dit que s'il mettait autant de faconde, de talent et de poésie dans les images qu'il tourne, alors le film serait gagné. C'était une gageure, parce qu'il y avait des combats, des figurants, 3000 mecs qui me couraient au cul, un tournage en Afrique du Sud, c'était casse-gueule. J'étais très impressionné parce qu'il a réussi son pari: le film est très populaire et en plus il parle à toutes les générations. Les petits vont adorer parce que c'est facile à comprendre et à regarder, les plus grands vont se reconnaitre dans beaucoup de choses et ils vont rigoler parce que c'est drôle.

Ce n'était pas un peu compliqué de tourner en Afrique du Sud quand on déteste voyager comme vous?
Si,si. Je n'ai pas demandé quelle était l'équipe technique mais quelle était l'équipe médicale. Et à juste titre, puisque je me suis d'abord pèté une côte, après je me suis pèté un oeil à cause d'un oeuf que Daniel m'a lancé, puis je me suis rentré un truc dans la jambe parce que je suis tombé en courant, et i la fallu me faire trois points de suture? On a eu quelques désagréments...

On n'a pas l'impression de voir un film français avec "Les Deux Mondes"...
Ce n'est pas gentil pour les Français mais je suis d'accord. C'est un film qui a beaucoup d'ambition, il est singulier, sympathique, familial, poétique... A travers les yeux de Rémy, il montre combien le monde peut être agressif. Si on prenait du recul sur ce qui nous arrive, on se rendrait compte qu'on est mal traités dans la vie, dans notre société. Par la façon dont les autres nous parlent, par tout ce qui nous dégringole dessus en permanence. Dans le film, Rémy est largué par sa femme, ses notaires lui tombent dessus, tout s'enchaîne: ça arrive à des milleirs de gens, ça. Tu as une merde et tout se met à aller de travers. Quand Rémy va dans l'autre monde, s'il n'y avait pas ce type énorme, ce cannibale, il trouverait que c'est un monde merveilleux. Mais c'est plus subversif que ça parce que les habitants de ce monde, finalement, ils ne veulent pas bosser. Ils s'en foutent d'être libres, ce qu'ils veulent avant tout, c'est bouffer et ils disent que lorsqu'ils étaient esclavesn ils bouffaient sans avoir à trimer. C'est gonflé. C'est pour ça que j'aime beaucoup ce film, il y a plein de points de vue, de niveaux de lecture.

C'est beaucoup plus fin que ce l'on peut imaginer...
Je pense aussi. C'est un film singulier qui ressemble à Daniel. Il est brillant, Daniel... Ce qui me plaît aussi beaucoup chez lui, c'est qu'il est têtu: tant qu'il n'obtient pas le rythme exact qu'il a en tête, il n'abandonne pas. Il ne va pas te dire "la prise est très bien, on change de plan", comme ça peut arriver parfois.

                    


Quand ça arrive, vous ne vous dites pas que le réalisateur vous fait tout simplement confiance?
Non, c'est vraiment insupportable. Il n'y a pas de confiance qui tienne. Quand tu es mal dirigé, tu peux être très mauvais. Il y a des films où je ne me trouve pas très bien dirigé et où je me dis que j'aurais pu être mille fois mieux si je m'étais écouté, moi. Alors, sur certains tournages, je prends l'initiative d'aller au combo et de refaire la scène comme j'en ai envie. Et ça, ça demande énormément d'énergie.

Dans quel état êtes-vous, dans ces cas-là?
Je suis stressé. Par exemple, sur "Astérix", c'était ça. Frédéric Forestier était tellement débordé par la technique, il avait tellement d'acteurs, espagnols, allemands, à gérer, quej 'ai vite compris que si je n'allais pas moi-même vérifier tous mes plans, tout ce que je faisais était mort. Parce que c'est typiquement le genre de film où tu peux partir en sucette. Avec José Garcia, on a tendance à monter très haut, à partir en vrille, donc, à chaque fois, j'allais vérifier au combo et on recommençait. C'était épuisant.

On n'a pas encore pu voir le film, mais on sait déjà que le projet est énorme. Comment s'est passé le tournage d'une machine pareille?
C'était très long et très dur. Le film est extrèmement drôle mais c'est un vrai bulldozer avec je ne sais combien d'assistants, quatre ou cinq combos... Il fallait respecter tous les axes pour les effets spéciaux, après il y a les ego des acteurs, la folie du projet... La course de chars - je l'ai vue, elle est superbe - fait onze minutes, il a fallu un mois pour la tourner. Pendant un mois, j'ai fait "Yah,yah!!!" avec un fouet, accroché derrière un char à quatres chevaux, filmé dans tous les axes, c'était fatiguant physiquement.

Est-ce qu'il n'est pas difficile d'exister en tant qu'acteur, quand on est entouré d'autant de pointures?
Non, parce que ça dépend des acteurs. Avec Gérard Depardieu, c'était fantastique, on a énormément rigolé, il est drôle, il s'en fout, lui, il est comme sa fille: ce qu'il a de moins important à faire sur un plateau, c'est de tourner! Clovis Cornillac, je n'ai pas beaucoup de scène avec lui, mais il donne, il est généreux. Delon, je dois dire la vérité, je ne l'ai pas vu, il jouait, puis il retournait dans sa loge, donc on ne le voyait jamais. Il n'était pas désagréable, hein, mais si je n'avais eu que ça, j'en aurais chié. Mais j'avais plein de gens avec moi, Alexandre Astier par exemple, qui a été une rencontre merveilleuse, on a rigolé comme des pendus.

                     

Quand on est, comme vous, un angoissé de nature, comment est-ce qu'on gère la popularité qui va de paire avec un film comme "Astérix"?
Là, la pression est à son maximum. Mais j'ai appris à me protéger, j'ai déménagé, j'ai quitté Paris parce que je la trouvais trop agressive, cette ville, j'en avais marre des paillettes et de ne parler que de cinéma, et puis je me suis construit u endroit en Belgique, où je pourrai me reposer. J'ai beaucoup de chance, parce que la public a de la bienveillance à mon égard. Je ne me suis jamais senti harcelé ou agressé par l'amour des gens, c'est plutôt l'inverse. Il y a des moments où je n'allais pas bien, où j'étais au fond du fond du trou et où je croisais des gens qui me disaient tout le bien qu'il pensaient de moi. Le nombre de fois où je me suis dit que si je n'avais pas rencontré ces personnes, je me serais senti encore plus mal... Le public est comme un médicament. Je ne peux que dire merci à ce genre de choses.

A partir de quel moment avez-vous commencé à vous protéger?
Après "Podium". A cause de la presse. A l'époque, j'a iété sollicité des milliers de fois pour des choses totalement stupides, et les mêmes qui m'avaient tout d'abord encensé me brûlaient ensuite. C'est ça qui fait mal. On a dit n'importe quoi sur moi. Depuis, je me méfie et j'apprends à dire non. Toute ta vie, tu peux te trimballer dans les foires, les festivals et, si tu ne fais pas gaffe, tu te fais déborder, tu n'as plus d'espace, plus de temps de vie, tu es surexposé tout le temps.

Est-ce que vous n'êtes pas victime de votre gentillesse, à vouloir faire le show parce que c'est ce qu'on attend de vous?
Si,si. Mais on sait que la télé est un espace de divertissement et je fais le gugusse pour que les gens sui la regardent s'emmerdent un peu moins. Dans un festival, si on te fait monter sur scène, c'est pour que tu fasses le clown. C'est ce que l'on attend de toi, donc tu le fais.

Ce n'est pas frustrant de n'être pris que pour un clown?
Si, c'est frustrant. Enfin, frustrant ce n'est pas le mot, ça fait de la peine plutôt. J'ai l'impression de n'être qu'un guignol et ne même temps, je le fais par gentillesse, pour les gens qui regardent ou qui se sont déplacés pour me voir.

Après "Les convoyeurs attendent", un chef-d'oeuvre à mon sens, Benoit Mariage vous a encore donné un rôle magnifique dans Cowboy". Ne serait-il pas le réalisateur qui vous a le mieux cerné?
Ah si. C'est celui qui me connaît le mieux et qui m'a le plus permis d'aller dans des directions que je n'aurais jamais prises moi-même et que je ne me serais jamais cru capable de prendre. J'ai un "lâcher prise" avec lui qui est lié à la confiance absolue que j'ai en lui. Moi qui doute toujours, si Benoit trouve qu'une prise est bien, c'est qu'elle l'est. Il faut le rencontrer pour comprendre comment il peut faire des films comme ça. Il est d'une bonté rare, il aime tellement les gens qu'il obtient tout ce qu'il veut sur un plateau. Il file à hauteur d'homme, Benoît, il ne condamne jamais. Même si c'est ironique, il y a toujours de la tendresse dans qu'il fait. Il film avec le coeur.

                      Les Deux mondes - Benoît Poelvoorde

Ce qui est touchant dans "Cowboy", c'est qu'on s'y reconnait, même et surtout dans les pires de nos travers...
Oui, dans les mesquineries, les a priori, le mépris. On s'est tous conduits comme Daniel dans "Cowboy", on ne peut pas s'en empêcher, c'est humain. Ce n'est pas facile de regarder la vérité en face, mais c'est tout ça qui nous rend humains: ce sont nos faiblesses et le fait de comprendre qu'elles font partie de nous. Il faut accepter d'être ce que l'on est, avec nos blessures, nos échecs, parce que c'est ça qui nous construit et nous rend meilleurs. Encore faut il les assumer, les défaites, et arriver à se regarder dans un miroir en se demandant "Qu'est-ce que j'ai fait de ma vie, qu'est-ce que je suis pour les autres?" Et là, tu te rends compte que tu as peut-être mérité qu'on te traite mal.

C'est très judéo-chrétien, ça!
Oui, mais comme je dis souvent, ce n'est pas Dieu qui est condamnable, c'est l'usage qu'on en fait. Les acteurs qui deviennent fous, qui pètent les plombs, qui se conduisent mal - et ça m'est arrivé, je ne suis pas meilleur que les autres -, ils sont condamnables, mais la manière dont on se comporte avec nous l'est aussi. On nous laisse faire tout ce qu'on veut, on nous flatte, on se met en quatre pour nous, donc les acteurs finissent pas se dégager des contingences, matérielles mais aussi humaines. Combien de fois j'ai vu l'assistant d'un acteur, tout blanc, tout tremblant, se laisser traîter comme une merde sans rien dire? Ca me bouleverse, ça. C'est affreux, on n'a pas le droit de faire ça. Parfois, il faut que quelqu'un ait le courage de te dire que tu déconnes pour que tu réalises que tu as dépassé les bornes. Comme dans "Cowboy", lorsque le caméraman lâche abruptement à Daniel qu'il est ridicule. Ce dernier réalise soudain qu'il n'est pas à la hauteur de ses ambitions, il est éperdu et il est émouvant, parce que c'est bouleversant de voir, quelqu'un tomber devant soi. Moi, j'étais en larmes.

Dans sa complexité, son humanisme, sa richesse, il est très belge, ce film. Et on sent que vous retrouvez vos marques de Belge dans "Cowboy". Quoi que vous fassiez, vous serez toujours belge, non?
Le Belge reste toujours Belge, tu peux le mettre où tu veux. L'âme belge restera toujours. Il y a une espèce de mélancolie joyeuse, de tristesse comique, de chagrain musant chez les Belges qui ne se perd jamais. On voit toujours le côté dérisoire des choses, ce qui nous donne une sorte de détachement face aux choses graves. Et puis on n'a pas peur de se rendre ridicule, ça ne nous gêne pas. On a trop conscience  de faire partie d'un petit pays. La Belgique, c'est comme un dîner où on n'a pas pris le temps de dresser la table, alors on mange, plutôt bien, un peu gras, sur un coin de table, à la bonne franquette. Il est comme ça, le Belge, à la bonne franquette.

C'est quoi, la suite?
J'ai envie de faire des choses pour moi maintenant. Je me sens de moins en moins disponible pour les travaux des autres. J'ai l'impression d'avoir fait le tour de ce que je peux faire en tant qu'acteur, que j'ai atteint mes limites. Je commence un peu à m'ennuyer. A part un personnage de manipulateur pervers que j'aimerais bien jouer un jour, j'ai utilisé toute ma palette. Je voudrais faire des films plus personnels. Je me dis qu'il faudrait que je me décide à y aller moi-même. J'a idéjà co-écrit des scénarios, je suis prêt. Je manque juste encore d'un peu de courage, d'énergie, je suis fatigué en ce moment. Mais j'ai envie de réaliser mon film et de jouer un personnage de l'ombre, comme Jugnot dans "Tandem". Donner la lumière à un autre, c'est beau aussi, non?

                                                             Interview réalisée par Sandra Benedetti pour
                                                             Photos : Vincent Flouret

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Lundi 24 décembre 2007

Quiconque a déjà croisé Benoit poelvoorde sait qu'on l'entend venir de loin. L'acteur belge aime à s'annoncer en beuglant comme un putois. A l'hôtel Meurice, alors que je patiente dans une chambre contiguë au salon où il donne des interviews, j'ai beau tendre l'oreille, silence. Etrange.

Aujourd'hui, en promo pour le film "Cowboy", de son compatriote Benoit Mariage, Benoit Poelvoorde, cravate à pois, parle bas, a l'haleine fraîche et un petit jack-russell dans les pattes qui aboie désormais à sa place. Jamais le comédien n'a été aussi calme. Le chien-chien à son pèpère, prénommé Billy Bob en hommage à la chanson de Benjamin Biolay, "Billy Bob a raison", a 9 mois. "Il est con comme un enfant de 9 mois. Mais il est gentil, il me tient compagnie. Et puis ça me fait rigoler de voir tous les palaces qu'il a déjà souillés. Ce matin même, au Lutetia, il a levé la patte sur la sculpture de César en plein milieu du hall. J'ai nettoyé seul avec moi-même et ma honte. Cette nuit, il a bouffé des m&m's dans le lit et il a coloré les draps de toutes les couleurs. A l'hôtel, il dort avec moi, mais pas à la maison. Je l'ai appelé Billy Bob à cause des paroles: "Billy Bob a raison, les gens sont tous des cons". A la place d'un chien, je crois que c'est ce que je me dirais."

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A quinze jours d'intervalle, Benoit est à l'affiche des "Deux Mondes" et de "Cowboy", deux films dans lesquels il interprète un personnage qui n'arrive à trouver sa place ni au sein de la société, ni dans sa famille, ni en lui-même. Dans "Cowboy", il s'appelle Daniel Piron, ancien militant de gauche devenu journaliste has-been qui, en touchant le fond, réapprend à vivre. De l'aveu de Benoit, un rôle qui rejoint ses propres interrogations existentielles: "C'est la première fois que je me reconnais vraiment dans un personnage, dans son doute, dans l'aveu qu'il fait de ses échecs pour retrouver l'estime de soi. Troublant. L'année qui a suivi le tournage du film a été une préiode difficile pour moi." A-t-il identifié ses échecs? "Oui. Comme Daniel Piron, j'ai du mal à faire confiance aux autres. J'ai une nature extrèmement méfiante. Je crois que ça vient de l'enfance. J'ai grandi en pension dès l'âge de 8 ans, j'ai dû me débrouiller seul parce que c'est toi contre les autres. Ma chance? Je faisais rire les plus grands qui, du coup, me protégeaient. Plus tard, je ne me suis peut-être pas laissé suffisamment diriger ou convainvre, je n'ai pas assez écouté les gens qui m'aimaient - je parle des décisions que j'ai pu prendre dans ma vie, pas au cinéma. J'étais convaincu du bien-fondé de mon système. Mais, au final, qu'est ce que j'ai apporté aux personnes qui m'entourent et qu'est-ce que j'ai accepté de recevoir de leur part? Je me suis trompé, on a besoin des autres." A-t-il été, comme Piron, au bout de lui-même pour comprendre tout ça? "Oui, maintenant, je connais mes limites. Par rapport à moi et par rapport aux autres. Il faut aller au bout du bout, rien n'est insurmontable, il y a plusieurs chemins. On se construit tellement de remparts pour éviter de se poser les bonnes questions qu'on finit par ne plus s'entendre soi-même." On pense soudain à cette phrase lue par Benoit dans "Cowboy", tirée du livre
"Le syndrome de Peter Pan", de Dan Kiley: "Ecoutez-le car il n'écoute pas lui-même."

A plusieurs réprises, le comédien a expliqué en interview qu'il parlait sans arrêt pour qu'on ne l'entende pas:
"Benoit (Mariage) a été malin. Il m'a glissé le texte trois secondes avant la prise. Quand je l'ai lu, j'ai été bousculé, car tout ça me ressemble beaucoup."

La séquence finale de "Cowboy" résonne aussi drôlement. Daniel Piron, enfin réconcilié avec les autres, chante dans une chorale. Poelvoorde est plus émouvant que jamais:
"Piron est en train de s'en sortir, il fait enfin partie d'un groupe. Il y a un "lâcher prise" dans le chant qui est très déconcertant. Au karaoké, les gens qui ne chantent pas bien mais montent quand même sur scène me touchent beaucoup. Quand j'y allais, je choisissais toujours "Le petit Jardin", de Jacques Dutronc. Ou alors "Les divorcés, de Michel Delpech. Mais il fallait vraiment que je sois fait comme un rat pour me lancer. Depuis "Podium", je n'y suis plus retourné, forcément."

Poelvoorde a beau se méfier de toute le monde, il a une confiance aveugle en Benoit Mariage, son voisin à Namur, ami de quinze ans. Le seul à lui faire verser des larmes dans ses films:
"Je n'ai aucune réserve avec lui. "Cowboy" est, je crois, ce que j'ai trouné de mieux à ce jour car je ne me suis jamais rétracté. Là, je défends le film alors que, souvent, je me défends moi dans le film. Si on me dit du mal de "Cowboy", je vais être blessé alors que la plupart du temps, j'en ai rien à foutre. Quand Benoit m'a demandé de pleurer dans la scène de la bagnole. Je n'ai même pas eu besoin de trop me concentrer. Son fils, que j'ai vu naître, s'est assis à côté de moi, et j'ai fondu en larmes. Il incarne l'enfant que tu étais, les rêves que tu n'as pas accomplis. Le film d'Anne Fontaine m'avait préparé à retrouver des émotions brutes. Et puis il s'est passé quelque chose de très bizarre... Juste avant de tourner cette séquance, j'attendais dehors sur une bretelle d'autoroute. Tout à coup, une Mercédès s'arrête. Une femme descend et déclare être ma demi-soeur - mon père a fait des enfants partout. Je ne l'avais jamais vue de ma vie.  Elle porte le même nom que moi. J'étais tellement dans mon intentio nde jeu que je n'ai pas eu le réflexe de lui demander don numéro de téléphone."

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On l'aura compris, Benoit est dans une remise en question radicale. En un an, l'acteur a tourné quatre films "cul à cul" : "Cowboy", "Les Deux Mondes", "Astérix aux Jeux Olympiques" et "Les Randonneurs à St Tropez". De quoi donner des crampes: "Ca m'a explosé le crâne. Avant, le cinéma faisait partie de ma vie. Là, il est devenu ma vie. Là, il est devenu ma vie. Je me suis cru plus fort que je ne l'étais, je me suis dépossédé de moi-même. Ce métier te déresponsabilise. On ne te demande rien d'autre que d'être à l'heure et de balancer une minute de texte par jour. Mais pendant cette minute-là, il faudrait que tu sois au top du top. Tu ne rencontres plus que des gens qui déploient une énergie effrayante pour que tu puisses réaliser cette minute nécéssaire. Tu es dans le "tout est possible", tu ne t'occupes plus de rien, on te nourrit, on t'assoit, tu n'as plus à prendre de bus, c'est une fuite en avant, tu ne la partages avec personne car chaque nouveau film impose une nouvelle énergie à toute une équipe. Alors on acceptera n'importe quel excès, n'importe quel caprice. Tu n'as plus de résistance envers toi-même et les gens n'en montrent pas non plus à ton égard. Tu finis par penser que ce que tu fais est essentiel. Or, on a tous besoin d'être remis à notre place de temps en temps parce qu'au final, tout ça ne t'apporte rien de plus que quelqu'un qui t'ouvre la porte plus vite au restaurant. quand tu tournes une machine de guerre comme "Astérix" pendant cinq mois avec trois rondins, une jupette et un javelot, tu deviens pété fou. Alors là, il faut chercher autre chose que le cinéma pour retrouver ton équilibre. C'est à partir du moment où j'ai pu rentrer chez moi et m'asseoir que j'ai craqué. Je ne me suis pas assis, je suis tombé. Tu ne sais plus où tu es, qui tu es ni pourquoi. J'ai toujours défendu la nécessité de mettre du temps entre les choses pour pouvoir les assimiler, mais là, j'ai enchaîné, et ça m'a bouffé."

Cette année, Benoit est aussi apparu pour la première fois de sa carrière dans la presse à scandales: "C'est la règle du jeu, j'ai commencé. J'ai toujours défendu Voici. Mais une fois que tu es dedans, forcément, ça fait beaucoup de mal autour de toi. Ca n'a rien à voir, mais je ne comprends pas l'acharnement autour de Bertrand Cantat. Sa souffrance, il la portera comme une croix jusqu'à la fin de sa vie. Il faut le laisser tranquille." Bizarrement, en ce moment, Benoit fait un cauchemar récurrent dans lequel, sous l'oeil de ses proches, il se voit condamné à trente ans de prison pour meurtre...

Question de survie, le comédien va donc lever le pied. Il ne jouera donc pas dans "Cineman", le deuxième film de Yann Moix. Il a cessé de travailler avec Gilles Lellouche sur l'adaptation, entamée à la Villa Médicis, du roman de Neville Thompson, "L'amour ouf, sorte de "Sailor & Lula" générationnel:
"Je me suis rendu compte que je ne voulais pas écrire un film de trentenaire. Gilles est plus jeune que moi, je suis persuadé qu'il fera du très bon boulot, mais ce n'était pas pour moi. Et puis, j'étais frustré de ne pas écrire le long métrage que j'ai toujours voulu faire, "Les Inutiles". J'en ai marre des films consensuels, à vignettes; je veux rélféchir à des sujets qui dérangent. doit-on aimer sa mère? Est-on obligé de travailler? A quoi sommes-nous vraiment utiles? Le droit à la paresse, la révolution pour le "rien foutre"..."

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Ce que Benoit tournerait bien aussi, c'est un documentaire sur sa mère. Il y a quelques années, il a réalisé un court-métrage sur sa maman en train de récurer une pièce toute vide. En un quart d'heure, affairée sur son sol, elle passait en revue tous les sujets de société (elle, tu ne la vois pas, tu vois juste sa raclette avec une voix au dessus qui parle tout le temps. C'est très Alain Cavalier) Mais, cette fois, il filmerait bien sa mère et ses "voyages" parce qu'elle, elle n'a pas peur d'aller à la rencontre des autres:
"En Belgique, le bus est gratuit pour les retraités. Ma mère connait par coeur tous les horaires de bus de toutes les régions. Elle monte dedans, prend n'importe quelle direction, visite les villes, les églises, discute avec des dizaines de personnes et rentre le soir à 18 heures. Juste parce que c'est gratuit. Comme l'arrêt de bus est pile en fac de chez elle, elle le nettoie, le fleurit. J'ai même fait un appel dans les journaux pour exhorter les gens à arrêter de tagger l'abribus. Comme elle adore les escalators, elle se rend à la gare de Bruxelles, fait trois tours d'escalator, mange une glace et puis s'en va. Je trouve ça extraordinaire. Avant, elle possédait une ferme avec un bois, un verger et des animaux. Elle parlait aux bêtes, embrassait les arbres. C'est Blanche-Neige, ma mère."

Benoit, très classe dans son caban beige, pose dans faire le clown devant l'objectif de Marcel Hartmann. A ses pieds, Billy Bob mange un bout du décor. Le photographe propose à l'acteur de regarder le résultat sur l'ordinateur, mais celui-ci, fidèle à sa réputation, refuse. Il ne peut pas se voir en photo. En revanche il lui achèterait bien un portrait de Madeleine Stowe pour l'encadrer chez lui, aux côtés de Nicole Kidman. Poelvoorde collectionne tout sur Kidman. Un jour, il a même prié une attachée de presse de subtiliser pour lui un verre dans lequel elle avait bu. Il a bien failli l'aborder dans une soirée chic mais, au dernier moment, il a reculé: "Je suis sûr que j'arriverai un jour à lui serrer la main. C'est comme De Niro. A un mètre de lui, je me suis tiré. J4avais vu sa nuque, j'étais content."

Sur la table à côté de lui traîne un gros livre illustré de pensées bouddhistes. Il en pioche une au hasard et la médite cinq secondes. Sans doute l'infulence de Benoit Mariage, adepte des philosophies orientales. Juste avant de repartir, Billy Bob défèque dans le studio sur le seuil de la porte. Benoit met un point d'honneur à toujours ramasser les commissions, petites ou grosses, de son toutou. Une fois dans la rue, Billy se fait la malle. Benoit s'élance à sa poursuite avec une allure folle, d'autant plus séduisante qu'elle est totalement inconsciente. Rien d'un Tintin désarticulé légèrement ridicule après son Milou, plutôt une vraie pub tout en jambes pour Hogo Boss.

En prenant la peine de me déposer tout près du lieu de mon rendez-vous avec Benoit Mariage en ce jour de grève noire, Poelvoorde m'annonce qu'il va se remettre au modélisme. Avant d'abandonner cette activité en 1992 pour partir à Cannes présenté "C'est arrivé près de chez vous", il construisait des villes. Là, il bâtirait une ferme.
                                                    Propos recueillis par Stéphane Lamome pour img57/5098/62462724hl8.jpg
                                                    Photos: Marcel Hartmann

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Dimanche 23 décembre 2007

En attendant de le découvrir en Brutus dans "Astérix aux Jeux Olympiques", l'acteur est à l'affiche de "Cowboy", de Benoit Mariage, et du film "Les Deux Mondes", de Daniel Cohen. Nous lui avons demandé de nous ouvrir son coeur et son crâne ! Pas triste.

Benoit Poelvoorde est comme on se l'imagine: sympathique, généreux, drôle, énergique, un poil cabot, avec un accent belge prononcé et surtout un débit de mitraillette. Entre ses rôles et sa personnalité, la distance reste mince. L'homme avoue justement avoir un rapport très premier degré dans son interpétation. On le croit volontiers.
Sa double actualité laisse transparaître un côté plus sombre. Il incarne des hommes largués, à côté de la plaque, la quarantaine peu triomphante. La dimension tragique chez l'acteur n'a jamais paru aussi prégnante. Et si le clown n'avait soudain plus envie de faire rire? Faux. Il suffit de regarder le teaser du film "Astérix"... Pour l'heure, l'homme, confortablement installé dans le canapé d'un palace parisien, a les yeux qui pétillent de malice, prêt à ouvrir sa boîte de Pandore intérieure. La première chose qui en sort a quatre pattes, court dans tous les sens, se prénomme Billy Bob !
 

Billy Bob
"Il s'agit d'un Jack Russel de 10 mois. C'est mon compagnon de voyage. Je l'ai acheté pendant le tournage des Deux Mondes. Je me suis dit que m'occuper de quelqu'un d'autre que moi m'aiderait à me recentrer. Et croyez-moi, il me prend beaucoup d'attention! Lui et moi avons le même caractère: très nerveux, tout le temps agités, pas toujours à l'écoute, mais très gentils. Il vient de faire son baptême du feu de comédien dans la suite des Randonneurs. Il est cabot, comme moi! C'est une qualité que je revendique et qui consiste à toujours en rajouter. J'adore, par exemple, le jeu très gouailleur d'Arletty. Avec José Garcia, on appelle ça caisseland, on fait exprès d'en faire des tonnes, surtout en promotion. Ne pas se predre au sérieux est une force. Le plus difficiel, c'est de trouver la bonne mesure. Quand vous vous retrouvez, comme c'est le cas dans "Cowboy", face à des comédiens non-professionnels, il faut faire gaffe parce qu'ils sont justes, ils ne trichent pas. si je me mets à cabotiner, cela va créer un déséquilibre. C'est pour cela que je déteste la technique des acteurs type Artors Studio."

Benoit Mariage
"Avec Benoît, nous nous sommes rencontrés, il y a presque vingt ans, lors du festial de cinéma de Namur, dont nous sommes tous deux originaires. Il avait gagné le prix du meilleur documentaire et Rémy Belvaux et moi avions remporté celui du court métrage. Nous nous sommes retrouvés ensemble sur scène, j'ai d'ailleurs toujours la photo! Nous sommes restés en contact. Sur le tournage de "C'est arrivé près de chez vous", il est venu faire quelques photos de ma maman, qui jouait dans le film. A cette époque, il ne voulait pas encore faire de la fiction, il travaillait pour l'émission "Strip-tease". Avec Benoit, nous sommes véritablement devenus amis à ce moment-là. Nous sommes complémentaires: il est calme, patient, très tolérant. Tout ce que je ne suis pas. Il dit souvent: "Tourner avec Benoit poelvoorde, c'est un peu comme rouler avec une Ferrari dans les petites tures du villages"."

Les accessoires de jeu
"Pour aborder un rôle, il me suffit parfois d'un objet ou d'un vêtement pour avoir le déclic. sur "Les Convoyeurs Attendent", de Benoit Mariage, j'avais demandé à porter un pantalon trop grand pour donner une impression de lourdeur. Idem pour la chemise serrée jusqu'au cou, elle retranscrivait la dignité des gens modestes. Pour "Cowboy", c'est la paire de lunettes qui m'a aidé. J'ai tout de suite imaginé comment mon personnage pourrait les toucher lorsqu'i lest inquiet, avec sa tête engoncée dans son col roulé. La mallette dont ne se sépare jamais mon personnage dans "Les Deux Mondes", son imperméable et sa cravate indiquent son statut social et psychologique. Dans "Astérix aux jeux olympiques", c'est mon corps qui fait tout. La production voulait que je fasse de la gymnastique avant le tournage, pour me muscler. au contraire, j'ai pensé que ma bedaine allait très bien avec mon rôle. Brutus a la particularité d'être nul en sport."

Astérix
"Quand je faisais du dessin, le travail d'Uderzo était une référence. J'adore son trait vif, capable de recréer un univers à la fois simple et chaleureux, dans lequel on se sent bien. Il suffit de voir comment il dessine les cailloux et les arbres. Il a également un don inné pour capter les expressions physiques. Uderzo m'a envoyé un protrait de moi en Brutus. Sublime! Adapter son univers à l'écran est casse-gueule. Mais je n'ai pas hésité un instant à y participer parce que je rêvais depuis longtemps que l'on me donne un rôle de méchant pour enfants."

L'argent
"J'ai un rapport névrotique à l'argent. Je ne sais pas rentrer dans une banque. Dans ma famille, nous n'en avions pas beaucoup. Ma mère me dit souvent que je gagne par film ce qu'elle a gagné en une vie. Cependant, les sommes que je gagne ne me paraissent pas si indécentes. Ce n'est pas le public qui paye les acteurs, mais les télévisions. Et croyez-moi, elles se farcissent au maximum. On devrait même être payé davantage!"

La paresse
"Pourquoi je continue à faire ce métier? C'est une question que je me pose souvent. Il y a une sorte de paresse à continuer. Cependant, je ne considère pas ça comme un défaut mais comme une qualité. Je suis ravi de payer des impôts pour les gens qui ne foutent rien. Je les envie. De par mon éducation, je suis condamné à ma sentir coupable si je ne travaille pas. Si j'avais un enfant, je serais heureux qu'il s'emmerde, car ce sont des moments propices à la rêverie? Personnellement, j'ai perdu ce côté enfantin."

La Belgique aujourd'hui
"Actuellement, la Belgique n'a pas de gouvernement et les Flamands veulent se barrer... C'est le clash! Certains reprochent à la Wallonie d'être économiquement peu rentable. Toutefois, ceux qui prônent le séparatisme sont minoritaires. Les Belges ne peuvent pas se diviser, il faut ouvrir le dialogue pour apaiser les malentendus. Notre système politique est bien plus complexe que celui de la France! Pour autant, je reste attaché à mon pays, et particulièrement à l'esprit belge, sort de mélancolie comique, de désespoir drôle. Une dualité qui s'explique pas notre histoire. Nous avons été tordus dans tous les sens depuis cent cinquante ans. Tout le monde nous a traversés de part en part, un peu comme un paillasson sur lequel on s'essuie les pieds."

La religion
"J'ai été élevé au sein d'une culture catholique. Un héritage dont on ne se sépare jamais. La notion de culpabilité est très présente chez moi. Cela vient de mon passage chez les jésuites! Je suis croyant mais pas pratiquant. Si je rentre dans une église, c'est pour admirer les oeuvres d'art qui s'y trouvent. Je suis retourné récemment à Saint-Pierre de Rome. Un choc. La Bible, comme le Coran ou la Torah, parle à tout le monde, c'est à chacun de se faire sa propre représentation de Dieu."

Léon Bloy
"Cet écrivain français du XIXème siècle est souvent considéré comme l'un des plus grands pamphlétaires de la littérature, et le plus sévère. J'admire son intransigeance. L'homme n'a jamais fait de compromis. Il est resté pauvre toute sa vie. C'était un catholique extrémiste, un brin exalté. Bloy a tenu un journal pendant vingt ans, dans lequel il évoquait, sans concession, ses combats, ses douleurs et ses échecs. On y trouve également des attaques incroyables, dans lesquelles il insulte toute la littérature française. Cette démesure me fascine."

Christian Bobin
""Il y a dans le ciel une étoile qui brille pour chacun de nous, mais assez éloignée pour que nos erreurs ne viennent jamais les ternir." Voilà l'un des aphorismes que je préfère de cet auteur français. C'est un sage qui donne envie de réapprendre à regarder les choses qui nous entourent, à goûter la plaisir d'être en vie. Essentiel."

La presse people
"Le cinéma m'accapare. Il a même fini par m'éloigner de mes proches et de moi-même. Jean Rochefort m'a donné ce conseil: "Je sais ce que tu traverses. Intéresse-toi à autre chose, ne te laisse pas bouffer!" Etre une personne publique implique d'être tout le temps au top. La presse people a profité d'un moment de faiblesse pour m'épingler. Ils en ont beaucoup rajouté. Même si ça fait du mal aux gens qui m'entourent, surtout à ma mère, je ne les blâme pas. Cela fait partie du jeu. si tu dérapes et que tu te fais choper, c'est tant pis pour toi. J'ai pris la chose comme une punition, un mal nécessaire."

                                                         Propos recueillis par Thomas Baurez pour Accueil

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Mercredi 19 décembre 2007

"Pour aller mieux, faut en parler!" Tel est le mot d'ordre de Benoit Poelvoorde. Eternel bavard, le brillant acteur belge refuse le mutisme pour sortir de la dépression dont il souffre à 43 ans. A l'occasion de la sortie du film "Les Deux Mondes", où il campe un homme ordinaire qui devient demi-dieu dans un monde parallèle, nous avons rencontré l'artiste.

Décrivez-nous votre personnage du film "Les Deux Mondes"...
Ce n'est pas un looser, c'est un homme sans ambition. Juste quelqu'un qui se sent bien avec sa famille, sa femme et son travail. C'est un restaurateur de tableaux, assez posé, qui vit dans le calme. Il n'aime pas voyager. On reproche beaucoup, dans notre société, de ne pas avoir d'ambition.

Est-ce votre cas?
Au début, oui. Quand j'étais élève en photographie, j'avais fait des photos de fin d'études. Ma copine de l'époque me disait: "Tu devrais faire un book et les vendre". Je lui ai répondu non. "Tu n'as donc pas d'ambition!" Et j'ai eu raison puisque j'ai fait un autre métier ! La vie vons confronte à quelque chose à laquelle vous n'êtes pas préparé. Dans mon cas, ça a été le cinéma.

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Ce personnage qui pète les plombs en devenant empereur, est-ce une parabole du métier d'acteur?
Oui, peut-être. Il y a 50% d'égocentrsme et de mégalomanie nécessaires pour devenir acteur. Il ne faut jamais les dépasser. Ce sont eux qui vous permettent de jouer devant une caméra, de vous foutre à poil et de tout faire. Si vous les dépassez, vous devenez un connard. On n'est jamais sûr de ne pas aller trop loin. Il faut toujours être enthousiaste, ne jamais se plaindre et se rappeler que, quelle que soit sa réussite professionnelle ou financière, on peut tomber malade ou avoir des problèmes. Mais, parfois, on croit ne pas avoir dépassé la limite et on se rend compte qu'on s'est permis des familiarités, voire des grossièretés. Gref des manières de connard.

Les acteurs ne sont-ils pas privilégiés?
Ils sont infantilisés. Par contrat, vous ne pouvez pas conduire, vous mangez à horaires réguliers. Tout ce qu'on attend de vous, c'est de bien dire votre texte. Si, pour le dire, vous avez besoin d'un casier de bière le lundi, vous l'aurez! Une fois que vous l'avez dit, que c'est dans la boîte, tout le monde s'en fout.

Un tournage est-ce une vie hors norme?
Oui! Vous n'achetez plus rien. Vous vivez comme un gros enfant gâté et, si vous vous prenez au jeu, vous finissez par croire que c'est la vie réelle. Mais, à un moment, vous devez rentrer chez vous et cuire vos pâtes tout seul. A ce moment, vous vous dites: "Merde, je ne sais plus cuisiner." J'ai presque tourné deux ans d'affilée et, quand je suis rentré chez moi, c'était ça: je ne savais plus me faire des pâtes!

En jouant un demi-dieu pour "Les Deux Mondes" avez vous pensé à Jules César?
Attention, dans "Astérix aux Jeux Olympiques", César est mon papa! Moi, je suis Brutus, son fils. D'ailleurs, je ne dis plus Alain Delon, je dis "Papa"!... J'ai tourné "Les Deux Mondes" après "Astérix".

Cet "Astérix" est-il un bon souvenir?
Je me suis retrouvé cinq mois à Alicante. Prenez un charter à 30 euros, allez à Allicante pour voir ce que c'est: c'est épouvantable! Ca a été un tournage très éprouvant.

Et en Afrique du Sud, quelque chose vous a-t-il gêné?
L'isolement. Je n'aime pas voyager et le fait d'être loin de chez moi est toujours pénible.

Pourquoi acceptez-vous ces tournages lointains si vous détestez ça?
Si on me propose de tourner un film à 50 m de chez moi, je le fais tout de suite! Tourner en Belgique est exceptionnel, je retourne tous les soirs dans mon lit. Même quand je tourne à Paris, je ne suis pas chez moi, je loge à l'hôtel. J'aime retourner chez moi. J'habite près d'un fleuve, c'est calme, très vert, j'ai mes habitudes.

Est-ce différent de tourner en Belgique?
Oui, c'est comme ma famille. Le problème du cinéma français est qu'il est très hiérarchisé. Pas en Belgique. En France, un assistant ne peut pas prendre la parole et dire: Ta caméra, il faudrait la mettre là. Jamais un technicien ne dira à un acteur : Tu pourrais en faire un peu moins?. En Belgique, tout le monde donne son avis. Après, le réalisateur fait le tri.

Faut-il être dépressif pour être acteur comique?
Je me méfie du cliché du clown triste... Je ne crois pas qu'il faille être dépressif. Je ne pense pas que ma dépression actuelle soit liée au fait que je sois un acteur comique. Mais je crois que le rire est une arme absolue contre toute forme d'agression. J'avais le projet d'écrire un scénario sur les humiliations au quotidien. Tous les jours, on en est victime, aussi moindres soient-elles. Le rire permet de s'en protéger.

Vous êtes-vous servi du rire comme une arme?
Quand j'était petit, faire rire mes amis me permettait d'être défendu par les plus grands. Plus tard, quand j'ai eu des blessures personnelles, je me suis dit: Mieux vaut en rire qu'en pleurer. Les gens qui font rire sont souvent très réceptifs, très sensibles. Cette sensibilité peut amener le rire, comme la dépression.

Pourriez-vous quitter le cinéma?
Je ne le quitterai jamais. Je n'en partirai que s'il ne veut plus de moi... Si jamais je prends bide sur bide, ce que je ne souhaite pas, je m'en fous. Il y a tant de médias différents, tant de supports où se glisser que je pourrais toujours continuer. quand des gens viennent me voir en me disant: Pouvez-vous m'aider pour faire passer mon scénario?, je refuse. Si personne ne veut de votre scénario, trouvez des gens aussi passionnés que vous et allez-y! C'est ainsi que nous avons monté "C'est arrivé près de chez vous".

Quels acteurs vous ont marqué?
Michel Simon. J'adorais aussi Bernard Blier, mais je n'ai jamais eu la chance de travailler avec lui. Par contre, j'ai joué avec Jean-Pierre Marielle et Jean Rochefort.

Et Alain Delon?
Papa? Ce n'est pas une vraie rencontre. Nous ne nous sommes pas vraiment parlé. Il a été courtois. Mais il tournait et quand il avait fini, il rentrait dans sa loge.

L'avez-vous fait rire?
Je l'ignore. Je n'ai pas le souvenir de l'avoir vu s'exploser la panse devant moi. Mais on m'a dit qu'il avait vu "Astérix" en projection privée et qu'il avait ri du début à la fin.

Quel regard portez-vous sur le cinéma français?
Les scénaristes sont de plus en plus paresseux et s'efforcent de flatter les lecteurs, c'est à dire les chaînes de télé. J'ai envie d'un mouvement de réaction, comme avec le cinéma indépendant américain.

Etes-vous un acteur "qui rapporte"?
Plein de gens viennent me dire: Si vous en êtes, on monte le film. Sinon, on ne pourra pas. Cela veut dire que les gens n'ont pas de conviction.

Pourquoi avoir quitté le tournage de Yann Moix?
Je ne peux pas en parler, je suis tenu à un secret de confidentialité de rupture de contrat. Lui ne la respecte pas et tient des propos mensongers et calomnieux, mais moi je tiens parole et je ne dirai rien. Si je pouvais donner les vraies raisons, ce serait avec plaisir... Ceci dit, j'ai l'intention de faire un spectacle sur ce qui se passe vraiment au cinéma, à travers des éxpériences vécues: les rapports avec les producteurs, les distributeurs... Il y a plein de choses et on peut beaucoup rigoler. Entre autres, je réglerai cette histoire avec Yann Moix, ça ne sera plus de l'ordre de l'interview mais de la fiction.

                                                                       Propos recueillis par Philippe Durand pour

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Lundi 17 décembre 2007

Chacun de ses passages en télé est un évènement. Pourtant, il est rare qu'il s'y livre. Benoit Poelvoorde l'a fait cette semaine de décembre pour Olivier Monssens et Philippe Reynaert.

                                                 

Vous avez toujours refusé "Al Dente" parce que vous ne vouliez pas être filmé en train de manger...
Chacun place l'intime où il le souhaite. Dans certaines castes d'Inde, ils ne mangent pas face à face mais défèquent tous ensemble! Moi, mon intime se situe dans le fait de manger. Je refusais aussi d'aller chez Ardisson qui fait une emission autour d'un repas à son domicile sur Paris Première: soit on fait de la télé, soit on bouffe, pas les deux. Si j'ai changé d'avis, c'est pour plusieurs raisons: parce qu'il faut bien faire des concessions à la promo et parce qu'on l'a fait à mes conditions, c'est-à-dire au Quick le plus proche de chez moi, à Champion. J'adore la malbouffe!

Vous parlez de concessions à la promo: vous refusez beaucoup de télés?
Si cela ne tenait qu'à moi, on ne me verrait pas dans les médias. Mais j'ai envie de faire plaisir et je ne veux pas qu'on dise qu'un film se plante parce que je n'en ai pas fait la promo. Donc, je fais des concessions. On me donne une liste de quinze émissions et l'on me demande: "Lesquelles tu ne veux pas faire?". A l'arrivée, si l'on m'écoute, je n'en fais aucune, donc je concède: j'ai fait Fogiel et Cauet parce que c'était la seule façon de ne pas aller chez Ardisson. La télé est vulgaire à 99% et j'estime que je n'y suis pas à ma place. Je veux bien aller là où on laisse aux acteurs le temps de parler, comme dans "Thé ou café" sur France 2.

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Vous regardez la télé?

Non, je n'ai plus la télé depuis deux ans. Ce petit écran m'angoisse. La télé ne m'interesse plus: les talk-shows, c'est du bruit perpétuel. De plus, il est absolument nécessaire de décrypter les programmes pour nos enfants: faut il montrer tout ce que montrent les jt? La pudeur est dans ce que l'on regarde plus que dans ce que l'on montre. Apprendre à ne plus regarder, c'est pousser à ne plus montrer. En revanche, je consomme énormément de DVD. La seule chose que j'aime regarder à la télé, c'est le Tour de France. On les laisse partir et puis Rodriguo (Beenkens) arrive et, là, je me laisse porter par les commentaires et je m'endors dans mon canapé. Je me réveille pour l'arrivée.

Certains de vos passages télé (aux Jt de la rtbf avec Fabienne Vande Meerssche ou de la tsr avec Gérard Lanvin) sont mythiques. Vous partez en vrille quand vous êtes à l'écran?
Je ne viens pas pour faire un numéro: cela dépend si je suis heureux ou non sur le plateau. Aux "enfants de la télé", je me marre. Les Jt, c'est comme les enterrements: plus c'est sérieux, plus on a du mal à se retenir et, finalement, on explose de rire au moindre mot. De toute façon, il faut respecter le public de l'émission que l'on fait: quitter le plateau pour s'insurger contre deux ou trois interlocuteurs, c'est être un grossier merle pour les cinq millions de téléspectateurs qui ont choisi de regarder cette émission.

                                                                 propos recueillis par Jean-François Lauwens pour img223/7698/17564505by6.jpg

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Mardi 11 décembre 2007

Étoile étant apparue dans le firmament belge avec C'est arrivé près de chez vous , Benoît Poelvoorde a très rapidement passé la frontière pour s'arrêter près de chez nous... et le public français ne l'a plus jamais laissé repartir. Eh bien cette semaine, c'est une nouvelle frontière qu'il a choisi de traverser dans Les deux mondes, un film où l'homme lambda qu'il aime souvent incarner, se retrouve propulsé chef d'un monde parallèle. Une drôle de comédie fantastique pour le plus fantasque des comédiens de la planète ciné... 

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Les scènes du monde parallèle dans Les deux mondes ont été tournée en Afrique du Sud. Est-ce qu'on vous reconnaît dans la rue là-bas ?
Benoît Poelvoorde : En aucun cas ! Ce qui est un vrai problème pour moi. C'est la raison pour laquelle je ne suis jamais sorti, de peur d'être humilié. Mais on me reconnaissait peut-être pour les énormes pourboires que je laissais.

Dans le film, vous expérimentez une méthode de musculation rapide pour devenir un chef tribal. Est-ce que c'est efficace ?
Je te le dis tout de suite : ça ne fonctionne pas ! Et moi personnellement, en tant que Benoît Poelvoorde, je me fous éperdument d'avoir un corps d'athlète. J'ai mon petit ventre à bière, et je m'en contente très bien. Mon corps, je ne l'épuise pas !


Et le maniement de l'épée, ce n'est pas trop compliqué ?
Non, parce qu'il fallait se battre comme une brêle. Il fallait juste éviter que le mec me mette son épée dans la gueule.
 

Vous devenez roi dans un autre monde, quelles sont vos premières mesures ?

Première chose : j'arrête le travail ! Faisons un bilan de ce qu'on a, et voyons un peu comment on peut vivre heureux en travaillant beaucoup moins. Et puis : plus de possession ! Tout est à tout le monde. Et je fais disparaître la monnaie... Mais bon, je n'ai pas dit évidemment que mon pays tiendrait longtemps. Mais voilà, on veut dormir là : on dort là, chez l'habitant. Et aussi je prends la télévision et je n'y mets que des choses intelligentes. Là déjà, il y a du gros boulot.

Est-ce que, comme votre personnage, ce pouvoir vous brûlerait les ailes ?
Non, le pouvoir ne lui brûle pas les ailes. C'est le peuple qui se révolte, car il les oblige à travailler. Il se fait jeter par des gens qui préfèrent rester esclaves tyrannisés par un mangeur d'hommes, que travailler. Moi, je serai personnellement plus comme le peuple. Il y en a un sur 3 000 qui se fait bouffer. Je m'en fous. Ça me va. Ça fait une chance sur 3 000. C'est le destin d'une vie quoi.


Le 5 décembre, vous serez également à l'affiche de Cow boy, de Benoît Mariage, un film dans lequel vous jouez un présentateur météo qui plaque son boulot pour réaliser un documentaire façon "Strip-tease". Pourquoi avez-vous accepté ce rôle ?
Parce que c'est une trajectoire fantastique d'un homme qui tombe. C'est la reconnaissance de ses échecs qui redonne l'estime de soi. On est tous confrontés à des moments où on se remet en question à se demander ce qu'on a fait, ce qu'on fait, et ce qu'on fera de notre vie ? Et c'est un film qui me parle énormément parce que ça me touche personnellement.

Dans Cow boy, votre personnage dit : "La vie c'est comme la 'floche' (ndlr, le pompon) qu'on attrape dans les manèges pour avoir un tour gratuit. Il y a des gens qui la prennent, des gens qui ne la prennent pas, et des gens qui ne la voient pas... et c'est trop tard". Vous y croyez à ça ?
Pas du tout. C'est de la démagogie. Vous avez le droit à plusieurs chances. On est élevé dans une culture qui dit : "Fais bien attention ! Si tu choisis tes études : c'est maintenant !" On ne peut pas dire ça. Moi, je dis toujours aux élèves : "Essayez de rater un minimum, comme ça, vous aurez plus de temps pour réfléchir". On a le droit à plusieurs tour de manèges.

Est-ce que vous aussi comme ce personnage vous avez eu envie de...
... de faire du manège ?


Non, de tout plaquer ?
Oh oui, oui, oui. Mais ce n'est pas impossible que je le fasse. Le cinéma ne va pas me bouffer ma vie. Et comme, en ce moment, je traverse une période difficile personnellement, que la presse ne m'aide pas, à un moment tu es un peu fatigué, tu te dis : "Qu'est-ce que j'en ai à foutre !" Je suis comme Cécilia. Foutez-moi la paix un peu ! Je ne parle pas de toi, je parle des journaux à scandales.

Dans Cow boy, vous dérangez le comédien Olivier Gourmet qui est en train de dîner, et vous en concluez qu'il se la pète. Ça vous est déjà arrivé ce genre de situation ?
Oui, mille fois. Il y a des gens qui viennent et qui disent un truc, et tu ne sais plus quoi dire, car ça n'appelle pas de réponse. "Vous avez eu la Palme d'or !" - Oui, bah d'accord, ok ! Marilyn Monroe disait : "J'ai peur des gens qui m'aiment sans me connaître parce que ce sont les mêmes qui me détesteront sans me connaître."

Est-ce que depuis que vous avez fait partie du jury cannois présidé par Quentin Tarantino, vous avez souvent des nouvelles de lui ?
Tu rigoles ou quoi ? Bien sûr que non ! Non, en plus on s'est tellement pris la gueule sur la palme. Il l'a donné à Fahrenheit 9/11, un film que je détestais. Moi j'adorais un film japonais, mais les Américains, c'est comme pour Al Gore, dès qu'ils font leur mea culpa, on leur donne un prix. Je suis un petit peu lassé de voir cette bêtise-là.

                                                                                                                         Texte: Fabien Menguy

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Samedi 8 décembre 2007

Quand il aime, Benoît ne compte pas. Ni le temps qu'il passe à défendre un film, ni le nombre d'interviews qu'il enchaîne, à la queue leu leu. Ni le nombre de biè... Ooops, on avait dit qu'on n'en parlerait pas... 

Est-ce que tu peux dire non à Benoît Mariage ? 
"Voilà une très bonne question. La réponse est non. Non non non non. D'ailleurs, on a déjà le projet de retravailler ensemble, dans un film où Franz (François Damiens, NdlR) aurait le rôle principal. Benoît, c'est le seul mec à qui j'ai demandé de refaire un film. Avec Benoît, on ne complique rien ." 

Le journaliste que tu incarnes, tu l'as croisé souvent ? 
"Ah ben, la RTBF est vachement pointée quand même. C'est pour ça qu'ils ne sont pas chauds ! Mais les techniciens qui arrivent en te demandant avant tout s'il y a moyen de bouffer, j'en ai vu. Et ceux qui te collent le micro en faisant one-two, one-two, j'en ai vu aussi. Mais ceux-là étaient de grands professionnels ! (rires) Mais c'est aussi ce qui fait la saveur des sujets belges : cette légèreté, cette souplesse qui n'appartient qu'à nous. J'ai vu des équipes dont j'ai eu honte. Tu te souviens de cette émission de rock où sont venus les Clash et des gens comme ça. Eh ben, les techniciens mettaient des boules Quiès ! " 

          cow boy

Oui, mais tu es journaliste, pas technicien... 
Il éclate de rire. "Tu veux que je balance des noms ? Je reconnais bien là la pugnacité et l'opiniâtreté du journaliste... Non, je ne vise personne. Mais je fais quelques private jokes à l'endroit d'amis à moi qui étaient très engagés dans des mouvements libertaires. Mais ce film, c'est l'agonie de la gauche, qui s'étouffe. Qui parle, qui parle, qui se noie dans le bla-bla et qui, en fin de compte, ne parle plus du tout au peuple. C'est exactement ce qui arrive à Daniel Piron, mon personnage, qui, à force de vouloir parler à la place des autres, finit par ne se mettre à la place de personne ni par voir qu'il est dans le gouffre. Et il se prend une baffe dans la tronche quand il se rend compte que les bons sentiments ne suffisent pas. Il faut garder une certaine décence vis-à-vis de la misère des autres, que lui n'a pas. Lui n'est qu'un trou. Mais pour ça, je n'ai eu qu'à me regarder moi. On l'a tous en nous, notre Daniel Piron. " 

Est-ce que quelqu'un d'autre que Benoît Mariage aurait pu montrer ça, comme ça ? 
"... hum, je ne sais pas. Si Benoît l'a si bien montré, c'est aussi, d'un point de vue pratique, parce qu'il a une grande expérience des équipes de télé régionales. Et, surtout, il a un grand amour des gens, il est bienveillant. Ça apparaît dès le tournage : les comédiens qui ne sont pas des professionnels étaient tout de suite à l'aise. En fait, s'il se fout de la gueule de quelqu'un, c'est bien de moi. La grande qualité de Benoît, c'est qu'il a des choses à dire. C'est de plus en plus rare dans le cinéma. " 

Il y a une scène où tu dois pleurer, dans le film. C'était difficile ? 
"Benoît m'avait déjà fait pleurer dans Les convoyeurs attendent. Là, j'ai eu du mal, parce que c'est une scène qui a été rajoutée, réécrite, mais que l'on trouvait juste. C'est l'enfant - le fils de Benoît, en fait - qui m'a aidé, avec sa curiosité presque indifférente. Parce qu'elle met le doigt sur toute sa remise en question... Cela dit, pleurer, c'est déjà être guéri. Ça, dans n'importe quel hôpital, on te le dira. " 

                                                                                    propos recueillis par I. M. pour img232/2730/dhng7.jpg

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Vendredi 30 novembre 2007

Tout a commencé en septembre 2006 avec une série de tournages en Espagne, en Afrique du Sud, sur la Côte d'Azur, sur la Côte... belge et à Paris. Nous voici en fait entrés dans la dernière ligne droite d'une course effrénée. Une course jalonnée, pour Benoit Poelvoorde, d'interviews promo assurées pour les sorties de quatre films... soit "Les Deux Mondes" (sortie le 21 novembre 2007), "Cow Boy" (le 5 décembre 2007), "Astérix aux Jeux Olympiques" (le 30 janvier 2008) et "Les Randonneurs à St Tropez" (le 9 avril 2008). Coureur de fond à l'humour infatigable (même s'il se dit victime d'une défaillance physique et dprimante), Benoit passera la ligne d'arrivée en tête de tous les box-offices avec de tels films. Pas de doute là-dessus. En attendant, c'est pour la sortie des "Deux Mondes" de Daniel Cohen que nous l'avons rencontré...

En mars dernier, sur le tournage du film à Paris, vous nous décriviez "Les Deux Mondes" comme, je cite,
"du Claude Sautet dans le Seigneur des Anneaux"! Alors, il est où Sautet et il est où le Seigneur dans tout cela?
C'est simple. D'un côté, vous avez mon personnage, Rémy Bassanno, un petit restaurateur de tableau complexé et opprimé par son entourage. Il a des problèmes avec ses assureurs, avec sa femme. Elle veut le quitter. Ses enfants ne l'écoutent pas. Bref, ça, c'est Claude Sautet. C'est la vie normale d'un Parisien modeste. Et le Seigneur des Anneaux, c'est le deuxième monde. C'est celui où mon personnage est appelé par inadevertance et ù on pense que l'élu, qu'il est le sauveur. On va lui demander de mener une guerre pour libérer un peuple du joug d'un ignoble cannibale et de soldats extrèmement violents.

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Toujours parmi les petites confidences faites sur le tournage, vous nous aviez dit que vous vous étiez cassé une côte. Tout va mieux aujourd'hui?
Tout est arrangé. Je vous explique comment je me suis fait ça! C'était deux jours avant de partir en Afrique du Sud pour tourner toutes les séquences liées au deuxième monde. Je suis devant chez moi, je sors de ma voiture et je me fais percuter pas un cycliste. Je sentais que j'avais mal sur les côtés mais je n'étais pas trop inquiet. Arrivé en Afrique du Sud, je crevais de mal mais je ne voulais pas alerter le production. Je n'ai rien dit. Le pire c'est que nous avons commencé par toutes les scènes d'action, celles où je cours, où je me bats à l'épée. Je n'en pouvais plus. J'ai été à l'hôpital pour passer une radio et là, j'ai appris que ma côte était fêlée. La production a voulu me mettre en sinistre en disant: "on abandonne le film car il ne pourra pas le faire!". On ne peut rien faire pour une côte cassée ou fêlée. Oui, ses reposer. Mais moi je voulais continuer...

Jouer au sauveur, c'est plutot jouissif...

Je n'ai pas boudé mon plaisir. Il y a une scène dans laquelle je me permets de distribuer quelques mandales à de grands cotauds au petit matin alors qu'ils sont encore endormis. J'avoue m'être un peu laissé aller et que, parfois, j'ai frappé un peu fort.

Vous avez quasi tourné deux films pour le prix d'un avec "Les Deux Mondes". Ca n'a pas été trop compliqué?
C'est vrai que l'équipe d'Afrique du Sud, tant les acteurs que les techniciens, n'était pas la même qu'à Paris. C'était troublant de se dire que toutes les scènes tournées à gauche et à droite faisaient partie d'un seul et même film.

Et des ces deux mondes, lequel est le meilleur? Celui dans lequel vous être opprimé? Ou celui dans lequel vous êtes un dieu?
Ah, c'est une bonne question! Finalement, je ne suis pas certain que le monde où je dois me battre contre des géants qui rêvent de me bouffer soit plus cruel que celui où tout un chacun subit quotidiennement des tonnes de frustrations, comme se faire klaxonner alors que le feu passe juste au vert, se faire bousculer en rue, ne pas être écouté par un serveur au restaurant, se faire marcher dessus par ses collègues, etc. C'est l'une des questions posées dans ce film. A vous de voir!


Benoit Poelvoorde à propos de son chien Billy Bob               img513/4861/77849797af8.jpg

"Je suis une vraie fofolle avec mon chien!" Rassurez-vous, Benoit Poelvoorde n'est pas devenu blonde comme Paris Hilton. Mais il faut bien avouer qu'à l'image de Tinkerbell, la bête de la belle, Benoît est constamment accompagne de Billy Bob, son chien. Ce n'est pas un chihuahua mais un jack russel terrier. "Billy Bob est un chien flamand", explique l'acteur. "Il vient d'un élevage en Flandre. Si ce n'est pas un signe derapprochement communautaire ça, je n'y comprends plus rien! Voilà, comment à mon niveau, je lutte contre la scission du pays!" Billy Bob est encore jeune. La preuve, partout où il passe, tout ce qui traine à sa hauteur trépasse. Vif, curieux, la queue dressée, le museau en avant à la recherche d'une proie à ronger, il renifle, il flaire, il sent, il piste sa prochaine bêtise. Ce jour-là, en interview à rtl, il s'est d'abord attaqué à une pince à linge. Elle a tenu 23 secondes. "J'espère que vous n'aurez plus besoin de votre canapé après notre entrevue car il pourrait le bousiller en un rien de temps", sourit Benoît. "Ah là, je tiens à m'excuser aurpès de votre caméraman, car là il se frotte de manière indécente à sa jambe." Puis s'adressant d'un ton autoritaire à son chien: "Dis Billy Bob, tu as fini. On ne fait pas ça. Arrête maintenant. C'est gênant!" Billy Bob n'en est pas à son premier coup d'éclat. Il vient en effet de tourner son premier film. "J'étais sur le tournage du nouveau film des frères Podalydès", raconte son maître. "Je n'avais qu'une journée de tournage vu que je ne fais qu'une apparition. Mais les frères ont tout de suite été attirés par mon chien qui venait de faire une cariole. Ils m'ont demandé s'il pouvait refaire ça sur commande? J'ai dit oui et ils l'ont engagé. Billy a gagné 15 euros pour sa prestation." Devenu agent canin malgré lui, décrit comme un acteur cabot, Benoit Poelvoorde est au pied... de nouvelles responsabilités!

                                                    propos receuillis par Nicolas Buytaers pour img513/7015/24120147bf1.jpg

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Jeudi 29 novembre 2007

 "Depuis que j'ai un certain succès, je ne sens aucune différence. On écrit toujours mon nom avec des fautes !"

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  • benetom
  • : Carine
  • : Femme
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  • : Que voulez-vous que je dise? Je mène une existence normale partagée entre le boulot, les amis, les parents et quelques loisirs (lecture, cinéma, concerts, sorties): http://www.myspace.com/carinternet

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